Cancer du col de l'utérus : 3 questions au chef du service gynécologie et obstétrique du CHU de Liège

Ce matin sur les ondes de la Première, la ministre wallonne de la Santé Christie Morreale (PS) annonçait le lancement d’une opération de dépistage gratuit du cancer du col de l’utérus. 1,5 million d’euros sont débloqués pour lancer, d’ici fin 2020, un projet pilote porté par le CHU de Liège, le CHR de Namur et le Grand Hôpital de Charleroi.

Pour comprendre l’enjeu de ce programme de dépistage, nous avons rencontré l’un des porteurs de ce projet. Le Professeur Frédéric Kridelka est chef du service gynécologie - obstétrique du CHU de Liège et coordinateur académique du Programme de dépistage du cancer du col de l’utérus.

-A quoi va servir le 1,5 million d’euros débloqué pour ce programme de dépistage gratuit ?

Il y a 2 millions de femmes en âge de se faire dépister grâce à un frottis. Parmi elles, un million ne se soumet pas au dépistage. C’est donc elles qu’on va viser. Il faut informer, solliciter et mettre en place un système simple et durable. Avec notre projet pilote, on tente une formule qui a déjà été testée en France, en ciblant dans un premier temps 350.000 femmes qui ne sont pas en ordre de frottis. On leur donne un accès simple à des consultations qui sont spécialement dédiées à cet examen et ensuite, on prend en charge les pathologies découvertes. Cette somme considérable (1,5 million) nous permettra d’organiser l’appel des patientes et leur prise en charge.

– Pourquoi est-il urgent d’intensifier cette prévention par le dépistage (seule une femme sur deux se fait dépister) ?

Le cancer du col de l’utérus est un cancer lié à un virus, le virus HPV (pour Human Papillomavirus). La vaccination existe mais ne fait pas tout. Le frottis reste indispensable. Avec le dépistage on peut se prémunir de la maladie. Car ce cancer ne se manifeste qu’à un stade avancé, par des saignements, quand il est trop tard.

Chaque cancer du col de l’utérus est un échec. Aujourd’hui le dépistage est intégralement remboursé par la sécurité sociale. Mais c’est passé d’un remboursement chaque année à un remboursement tous les trois ans. Cela a probablement provoqué chez les femmes une diminution de la pression du dépistage et de l’urgence d’aller chez son gynécologue pour une visite de routine. En Wallonie, on est passé de 58 à 50% de femmes qui se soumettent au dépistage, c’est largement insuffisant. Il faut optimiser cela de manière durable.

– Le cancer du col de l’utérus peut-il être éradiqué ?

C’est un cancer pour lequel il y a deux moyens d’action, le dépistage et la vaccination, ce qui est exceptionnel. En Australie, où ce dossier est bien géré, une extinction est prévue d’ici 50 ans. Mais pour cela, il faut des campagnes d’information, des campagnes de vaccination mais qui n’empêche pas d’avoir recours au frottis. C’est la méthode avec le résultat le plus tangible et le plus précoce. A 10 ans, on voit déjà clairement un effet de réduction de mortalité et d’incidence, si on applique le frottis correctement.

Reportage de notre JT 19h30 sur le dépistage gratuit du cancer du col de l'utérus:

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