Carlton de Lille: relaxe "pure et simple" requise pour DSK

Carlton de Lille: relaxe "pure et simple" requise pour DSK
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Carlton de Lille: relaxe "pure et simple" requise pour DSK - © FRANCOIS LO PRESTI - BELGAIMAGE

Dans le cadre du procès du Carlton de Lille, le procureur de la République, Frédéric Fèvre, a commencé son réquisitoire ce mardi. Il a requis la relaxe "pure et simple" de Dominique Strauss-Kahn pour la prévention de proxénétisme aggravé en association qui l'a conduit devant le tribunal correctionnel de Lille. Le procureur a par contre requis deux ans de prison, dont un an ferme, pour Dodo La Saumure.

Il estime que les charges ne sont pas suffisantes et qu'il ne faut pas le condamner sur base d'une "intime conviction".

Le procureur de la République admet que la présence de Dominique Strauss-Kahn dans cette affaire lui a donné une dimension politique et médiatique "hors norme" et que sans la présence de l'ancien directeur du FMI, ce dossier aurait été traité dans l'indifférence totale.

Selon lui, DSK est par ailleurs crédible quand il affirme qu'il ne savait pas que les filles étaient des prostituées car "ses amis ne lui ont jamais révélé le statut des filles et celles-ci avaient pour consigne de se faire passer pour des secrétaires lors des voyages à Washington".

Pour le magistrat, DSK n'a jamais organisé de soirées coquines et il n'en avait d'ailleurs pas le temps vu son emploi du temps à la tête du FMI. Il n'en a obtenu aucun avantage financier, n'a jamais payé de prostituées lui-même et n'en a pas procurées à autrui. Quant à son appartement loué à la rue de Iena à Paris, loué sous une autre identité, il s'agissait d'un lieu de rendez-vous, pas forcément galant, pour un homme en vue qui avait besoin de se protéger des médias "comme de nombreux hommes politiques ou chefs d'entreprises".

Enfin, le procureur note qu'aucune prévention de viol ni de violence n'a été retenue contre DSK lors de la procédure.

"J'ai été troublé par l'évocation récurrente de ses pratiques sexuelles car il est le seul prévenu chez qui on a poussé le souci du détail si loin", a aussi admis le procureur.

"Un homme pas intelligent, mais malin"

Plus tôt, le procureur de la République s'était d'abord attaqué au cas René Kojfer, "un homme pas intelligent, mais malin". René Kojfer était le responsable des relations publiques au sein du Carlton de Lille. Bien connu dans la cité du Nord, l'homme avait de nombreux contacts avec la police, mais aussi avec Dominique Alderweireld, son vieil ami qui exploite des maisons closes à Tournai et ailleurs en Belgique.

Selon le procureur, René Kojfer avait toujours le même mode opératoire. "Il recherchait des filles en difficultés, leur présentait le miroir aux alouettes avant de les lancer dans la prostitution", raconte le procureur. L'homme aurait mis des dizaines de filles en relation avec des clients, dont certains sont aussi prévenus de proxénétisme aggravé dans le cadre de ce procès dit du Carlton de Lille.

René Kojfer proposait aussi à des filles d'aller travailler chez Dodo la Saumure en Belgique. Selon le procureur, "le sergent recruteur de la prostitution lilloise" avait le vrai sens des affaires car il touchait parfois une commission de 10% sur la réservation des chambres ou avait droit à une relation gratuite. "Il avait le portefeuille à la place du coeur."

Le procureur a requis une peine de 15 mois de prison avec sursis et une amende de 2500 euros contre René Kojfer qui avait bien fait rire l'audience lors de la première semaine du procès. "J'ai tellement raconté de conneries que je ne me souviens plus de tout", avait lancé René Kojfer, victime d'une amnésie partielle.

"Les sirènes du profit économique"

Le directeur du Carlton, Francis Henrion, également prévenu dans ce procès, confirme que René Kojfer était la pièce angulaire de ce réseau de prostitution organisé dans l'hôtel mais aussi dans l'hôtel des Tours où les prostituées venaient deux à trois fois par mois. "Soit le client réservait une chambre et appelait René pour avoir une fille. Soit le client appelait René pour louer une chambre et il arrivait avec une prostituée. Soit, le client rejoignait une prostituée dans la chambre réservée par René", avait confié le directeur lors de l'enquête. "Francis Henrion cautionnait totalement l'organisation mise en place car la finalité était strictement commerciale pour lui", insiste Aline Clerot.

Enfin, le propriétaire du Carlton, Hervé Franchois, "participait aussi aux rencontres sexuelles organisées par René Kojfer". Selon la magistrate, "il n'a pas résisté aux sirènes du profit économique en encourageant René Kojfer dans ses activités".

Huit mois de prison avec sursis et 10 000 euros d'amende ont été requis contre les deux hommes.

"C'est un délinquant"

Contre Dominique Alderweireld, alias Dodo la Saumure, le procureur a requis une peine de deux ans de prison, dont un an ferme. Le prévenu a déjà été condamné deux fois pour des faits similaires en France (deux ans et 18 mois de prison) et une fois en Belgique (cinq ans avec sursis devant le TC Tournai).

"C'est un délinquant et son casier judiciaire démontre que le repentir est une notion qui lui est totalement étrangère", dit le procureur. Une amende de 10 000 euros a aussi été requise.

Belga

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