Catastrophes naturelles en 2019 : pas plus, mais plus fort

L'urbanisation a contribué à rendre les sols moins absorbants et donc les inondations plus sévères.
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L'urbanisation a contribué à rendre les sols moins absorbants et donc les inondations plus sévères. - © VINCENZO PINTO - AFP

2019, année du climat à bien des égards. Greta Thunberg a été nommée personnalité de l’année par le Time et des milliers d'étudiants ont manifesté durant l’année pour demander aux politiques d’agir concrètement en faveur du climat. Et d’un autre côté, entre l’Acqua Alta historique de Venise, les incendies en Australie ou températures caniculaires records… les catastrophes naturelles semblent avoir fait les gros titres tout au long de l’année.

 

 

Pourtant, même si nous avons l’impression qu’il y a davantage de catastrophes naturelles, cela n’est pas tout à fait vrai. Il n’y en a pas plus mais elles sont de plus forte intensité. Et, comme l’explique le météorologue Pascal Mormal, cette augmentation d’intensité, peut parfois être " un indicateur du réchauffement climatique ".

En effet, nombre de catastrophes naturelles en 2019 ont été d’une intensité historique.

Petit tour d’horizon, non exhaustif, des catastrophes naturelles qui ont touché la planète en 2019.

Mais avant tout, il est important de noter, précise Pascal Momal, qu’aujourd’hui les catastrophes naturelles sont mieux gérées et les systèmes de prévention plus élaborés. Donc les bilans humains moins " importants ". " Il existe des systèmes d’alarme permettant de mettre les gens en sécurité. Bien plus efficaces qu’il y a 30 ou 40 ans et y compris dans les pays du tiers-monde ", explique Pascal Mormal.

Australie, niveau d’alerte catastrophique

Archive du 19/12/2019

En Australie, dès le début du mois de septembre, des incendies ravagent la côte est dans les États de Nouvelle-Galles du Sud et du Queensland. Le gouvernement semble impuissant. Et les habitants, proches des zones, comme à Sydney par exemple, font face à une pluie de cendres sur la ville.


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A Sydney, on enregistre des mesures de qualités de l’air douze fois supérieures au seuil de dangerosité. Les fumées toxiques de ces feux, les températures élevées et les vents forts ont fait courir de sérieux risques sur la population. Sydney, plus grande ville du pays, compte tout de même 5,2 millions d’habitants.

Au moins trois millions d’hectares sont partis en fumée, soit l’équivalent de la Belgique. Rien que ça ! Et si les pompiers travaillent sans relâche pour vaincre les feux, le sinistre est tel qu’il rend la tâche quasi impossible.

 

Archive du 23/12/2019

Environ 3000 pompiers se battent sans relâche contre les flammes. Et d’un autre côté, l’action du Premier ministre Australien, Scott Morrisson est vivement remise en cause. Non seulement il a eu la bonne idée de maintenir ses congés à Hawaï alors que son pays s’embrase, ce qui lui a été vivement reproché, mais il a tenu à soutenir l’industrie du charbon. Un des secteurs économiques les plus prospères du pays.

A l’heure où nous écrivons ces lignes, des pluies ont enfin pu offrir une trêve aux combattants du feu.

En août, le poumon de la terre a brûlé

Si certains feux ont des causes naturelles, la plupart sont des feux volontaires déclenchés par des agricultures pour gagner des surfaces cultivables. Ce qui a des conséquences directes sur les populations autochtones.


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En août 2019, ce sont 18.000 km² qui sont partis en fumée en Amazonie. Principalement au Brésil mais également en Bolivie, au Pérou et au Paraguay.


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La politique du gouvernement brésilien de Jair Bolsonaro a particulièrement été critiquée. Il a tardé à réagir, accusant même les ONG d’être à l’origine de la catastrophe. Ce n’est que face à la pression internationale qu’il finira par envoyer l’armée et interdira la technique du brûlis. Il a pourtant vivement soutenu l’intensification de l’agriculture dans cette région, notamment l’élevage bovin, business lucratif, mais responsable de 80% de la déforestation.

En effet, la technique du brûlis est une méthode de fertilisation du sol pour laquelle on brûle une partie des terres. Si cela est fait dans les règles, il ne doit pas y avoir de problèmes, mais le président brésilien Jair Bolsonaro a déclaré qu’il fallait exploiter la forêt au maximum.

Archive du 24/08/2019

L’Amazonie, c’est le poumon vert de la planète, c’est un quart des espèces mondiales, 15% de l’eau douce de la planète. C’est une forêt qui absorbe le CO2 et même temps qu’elle rejette de l’oxygène indispensable à la vie sur terre.


