Carlos Crespo (MRAX): "Il y a une certaine banalisation de la parole raciste dans les médias"

Carlos Crespo: "Il y a une certaine banalisation de la parole raciste dans les médias"
Carlos Crespo: "Il y a une certaine banalisation de la parole raciste dans les médias" - © Tous droits réservés

Ce dimanche lors de la manifestation prévue à Bruxelles contre le racisme, un hommage sera rendu aux victimes de l'attaque terroriste à Christchurch en Nouvelle-Zélande durant laquelle 50 personnes ont été tuées dans deux mosquées par un suprématiste blanc d’extrême droite. Plus d’une centaine d’associations, d’organisations et de syndicats, dont le MRAX, le Mouvement contre le Racisme, l’Antisémitisme et la Xénophobie devraient y participer.

Carlos Crespo, président du MRAX, était ce matin l'invité de Jour Première à l'occasion de la Journée internationale de l’élimination de la discrimination raciale.

Déconstruire le discours des polémistes

Il s'est exprimé sur la responsabilité de certains médias quant à cet attentat en Nouvelle-Zélande. "Je pense qu’il y a effectivement, que ça soit dans les médias ou dans les discours de certains faiseurs d’opinions, une certaine banalisation de la parole raciste", a-t'il avancé.

"Quand on voit par exemple que Renaud Camus, l’idéologue du Grand Remplacement, peut sévir sur toute une série de médias en France pour exprimer cette thèse qui nous apparaîtrait loufoque, je pense effectivement qu’il y a là une réflexion à avoir sur la manière dont on fait en sorte qu’une partie des citoyens, soit systématiquement présentée avec des caractéristiques négatives. On crée donc un climat autour d’une certaine minorité."

Il estime également qu'il faut déconstruire le caractère pernicieux des discours de certains polémistes très présents dans les médias et diversifier la parole. "Je crois que l’enjeu aujourd’hui est aussi de pouvoir déconstruire certains mythes qui se basent sur des préjugés et qui font de la haine", a-t'il poursuit.

"Je crois qu’un vrai enjeu est de pouvoir faire du fact checking par rapport aux fake news qui circulent un peu sur Internet, sur le coût des migrants, sur le culte des musulmans, sur la place des juifs."

En Belgique francophone, un cordon sanitaire empêche les représentants de l’extrême droite de s’exprimer dans les médias. Carlos Crespo considère qu'il faut toutefois débattre sur ce que l'on considère comme l’extrême droite. "Moi j’ai vu que Monsieur Destexhe était invité récemment dans les médias et Monsieur Crucke parle de droite extrême pour le définir, donc je pense qu’on peut là aussi se poser la question de savoir s’il n’a pas franchi le rubicond démocratique."

De là à qualifier de racisme, ceux qui prônent une politique d’immigration stricte, avec des enfermements et des expulsions ? "Quand on flatte les préjugés des gens, quand on joue sur les peurs, quand on essaye finalement, comme Trump le fait par exemple, de construire et de s’identifier à un peuple dont on définit soi-même les contours, c’est-à-dire en exaltant une identité et en fustigeant la différence, je pense qu’on est dans une forme de hiérarchisation et de déshumanisation, qui sont des fondements du racisme", estime Carlos Crespo.

Quelles mesures politiques?

"Depuis presque 20 ans, on attend un plan fédéral de lutte contre le racisme, qui est toujours resté lettre morte", déplore Carlos Crespo. "Je crois qu’il y a aujourd’hui une urgence parce qu’on a trop laissé les choses dériver, on est en train de passer à la banalisation de la parole raciste, à la banalisation de l’acte raciste, avec des gens qui passent à l’acte. Ça s’est vu l’année passée à Anderlues et ça s’est vu au Pukkelpop."

Carlos Crespo considère qu'il y a une responsabilité des pouvoirs politiques pour résorber l’écart entre les grandes valeurs démocratiques et leur application concrète. "C’est une question de crédibilité démocratique et c’est une question d’aussi réconcilier une partie de la population avec le politique", déclare t-il. "Il y a donc des outils qui se mettent en place, mais là, une nouvelle fois aussi, il faut voir comment laisser les choses dériver. On sait que la poursuite des actes ou des insultes racistes, malgré la législation existante, est rarement la priorité des parquets, et ça aussi ça pose question, ça pose une question de crédibilité."

Le président du MRAX a également évoqué la question polémique du racisme antiblanc que certains représentants de la droite soulignent. Il estime que les discriminations structurelles comme l'accès au logement ou à l'emploi pour les personnes issues de l'immigration n'est pas aussi marqué pour les personnes blanches.

"Je pense qu’on en reçoit 1% ou 2% sur l’ensemble des plaintes, donc ça existe. C’est quelque chose qu’on prend au sérieux, mais ce sont des cas individuels, et donc ils ont un accompagnement individuel comme tous les cas individuels", déclare-t'il.

"Mais pour se battre contre le racisme, il faut le faire de manière structurelle et faire en sorte qu’au niveau des structures de la société, au niveau des médias, au niveau des politiques, au niveau du monde économique, il y ait une plus grande égalité réelle qui soit promue, qui soit défendue et qui soit rendue effective", a conclu Carlos Crespo.

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