Cancer et essais cliniques: quand le seul traitement possible est d'essayer

Face à une maladie qui progresse d'année en année, la recherche contre le cancer continue. Pour qu'elle soit possible, l'industrie pharmaceutique a besoin de "cobayes". Nous avons recueilli le témoignage d'Yvette, 73 ans, qui a décidé d'en faire partie.

En 2015, après un choc émotionnel, Yvette a des vertiges et des pertes de connaissance. Elle passe des examens médicaux et le résultat est brutal; on lui diagnostique trois cancers: le foie, les poumons et l'intestin. Pas le temps de tergiverser, Yvette décide de subir, coup sur coup en six mois, trois lourdes opérations, dont l'ablation de la moitié du foie. Après les chirurgies, la chimiothérapie prend le relais, avec une efficacité limitée. 

Soit je teste soit je meurs

Yvette se porte donc volontaire pour tester un nouveau médicament. "Tout d'abord, on s'accroche. Puis, je me suis dit que je n'avais pas le choix. Soit je teste, soit je meurs. Donc j'ai accepté les autres traitements et j'accepterai jusqu'au bout".

Aujourd'hui, une partie des cancers est soignée mais Yvette doit continuer à se battre. Elle est entrée dans un nouveau "protocole", son troisième, et il semble bien fonctionner. 

Pratiquement, Yvette a signé un contrat pour participer à cette étude et elle a le droit de l'arrêter à tout moment: "Mais si je stoppe, je sais à quoi je m'engage...", conclut-elle.

Un traitement lourd et contraignant

Yvette passe de longues heures à la clinique. Elle reconnait la gentillesse et le professionnalisme du corps médial, mais quand on s'engage dans un "protocole", on doit se soumettre à ses règles mondiales. Tous les patients qui testent un nouveau médicament doivent suivre exactement la même procédure afin de valider l'étude. "C'est peut-être lourd mais je fais confiance aux médecins et je me dis que j'ai énormément de chance car si cette étude n'existait pas je serais condamnée. Mais si je peux émettre un petite remarque tout en restant reconnaissante : même si ces études sont scientifiques, ce serait super si les malades pouvaient bénéficier d'un peu plus d'humanité, un peu plus de souplesse, car chaque malade est différent". 

Aujourd'hui, Yvette en est à la deuxième phase du test et l'avenir est encore méconnu quant à la bonne suite du traitement.

Un caractère d'acier et une rage de vivre

Malgré une fatigue importante due au traitement et un planning à suivre scrupuleusement entre hôpital et domicile, Yvette a une échappatoire : taper les balles six heures par semaine. Au Club de tennis Justine Henin, Yvette entretient sa forme. "La seule chose qui me tient, c'est le sport. Si je ne suis pas sur mon terrain de tennis, je ne suis pas bien", affirme cette femme de caractère. "C'est important pour mon mental et ma santé. Je veux dire à toutes les personnes malades de faire du sport".  

Yvette a aussi une autre passion: la peinture sur porcelaine. Dans son grenier transformé en atelier, au milieu des fioles de couleurs, elle passe des heures à peindre et à enseigner. "Les gens me disent que j'ai du courage. C'est faux. Ce n'est pas du courage, c'est de la rage de vivre", martèle cette ancienne enseignante. "Le courage, il le faut quand vous allez chercher vos résultats. Car là, vous vous demandez ce qui va encore vous tomber dessus. Mais sinon, ce n'est pas du courage. C'est de la rage de vivre". 

Des résultats prometteurs

Pour le chef du service d'oncologie des Cliniques Universitaires Saint-Luc, le professeur Jean-Pascal Machiels, on note de grandes avancées dans le domaine de l'immunothérapie : "On progresse. Aujourd'hui et depuis vingt ans, on guérit de l'ordre de 50 à 60% de tous les cancers". Cependant aujourd'hui, certaines tumeurs ou certaines patients ne répondent pas toujours au traitement. 

Tester de nouveaux traitements: comment ça marche?

Tous les patients n'ont pas la possibilité d'intégrer les tests. "La première sélection du patient se fait sur base de l'intérêt scientifique et du bénéfice potentiel qu'il pourra tirer du traitement. Il faut aussi bien tenir compte de l'indication, du stade de la maladie, s'assurer que le patient a reçu tous les traitements standards et qu'il soit en état de tolérer le médicament. Par ailleurs, il faut qu'il  ait envie de se lancer dans une étude clinique", explique le professeur Machiels. 

Anne Moxhon, coordinatrice générale de la recherche clinique à Institut Roi Albert II, met un point d'honneur à ce que les patients soient bien informés avant: "Il faut que les patients aient bien compris que ces essais sont une opportunité et non une contrainte". Mais elle admet que l'aspect logistique peut être contraignant : "Il faut que nous voyons le patient très régulièrement et parfois demander de faire 50 kilomètres c'est beaucoup. En plus on leur demande de venir très tôt".  Quant à la durée du traitement, elle précise qu'en règle générale, le patient reste dans une étude aussi longtemps qu'elle est efficace.

Seuls 10 à 15% des médicaments testés seront commercialisés. Les autres seront abandonnés en cours de route à cause d'effets secondaires trop importants ou d'un manque d'efficacité. 

Cancers: des chiffres en hausse

Les cancers les plus fréquents sont le sein, la prostate, le poumon et le côlon.  En Europe, les chiffres sont inquiétants: les Européens représentent 9% de la population mondiale... et 23,4% des nouveaux diagnostics. 

Pourquoi les chiffres augmentent ?  

Il y a 3 facteurs principaux qui expliquent l'augmentation du nombre de cancers:

  1. L'augmentation de la population mondiale
  2. le vieillissement de la population
  3. la dégradation des modes de vie

Le cancer en Belgique

Les cancers les plus fréquents sont:  la prostate, le sein, le poumon et le côlon. Ces quatre cancers représentaient la moitié de tous les cas de cancers. 

On a constaté plus de cancers chez les hommes (35.709) que chez les femmes (31.378).

1 homme sur 3 et 1 femme sur 4 auront un cancer avant leur 75ème anniversaire.

  • Chez les hommes: prostate,  poumon et  côlon (gros intestin) ;
  • Chez les femmes: sein (plus d'un tiers de tous les cancers féminins), gros intestin et poumon.

 

 

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