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Dorian, ouragan meurtrier

 

En août, l’ouragan Dorian a frappé les côtes au large des Bahamas et en Floride. Ouragan de catégorie 5, Dorian était accompagné de vents ayant soufflé jusqu’à 185 km/h. L’île d’Abacos a été particulièrement touchée. La plupart des habitants avaient été évacués vers l’île de New Providence. Après le passage de Dorian, 90% des habitations et infrastructures ont été détruites ou endommagées sur l’île d’Abaco et à Grand Baham.


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Hubert Minnis, le Premier ministre de l’archipel a déclaré que "Dorian était sans doute la plus grande crise nationale de l’histoire du pays".

En novembre dernier, le bilan provisoire faisait état de 70 morts aux Bahamas.

 

Archive du 09/08/2019

On ne peut pas dire qu’il y a eu plus d’ouragans en 2019 que ces dernières années, mais, et c’est un indicateur du réchauffement climatique, " les ouragans sont de plus forte intensité ", nous informe le météorologue, Pascal Mormal. Les ouragans sont liés à l’augmentation de la température de la mer. Plus l’augmentation est importante, plus l’intensité des ouragans augmente.


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L’urbanisation pourrait nous noyer

Selon Pascal Mormal, il n’y a peut-être pas plus d’inondations aujourd’hui mais elles sont de plus en plus difficiles à gérer. Et pour cause, " en fait, les sols sont saturés et absorbent beaucoup moins l’eau à cause de l’urbanisation". En gros, plus il y a de surfaces bétonnées, moins l’eau est absorbée. C’est pourquoi on observe ces images impressionnantes et que les crues semblent de plus en plus problématiques. De là à dire qu’il s’agit d’une conséquence directe de l’action de l’homme sur les dérèglements que nous connaissons, il n’y a qu’un pas.

 

 

Les intempéries du sud de la France

Le sud de la France a subi d’importantes intempéries. Des vents violents et des pluies particulièrement intenses ont balayé cette région du sud de l’hexagone.


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Et peu avant Noël, c’est la tempête Fabian qui a frappé la Corse, laissant 12.000 habitants coupés d’électricité. Comme l’explique Patrick Galois, ingénieur prévisionniste à Météo France, à nos confrères de Franceinfo, la puissance des rafales de vents était assez exceptionnelle. Plusieurs rafales de vents ont atteint des records.

Pendant plusieurs semaines, cette région du sud de la France a vécu à l’arrêt : transports et axes routiers bloqués, vols suspendus, consignes très strictes données aux habitants


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Un Acqua Alta historique

Archive du 13/11/2019

Encore un record en 2019, pour une marée haute exceptionnelle qui a touché Venise. Une Acqua Alta a atteint le pic historique de 1m87. Les images de place Saint-Marc sous les eaux ont fait le tour du monde.

 

Les dégâts sur le patrimoine artistique et culturel sont énormes. Au point que même le maire de la Cité des Doges lance un appel aux dons sur son compte twitter. Plus d’une cinquantaine d’Eglises avaient été touchées. La ville est classée patrimoine de l’humanité par l’Unesco et compte 36 millions de touristes par an, sur une population de 50.000 habitants.

Le président du Conseil, Giuseppe Conte avait annoncé la levée de 20 millions d’euros. Mais ce n’est pas suffisant. Venise est habituée des marées hautes depuis longtemps. Et il existe depuis longtemps des projets de barrières automatisées censées protéger la ville en cas de forte marée. Or rien n’est fait et l’inaction des pouvoirs publics lasse autant les organisations internationales que les Vénitiens, premiers concernés.


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D’ailleurs l’Unesco avait menacé d’exclure Venise de la liste des patrimoines mondiaux. Et un groupe d’experts devrait être envoyé à Venise pour parler des principaux dangers qui la menacent : un tourisme de masse, des problèmes de gestion et surtout, les inondations et les dégâts causés par la montée des eaux.

Canicule en Europe : un pic jamais atteint en Belgique

Ce sont trois vagues de chaleur auxquels la Belgique, et l’Europe dans son ensemble, ont dû faire face. C’est au mois de juillet, que le thermomètre a explosé. La Belgique a connu un pic de chaleur jamais égalé : 40,8 degrés.

" Des températures tout à fait considérables ", note Pascal Mormal. Mais, " aujourd’hui, il existe plusieurs programmes de prévention qui permettent de coordonner tous les acteurs de la santé " et donc d’éviter, comme lors de la canicule de 2003, de nombreux décès, et cela même si les températures atteignent des pics historiques.

Néanmoins, la Belgique est passée, pour la première fois, en alerte rouge.

Et si c’est historique, car il s’agit là d’une première, les experts, selon le journal Soir, expliquent que, à politique inchangée, ces vagues de chaleurs passeront de 4 en moyenne par an à plus de 50 en 2100. " Il est clair qu’il y a là le signal du réchauffement climatique qui est en train de plus en plus se marquer ", expliquait sur notre site, Xavier Fettweis, climatologue à l’université de Liège et chercheur qualifié FNRS.


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