Candida auris, le champignon petit mais costaud qui menace la santé mondiale

Il s’appelle Candida auris mais il est tout sauf innocent. En quelques années, ce champignon microscopique a infecté des services hospitaliers au Venezuela, en Espagne, au Royaume-Uni et s’est implanté en Inde, au Pakistan et en Afrique du Sud. Récemment, il a même infecté plusieurs États des États-Unis, rapporte le New York Times, à tel point que les centres fédéraux de contrôle et de prévention l’ont classé parmi les « menaces urgentes ».

Comme les autres champignons, Candida auris peut infecter dangereusement les personnes fragiles et immunodéficientes. Selon une étude britannique, ce genre d’infections pourraient tuer 10 millions de personnes dans le monde en 2050, soit plus que le cancer. Il faut dire que le champignon est particulièrement envahissant, et c’est tout le problème, explique Katrien Lagrou, professeure au laboratoire de bactériologie clinique et de mycologie de la KUL : « comme certaines bactéries, il peut créer des épidémies, ce qui est assez rare pour un champignon. Il persiste dans l’environnement du patient, et peut se transmettre, par le personnel, d’un patient à l’autre. » L’hôpital de Mount Sinai, à Brooklyn (New York), en a fait l’expérience récemment : même après le décès du patient, le champignon s’était répandu partout dans la chambre…

Les pesticides mis en cause ?

Et si Candida auris peut se développer, c’est parce qu’il semble particulièrement résistant aux médicaments antifongiques. « Heureusement, dans la plupart des cas, il résiste à une classe d’antifongiques, mais parfois deux, ce qui peut être problématique si les patients ont des contre-indications avec les autres médicaments, note Katrien Lagrou. Et on peut craindre que cette résistance devienne plus forte. »

La tendance n’est pas nouvelle, et a été annoncée depuis longtemps par les médecins et les experts de la santé : à force de recourir trop souvent aux antibiotiques, on diminue l’effet des médicaments sur les bactéries. Malgré les avertissements venus des professionnels de la santé et des politiciens, on use et abuse encore des médicaments antimicrobiens contre les bactéries et les germes, notamment dans le milieu hospitalier et dans l’agriculture. Certains avancent l’idée que les fongicides utilisés sur les cultures pourraient être à l’origine du renforcement de Candida auris, tout comme les antibiotiques sur le bétail développerait la résistance des bactéries.

 

C’est en 2009 que le champignon a été découvert en Asie, sur des patients souffrants d’otite, d’où son nom (« auris » signifie oreille en latin). Mais paradoxalement, il a fallu du temps avant que le public en entende parler. En 2015, le Royal Brompton Hospital de Londres a découvert une infection et en a informé le gouvernement britannique, mais pas le public. « Ils ne voulaient évidemment pas perdre leur réputation », explique au New York Times le docteur Silke Schelenz, spécialiste des maladies infectieuses de cet hôpital.

Une meilleure identification et des mesures d’hygiène

Plus grave encore : en 2016, au sein de l’hôpital La Fe à Valence, en Espagne, 372 patients ont été touchés par la bactérie, et 85 ont contracté une infection du sang. Selon le journal Mycoses, 41% d’entre eux sont morts dans les 30 jours. Mais l’hôpital s’en est lavé les mains : « il est très difficile de savoir si les patients sont morts à cause de ce pathogène, puisqu’ils avaient beaucoup de maladies en plus et étaient dans un état très avancé », se justifie-t-il dans un communiqué.

En Belgique, seul un cas a été découvert en 2016. Le patient avait été transféré du Koweït, pour des raisons chirurgicales : ce n’était pas un touriste. « L’infection a immédiatement été identifiée, tempère Katrien Lagrou. Les médecins ont isolé le patient, et ont pris les précautions nécessaires. » Des précautions qui sont avant tout hygiéniques (désinfecter l’environnement, isoler les patients infectés) mais pas seulement : pour la chercheuse, l’essentiel passe par la capacité du personnel à identifier une souche de Candida auris. « Il est important que les infectiologues et les microbiologistes reconnaissent ce germe, explique-t-elle. Ensuite, quand on applique les procédures optimales, il n’y a pas de problème. » Reste que selon une évaluation en aveugle menée auprès de 145 laboratoires cliniques belges en 2018, 40% des laboratoires interrogés n’ont pas réussi à identifier correctement la levure.

La recherche sur la résistance aux antibiotiques (JT 19/12/2014)

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