Cancer: pourquoi pas la chimiothérapie à domicile ?

Cancer: pourquoi pas la chimiothérapie à domicile ?
Cancer: pourquoi pas la chimiothérapie à domicile ? - © PHILIPPE HUGUEN - BELGAIMAGE

Les patients souffrant d'un cancer pourront bientôt bénéficier d'une chimiothérapie à domicile... Dans le cadre de sa réforme du financement des hôpitaux, Maggie De Block, Ministre de la Santé publique, prévoit de lancer des projets pilotes en ce sens. Une manière d'améliorer le confort du patient, et de faire des économies. Au Grand Hôpital de Charleroi, ce sera déjà possible à partir de septembre.

Dans la salle où les patients reçoivent leur chimio, Chantal nous confie que l'attente peut parfois être longue : "Aujourd'hui, je suis arrivée à 9h45, il est 15h et je suis encore là." C'est que l'hôpital de jour oncologique est encombré. Angélique Van Den Broucke, l'infirmière en chef, travaille ici depuis 8 ans, elle constate que le nombre de patients n'a fait qu'augmenter : "Nos locaux deviennent trop exigus, on manque de lits, il y a un temps d'attente pour la prise en charge." La chimiothérapie à domicile pourrait donc venir désengorger l'hôpital. Elle offrirait ainsi plus de confort aux patients, qui seraient dispensés de ces temps d'attente, et des trajets vers l'hôpital. Ginette y voit aussi un autre avantage : "Ce serait plus agréable aussi parce que finalement, ici, on entend que des misères. Tout le monde explique son cas, ce n'est pas pour vous remonter le moral!"

Uniquement pour certains patients

Le docteur Jean-Luc Canon, chef du service d'oncologie, explique toutefois que tous les patients ne pourront pas recevoir leur chimiothérapie à la maison : "D'abord il y a des chimiothérapies complexes, pour lesquelles c'est impossible. Ensuite, il y a des chimiothérapies qui sont trop longues : on ne peut pas dédier une infirmière à un seul patient pour un traitement qui dure plusieurs heures. Enfin, il y a des chimiothérapies qui peuvent amener des effets secondaires importants. Celles-là aussi seront écartées. On ne peut pas prendre de risque." La décision sera aussi prise en collaboration avec les médecins généralistes, qui connaissent mieux les conditions de vie, et d'hygiène, de leurs patients.

Pour que tout se passe bien, une des infirmières de l'équipe d'Angélique Van Den Broucke assistera évidemment  les patients à chaque fois. Ce sont des infirmières spécialisées en oncologie, qui connaissent bien les traitements, et les éventuels effets secondaires. Elles resteront en contact étroit avec les médecins.

Un libre choix... jusqu'à quand ?

En principe, les patients que cela ne rassurerait pas suffisamment, pourront toujours faire le choix de recevoir leur chimiothérapie à l'hôpital, malgré tout. Le libre choix sera laissé aux patients. Priscilla, par exemple, se sent plus en sécurité à l'hôpital. Et elle a aussi d'autres raisons de ne pas vouloir recevoir son traitement à la maison : "Je suis jeune, j''ai 2 petites filles. Ce ne serait pas très gaie pour elles de voir les perfusions, les médicaments et tout ça."

Mais, à long terme, il n'est pas sûr que le patient puisse continuer d'avoir le choix. Si la chimiothérapie à domicile permet d'améliorer le confort de certains patients, cela permet aussi de faire des économies. "On sait que les ressources sont limitées, explique le docteur Jean-Luc Canon,et les coûts, entre autres de tout ce qui est médicament, sont en train d'exploser. Donc, sachant que l'enveloppe est limitée, on doit privilégier le coût du médicament, l'innovation -qui peut aussi bénéficier au patient- en diminuant le prix de la façon de l'administrer."

Mieux gérer les finances de l'hôpital

Plus globalement, la tendance est de limiter au maximum les hospitalisations : "Dans la vision de Maggie De Block, c'est clair qu'il y a une volonté de déplacer les traitements à l'hôpital vers le domicile. C'est logique. On est en retard par rapport aux autres pays." Le Grand Hôpital de Charleroi a déjà pris de l'avance, en réduisant déjà le nombre de jours à l'hôpital après un accouchement, ou en lançant ce projet de chimiothérapie à domicile. "Nous construisons un nouvel hôpital. Il comptera moins de lits. La médecine est en train de changer, il faut s'adapter. Dès qu'un patient sera équilibré, il poursuivra son traitement à domicile, avec une équipe locale, d'infirmières et de généralistes. La durée d'hospitalisation sera ainsi réduite. On commence par l'oncologie, le projet est déjà en vue pour la pneumologie et pour la gériatrie." Pour Jean-Luc Canon, c'est clair, cette manière de fonctionner va s'étendre à d'autres services de son hôpital, et plus généralement à tous les hôpitaux. C'est effectivement une des lignes de forces de la réforme de Maggie De Block.

D.V.O.

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