Cancer: des chercheurs belges espèrent toujours pouvoir bloquer les métastases

Pierre Sonveaux dans son laboratoire.
Pierre Sonveaux dans son laboratoire. - © RTBF

Nous vous l’annoncions en 2014 : une équipe de chercheurs de l’UCL avait identifié comment se formaient les métastases et comment éviter qu’elles n'apparaissent.

Les métastases sont responsables de 90 % des décès liés aux cancers.

Nous vous expliquions à l’époque que l’équipe du professeur Pierre Sonveaux (professeur associé de pharmacologie à l’UCL et chercheur au FNRS) avait réussi à bloquer l’action du "superoxyde" à l’origine de la formation des métastases en utilisant une molécule. Son nom : la MitoQ.

Cette molécule utilisée à l’origine pour soigner la maladie de Parkinson et l’hépatite C, permet donc d’éviter qu’un cancer ne se généralise via des métastases. Le traitement offrirait donc du temps au malade. Ce temps précieux permettrait aux oncologues d’explorer davantage de pistes en vue d’une éventuelle rémission du patient.

L’équipe de chercheurs avait pu vérifier cela sur des souris. Les étapes suivantes que nous annonçait à l’époque le professeur Sonveaux, consistaient en des tests sur d’autres types de cancer, et ensuite des essais cliniques sur des patients.

Trois ans après la publication de ces recherches dans la prestigieuse revue scientifique Cell Reports, nous avons voulu savoir où en étaient ces recherches.

Des recherches sur la prévention des métastases en bonne voie

L’équipe du professeur Sonveaux a continué ses recherches ces trois dernières années. Deux molécules sont en train d’être développées.

La molécule qui répond au nom de MitoQ est développée grâce au mécénat via la Fondation Louvain.

L’autre, dont le nom est confidentiel, est développée en partenariat avec l’industrie pharmaceutique. Suite à la publication de ses recherches, le professeur a en effet été contacté par une entreprise pharmaceutique qui lui a proposé de tester une deuxième molécule qui aurait les mêmes effets que le MitoQ dans la prévention des métastases.

"En 2014, nous devions répondre à deux questions, explique Pierre Sonveaux. Il fallait vérifier si ce que nous avions découvert fonctionnait dans plusieurs types de cancers différents. Toujours sur la souris. Et ensuite, vérifier si ce traitement est compatible avec des traitements classiques contre le cancer, comme la chimiothérapie et la radiothérapie. Nos résultats expérimentaux vont dans ce sens."

L’équipe du professeur est en train de traiter des souris avec une combinaison de chimiothérapie et d’un traitement préventif au MitoQ contre les métastases. Le projet de recherche est soutenu par un mécène qui n’a aucun intérêt financier dans ce projet mené en collaboration avec un groupe d’oncologues des cliniques universitaires Saint-Luc. Il reste à démarcher les propriétaires de la molécule pour qu’ils acceptent qu’elle soit utilisée dans des recherches sur des êtres humains, ce qui permettra d’écrire le protocole d’essai clinique. "L’enjeu est différent quand on passe de la souris à l’être humain. Les intérêts financiers de nos partenaires entrent en jeu et changent la donne", décrypte Pierre Sonveaux.

Une deuxième molécule secrète est testée en parallèle

Le nom de cette deuxième molécule est confidentiel, car elle est financée par l’industrie pharmaceutique. On retrouve autour de ce second projet de recherche les inventeurs de cette molécule, les mêmes chercheurs de l’UCL qui ont breveté l’utilisation de la molécule, le même groupe d’oncologues de Saint-Luc, et un partenaire industriel. "Nous sommes moins avancés dans ce second projet mais les résultats déjà engrangés sont très bons", se réjouit Pierre Sonveaux.

Pour les deux molécules, l’équipe de chercheurs a déterminé la posologie du médicament : la dose et la fréquence auxquelles elles doivent être administrées et par quelle voie.

Les deux molécules bloquent préventivement la formation des métastases.

Les deux molécules sont prometteuses et porteuses d’espoir pour des millions de malades du cancer.

(Ndlr: Dans une publication parue ce 4 décembre dans la revue scientifique Frontiers in pharmacology, le professeur Sonveaux dévoile le nom de la deuxième molécule testée par son équipe. Il s’agit de la catéchine:lysine 1:2, développée par la PME belge Valore, à Seneffe, et testée en partenariat avec un groupe pharmaceutique, BePharBel. Etant donné ce partenariat avec l’industrie pharmaceutique, cette deuxième molécule a davantage de chances d’un jour évoluer vers un traitement. "Une molécule sur vingt réussit à passer tous les essais pré-cliniques et cliniques pour devenir un médicament. Ici avec cette deuxième molécule, on a le double de chances : une chance sur 10 ", se réjouit le professeur Sonveaux.)

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