Catastrophe nucléaire : "La Belgique ne pourrait pas faire face"

Catastrophe nucléaire : "La Belgique ne pourrait pas faire face"
Catastrophe nucléaire : "La Belgique ne pourrait pas faire face" - © ACRO

La Belgique n'est pas prête à protéger la population en cas de grosse catastrophe nucléaire. C'est ce qui ressort d'un rapport réalisé par l’ACRO (Association pour le contrôle de la radioactivité dans l’Ouest), à la demande de Greenpeace. Ce rapport est présenté ce mercredi en sous-commission nucléaire au parlement.

L’ACRO n’y va pas avec le dos de la cuiller. Le plan d'urgence belge, en cas d'accident nucléaire grave serait minimaliste. Le constat inquiète compte tenu des incidents et du sabotage qui ont touché nos centrales dernièrement, sans parler de certains survols suspects de centrales par des drones.

"Aucun pays européen d’ailleurs n’est préparé à faire face à un accident de l’ampleur de Fukushima, explique David Boilley, physicien et bénévole pour l’ACRO. Jusqu’ici, l’accident grave était considéré comme quasiment impossible en Occident. L’accident de Tchernobyl était considéré comme soviétique et impossible chez nous. Et l’accident de Fukushima a montré que ce n’était pas vrai."

Pourtant, le plan d’urgence nucléaire belge date de 2003, bien avant la catastrophe de Fukushima (2011). Tous les pays européens disposent d’un plan d’urgence. C’est une obligation, poursuit le physicien : "Ces plans existent et suivent les réglementations internationales avec mise à l’abri des populations, prise d’iode si c’est nécessaire et puis vraiment si c’est grave, évacuation et contrôle de la nourriture. Ces plans sont détaillés mais ne prévoient pas une catastrophe de grande ampleur. Ils envisagent un incident avec rejet limité et impact limité." Et même si le centre de crise compte l'actualiser d'ici l'an prochain, la catastrophe envisagée sera toujours plus petite que celle de Fukushima.

Le plan ne prévoit pas l’évacuation d’Anvers, Namur et Liège

"L’accident de Fukushima, c’est presque 150 000 personnes évacuées à long terme, c’est une zone 45 km autour de la centrale qui a été évacuée."

Comment ne pas penser à Anvers, située à moins de 30 km de Doel, à Namur et Liège, située à un peu plus de 30 km de Tihange? "Il y a une densité de population beaucoup plus élevée autour des centrales nucléaires belges par rapport à celle qu’il y a au Japon. Et la centrale qui a la plus forte densité de population est celle de Doel : 1,5 million d’habitants."

L’ACRO regrette aussi que les plans d’urgence nucléaire européens ne soient pas évalués scientifiquement : "Par exemple aux États-Unis, une évaluation des plans d’urgence est obligatoire. Et donc ils estiment les temps d’évacuation. Par centrale, c’est plusieurs centaines de pages de scénarios d’évacuation en imaginant les embouteillages etc. Cela n’existe pas en Europe."

Une harmonisation européenne

L'ACRO souligne aussi le manque d'harmonisation au niveau européen :"Presque toute catastrophe nucléaire est transfrontalière. Pensez à Doel, à Chooz… Il faut donc une bonne coordination entre pays, qui n’existe pas. En France, on donne des pastilles d'iode dans un rayon de 10 km, en Belgique, de 20 km. Et pour les pompiers ou policiers qui doivent intervenir dans une zone contaminée, les limites de doses ne sont pas les mêmes côté français et côté belge. Il se peut donc que les policiers français ne puissent aller dans certaines zones où les policiers belges peuvent intervenir."

O. Leherte

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