Cancer et environnement: nos lieux de vie peuvent nous empoisonner

Santé:cancers et environnement. Nos lieux de vie peuvent secrètement nous empoisonner.
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On dit que fumer donne le cancer mais qu'en est-il des substances toxiques que l'on croise dans notre environnement ? Peuvent-elles être à l'origine de cancers environnementaux ? Scientifiquement, cette catégorie de cancers n'existe pas mais l'OMS (organisation mondiale de la santé) estime que les facteurs environnementaux seraient en cause dans un cancer sur 5.

A Hermalle Sous Huy, le quartier, à première vue, est sans histoires... A première vue seulement, parce qu' ici, les habitants seraient plus qu'ailleurs touchés par des cancers. Un riverain nous explique que dans telle maison la dame a un cancer, en face, le voisin est lui aussi en chimiothérapie et derrière nous, le monsieur a un cancer de l'intestin.

Mais qu'y a-t-il donc de si malsain dans ce petit coin d'Engis en région liégeoise ? Ce riverain se bat depuis des années pour le savoir. Il nous montre sur une carte, toutes les maisons où l'on déplore des malades du cancer voire des morts : "La première fois qu'on en a parlé en 2008, il y avait une vingtaine de cas, parmi ceux-ci, il y en a qui sont décédés mais il y a aussi de nouveaux cas", explique Jean Werpin, riverain touché lui aussi par la maladie

Sa femme par exemple a eu quatre cancers. Elle nous affirme que le coin est "un nid à cancers". Mais peut-on parler d'un nombre anormal de cancers ? A l'heure d'aujourd'hui, toujours pas. Dans le registre officiel du cancer, les cas ne sont pas répertoriés à une échelle aussi limitée que celle d'un quartier et le nombre total de cas dans ce quartier est insuffisant pour pouvoir mener une étude scientifiquement reproductible.

Mais à l'époque déjà, le médecin du village, atteint lui aussi d'un cancer de l'estomac, trouvait que cela commençait à faire beaucoup de cancers dans le quartier et que sans tomber dans la paranoïa, il comprenait les inquiétudes des gens du quartier. Il en est décédé.

Entre-temps, deux études scientifiques, une de l'université de Liège, l'autre de Louvain, ont analysé les traces de pollution laissées par les industries sidérurgiques et chimiques du passé, mais il n'ont malheureusement pas pu apporter de réponses à ces riverains sur l'origine de la multiplication locale des cancers. Dernièrement, la commune a placé des capteurs de particules fines, mais une fois encore pas dans ce quartier.

Engis, Wasseige, mêmes questions sans réponse

Nous prenons la direction d'un autre petit coin plus champêtre à Wasseige, et là aussi apparemment les cas de cancers fleurissent. En tout, on dénombre une quinzaine de cancers, pour une vingtaine d'habitations. Ici, des villageois ont carrément vécu à côté d'un terrain vague devenu décharge sauvage où on a brûlé des déchets de salon de coiffure, des pesticides et autres produits chimiques domestiques. Trois générations ont ainsi respiré et mangé des polluants en tous genres.

Les feux sauvages, la pratique est une des plus dangereuses selon Alfred Bernard, toxicologue à l'UCL : "L'incinération sauvage de déchets dans le fond d'un jardin, vous avez dans l'air des concentrations en dioxines, par exemple, en cancérogènes au moins mille fois supérieures à ce qui sort de la fumée d'un incinérateur."

Rose-Marie Libioulle, une riveraine qui se bat pour savoir, est aujourd'hui, sous surveillance médicale rapprochée. On lui a enlevé l'utérus et les ovaires, puis il y a eu des problèmes de peau et de kystes dans les seins. Depuis 7 ans, elle frappe à toutes les portes pour faire bouger les choses. Mais difficile apparemment d'y voir clair en matière de cancer environnemental, une maladie qui n'est toujours pas scientifiquement reconnue : "On est allé voir les ministres de la Santé, mais on nous parle d'environnement, on voudrait qu'on nous parle santé mais on nous dit que c'est une problématique de l'environnement. On va voir les ministres de l'Environnement, mais ils nous disent que cela a un impact sur la santé, c'est plus pour le ministre de la Santé. A l'heure actuelle, je n'ai toujours pas un interlocuteur fiable en face de moi."

Les généralistes sont très peu bavards sur le sujet. Seul un docteur en santé publique à la retraite a bien voulu nous ouvrir sa porte. Pour lui, les médecins sont désarmés : "Ils ont une très faible formation, je vous parle de 5 heures de cours, et je ne suis pas sûre que ce n'est pas un cours à option, pendant les formations de base. Le médecin est aussi mal informé, et il n'a pas une très bonne clarté sur les démarches à suivre en cas de suspicion."

Si les cancers environnementaux n'existent pas en tant que tel, l'OMS, l'organisation mondiale de la santé, estime que les facteurs environnementaux seraient tout de même responsables de 19% de la totalité des cancers. Une raison pour nos responsables politiques de s'y intéresser davantage.

Pascale Bollekens

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