Carnaval d'Alost: assiste-t-on à une banalisation des symboles nazis?

Banalisation? Méconnaissance? Ou simple utilisation des codes du carnaval? La situation risque de choquer plusieurs personnes. Mais que pense-t-on aujourd'hui des symboles nazis, associés à l'histoire la plus horrible de l'Europe? Quelle signification ont-ils désormais?

Pour Marc Lits, professeur à l'UCL et directeur de l'Observatoire du récit médiatique, la Belgique est dotée de lois qui encadre bien les débordements. "La loi Moureaux sanctionne les personnes coupables de négationnisme, ou même de banalisation des crimes de génocide", rappelle-t-il. Mais, dans ce cas-ci, "le contexte carnavalesque est fondé sur des débordements, le renversement des valeurs". Dès lors, estime-t-il, "cela peut sembler tolérable, même si cela ravive des douleurs chez certains".

La force de la dérision

Marc Lits rappelle aussi les débats qui ont eu lieu suite à la sortie du film de l'acteur et réalisateur italien, Roberto Benigni,  "La vita e bella".

En y regardant bien, explique-t-il également, cette histoire "met ensemble plusieurs thématiques, toutes sensibles : lien de la NVA avec le populisme des années 30, relais des tensions entre francophones et flamands qui auraient des relents de possible guerre ethnique, question de la place des homosexuels dans la société (sur fond de mariage homosexuel en France)". Et ajoute: "la force de la dérision, de la moquerie, c'est de mettre le doigt où cela fait mal, et donc de soulever aussi des questions de fond derrière la moquerie".

Limiter la banalisation

Mais, ajoute Marc Lits, "si maintenant, dès qu'on veut dire "les méchants", on se contente de mettre un insigne SS, c'est vrai que c'est une forme de banalisation [...] C'est pourquoi on essaye tellement de proscrire, aussi, la vente de signes nazis sur Internet". pour ne pas nourrir les nostalgiques, ni que ça ne devienne un signe comme un autre, explique-t-il.

Mais si cet évènement soulève autant de questions, c'est "le signe que nous sommes encore tous touchés par cette tragédie, et qu'elle ne nous laisse pas indifférents. Même si nous jugeons différemment de l'opportunité de cette parodie", estime Marc Lits.

Relisez la discussion en entier, ci-dessous.

 

W. Fayoumi

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