CAP48 : "Balance ta gêne", des personnes handicapées témoignent sur le regard des autres

Etre handicapé, c’est aussi subir le regard des autres qui sont trop souvent gênés vis-à-vis de la différence. Cap48 veut sensibiliser tout un chacun avec sa nouvelle campagne "Balance ta gêne". Des personnes handicapées et leurs proches invitent à dépasser le malaise en rejouant des scènes de films connus comme "Forest Gump", "Intouchables" ou encore "Le huitième jour".

Ilias assume pleinement son handicap. Il fait chaud et il porte un short qui dévoile sa prothèse de jambe. "Je l’ai accepté parce que c’est ce que la vie m’a donné. Je ne sais pas changer, mon pied ne va pas repousser. La seule chose à faire, c’est l’accepter et avancer."

Ilias a perdu sa jambe droite il y a treize mois. Lors de vacances au Maroc, une voiture recule violemment sur lui, bloquant son pied sous la roue. La dame au volant a eu son talon bloqué sur l’accélérateur. Suite à l'accident, il souffre d’une grave hémorragie interne et il est rapidement transféré à Malaga dans un hôpital espagnol. Les médecins lui annoncent via Google traduction qu’il doit être amputé. Mais du haut de ses 26 ans, Ilias fait preuve d’un mental d’acier. Très vite, il accepte son nouveau corps et se lance dans une rééducation intensive. Aujourd’hui, le handisport fait intégralement partie de sa vie. Il s’entraîne au 100 m et va représenter la Belgique lors de compétitions internationales.

Affronter le regard des autres

Si Ilias est très positif quant à son handicap, une chose reste difficile pour lui. "C’est le regard des gens. Il y a des personnes qui me regardent de travers. Quand je mets un pantalon et que je l’enlève, certains sont choqués. Parfois, ils me regardent pendants plusieurs secondes." Ilias n’aime pas être regardé comme une bête de foire et préfère la spontanéité des enfants. "J’aime le regard des petits-enfants. Ils sont impressionnés, ils touchent, ils me posent des questions. Ils me comparent parfois à un superhéros et pensent que j’ai des superpouvoirs".

C’est pour lutter contre le malaise que suscite le handicap pour certaines personnes qu’Ilias et sa sœur Zaïnab ont décidé de participer à la nouvelle campagne de Cap48 "Balance ta gêne". Et en effet, entre eux deux, il n’y a plus aucune gêne. "Au début, ça m’a choquée mais après je me suis très vite habituée", explique Zaïnab. "J’avais même l’impression qu’il est né comme ça. Il vit comme avant, notre relation n’a pas changé. Il n’y a pas de gêne entre nous car pour moi, il est comme tout le monde."

Un rapport décomplexé au handicap qui plaît énormément à Ilias."J’aimerais que tout le monde se comporte comme mes proches, que les gens soient normaux envers moi. Comme avant mon accident. Je ne veux pas de pitié."

Simon ou l’énergie positive

"Bonjour, je m’appelle Simon. J’ai 17 ans. J’ai deux sœurs, un chien et deux parents !".

Simon et sa famille respirent la joie de vivre. Il y a Rossana et Jean-Philippe les parents, Rosa la cadette dite "électron libre", Amélie la grande sportive du milieu et puis Simon, l’aîné, trisomique et boule d’énergie positive. "Nous, si on était que cinq à la maison, on serait les plus heureux au monde" confie Rossana. "Mais que ce soit à l’école, au supermarché, en vacances, sur la plage, il y aura toujours quelqu’un pour faire un petit signe de la main, pour regarder par terre quand on passe, ou même des enfants qui se moquent car Simon n’a pas les mêmes aptitudes. Au début, j’ai cru que c’était de la méchanceté mais aujourd’hui je suis persuadée que cela ne l’est pas. Il faut continuer à informer, à parler aux enfants. Il faut leur dire qu’on est tous différent à notre manière et qu’il y a moyen de vivre ensemble."

Et c’est sans doute pour cela que Simon et son père Jean-Philippe ont accepté de participer à la campagne de Cap 48. Le duo complice rejoue une scène du film "Le Huitième jour". Ce long-métrage réalisé par Jaco Van Dormael en 1996 avait contribué à changer le regard des gens quant au handicap."C’est ma femme qui a dit oui !" s’exclame Jean-Philippe Cattoor. "Et donc, je me suis retrouvé embarqué dans cette capsule où je devais jouer avec mon garçon. Mais j’ai été très heureux de jouer avec lui, de refaire cette scène du Huitième jour. C’est un moment de complicité entre deux personnes et on a la même complicité mon fils et moi. Je suis fier de mon fils, je suis fier de ce qu’il est devenu. Ils apportent beaucoup de bonheur à la société et c’est ce que raconte ce film."

Sensibiliser pour faire bouger les choses

La campagne de sensibilisation de CAP48 commence le mardi 6 septembre. Les parents de Simon espèrent qu’elle va permettre de changer le regard des autres. "On aimerait bien que le vivre ensemble devienne normal, et que les personnes qu’on croise ne montrent plus le handicap du doigt, ne soient plus mal à l’aise" explique Rossana Tricoli. "Des fois, un petit geste de la main, un bonjour, cela peut désamorcer pas mal de situations gênantes. Mais le fait que cela reste tabou, c’est très dur à vivre au quotidien pour nous. On espère vraiment qu’avec cette campagne on va pouvoir faire bouger les choses."

Rossana et Jean-Philippe sont convaincus que les personnes handicapées ont un rôle à jouer dans notre société et qu’il faut leur laisser la place. Que l’échange est enrichissant pour tous. "Je pense qu’il ne faut pas être gêné du handicap en tant que parent" conclut Jean-Philippe. "Et il faudrait que les personnes autour de nous ne soient pas gênées non plus. Qu’elles abordent la personne handicapée comme un être normal."

 

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