Catastrophe de Buizingen: le procès que les familles des victimes attendent depuis huit ans

Geneviève Isaac et Claude Masure considèrent que la SNCB et Infrabel sont responsables de l'accident qui a tué leurs proches.
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Geneviève Isaac et Claude Masure considèrent que la SNCB et Infrabel sont responsables de l'accident qui a tué leurs proches. - © I. Palmitessa

Début ce mardi 5 juin d'un procès devant le Tribunal de police de Halle. Ou plus exactement dans les locaux du centre culturel de cette petite commune flamande. Car on est loin des accidents de roulages que traite habituellement ce tribunal. Ici, c'est bien d'une catastrophe dont il est question. C'est ainsi qu'avait été qualifié l’accident survenu le 15 février 2010, vers 8h30 du matin, sur une ligne de chemin de fer à hauteur de Buizingen. Deux trains étaient entrés en collision. Pour une raison qui restera à établir, l'IC Quiévrain-Liège et le train Louvain-Braine-le-Comte se sont retrouvés sur la même voie. Un choc extrêmement violent. Dans ces trains de navetteurs, 19 personnes trouveront la mort. Côté blessés, le bilan de l'époque évoquait le chiffre de 162, on l'estime aujourd’hui à plus de 300. Mais derrière ces chiffres, il y a des noms, des visages, des vies brisées, des familles endeuillées.

Le procès, enfin...

Dans cette catastrophe, Jean-Pierre Gebski a perdu son frère ainé, Patrick mais aussi des amis. "Ils faisaient partie de la petite bande que j'avais tant de plaisir à retrouver dans le train". Ce jour-là, l'ancien navetteur avait d'ailleurs pris le train pour se rendre de Saint-Ghislain à Mons, il se souvient de ce qu'il avait dit en quittant son frère et ses amis: "Sur le quai de Mons, je leur ai dit que c'était une bande de chanceux, qu'ils avaient encore une demi-heure à passer ensemble avant d'être au turbin et puis, je n'ai pas eu le temps d'arriver au bureau, on a appris qu'il y avait eu un accident de train. Alors, on saute sur son GSM et on essaie de joindre les personnes qu'on a quittées. Et j'ai toujours cette image de tous ces GSM qui devaient sonner dans ce tas de ferraille, chaque fois que j'y pense, ça me serre le cœur". Quand on demande à Mr Gebski ce qu'il attend de ce procès, il répond qu'il veut avant tout comprendre ce qui s'est passé. Il y a trois inculpés dans cette affaire: la SNCB, Infrabel et un conducteur de train. Ils sont poursuivis pour coups et blessures involontaires et pour homicides involontaires. "Pour l'instant il y a les deux visions qui s'opposent - explique Jean-Pierre Gebski,  celle du conducteur qui dit avoir respecté les feux et puis la SNCB et Infrabel qui vont charger le conducteur, est-ce qu'on saura même jamais si le feu était vert ou rouge, pour moi, le plus important, c'est que les responsabilités soient reconnues".

Nos morts sont oubliés

Geneviève Isaac a perdu deux proches dans cet accident de train. Son fils Yohan, âgé de 22 ans et son ex-mari et père de ses enfants, Didier Van Hemelryck. Depuis huit ans, elle se bat contre vents et marées pour les droits de toutes les victimes, directes et indirectes de cette catastrophe. "On ressent un petit soulagement de voir enfin la fin du tunnel, on est quand même au terme de huit ans de maltraitance institutionnelle, qu'elle soit judiciaire ou politique. Ne parlons pas de la SNCB, là c'est du mépris. Parce qu'en tant que familles de victimes, on est toujours passés à la trappe, on n'a pas d'existence, on n'est pas respectés en tant que tels. Les informations par exemple sur la tenue du procès sont parues dans la presse avant même que nous ne soyons informés. Nos morts sont oubliés et méprisés". Ce qu'elle attend du procès? "Très clairement, j'attends la condamnation de la SNCB et d'Infrabel, pas du conducteur. Parce que depuis l'accident de Pécrot, depuis la condamnation de la SNCB en 2004, le système de sécurité qui devait permettre au train de s'arrêter n'était toujours pas installé". Même colère exprimée par Claude Masure, père de Steve Masure, 36 ans, père de deux enfants, mort lui aussi à Buizingen... "J'attends comme je le clame depuis le début que les responsables soient condamnés - explique le père - quand je parle de responsables, je veux dire la SNCB et Infrabel, pas le chauffeur. J'estime que même si un train brûle un feu rouge, il faut qu'il s'arrête, on ne peut pas laisser cette responsabilité à un seul homme, la technique doit l'aider".

Cette audience du 5 juin s'annonce comme un faux départ. L'avocat du conducteur (par ailleurs également partie civile) veut que le procès se déroule en français. Me Antoine Chomé a déjà exprimé cette demande devant la Chambre du conseil. "Le conducteur est francophone, la moindre des choses est que ces personnes puissent comprendre ce qui s'est passé", explique l'avocat. Une demande qui risque de retarder encore l'issue du procès. Mais pour Jean-Pierre Gebski, elle est légitime: "cet homme doit pouvoir se défendre dans sa langue, parce qu'ils vont le charger, c'est sûr et certain, et puis pour nous les proches des victimes, il faut rappeler que sur les 19 personnes décédées, 18 sont francophones, donc si on veut suivre les débats, il y a tout intérêt à ce que ça se fasse en français".

 

Interviews et direct de Clémence Dath dans notre JT 13 h de ce 5 juin

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