Cancer, coronavirus et fin de confinement : médecins, patients, industriels lancent un cri d'alarme

Le constat est là, depuis le début de la pandémie, dans de nombreux pays, des médecins décident au cas par cas, de poursuivre les traitements oncologiques ou pas. En Belgique, des spécialistes du cancer déplorent que l’accès aux soins nécessaires, au dépistage, au diagnostic, au traitement du cancer soit si limité. La situation, imposée par l’urgence et l’ampleur de la crise, les inquiète.

"Dans nos centres de référence, nous voyons quatre types patients, qui ne sont pas pris en charge de manière optimale": nous explique le Dr Awada, chef de service d’oncologie à l’Institut Jules Bordet.


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"Il y a ceux qui ont des symptômes et qui, d’habitude, consultent rapidement leur médecin, ce qui permet de faire un diagnostic précoce. Mais ils ne viennent plus, par peur du coronavirus, avec le risque de détecter leur maladie, à un stade plus avancé. Il y a ensuite, ces patients diagnostiqués juste avant la crise qui devaient subir, par exemple, de la chirurgie mais dont l’opération a été postposée. Si la crise dure, il y a aura des dégâts."

Et ce n’est pas tout, "il y a encore ces malades en traitement que l’on suit du mieux que l’on peut par télémédecine. Mais en cancérologie, l’entretien, juste téléphonique, pourrait nous faire passer à côté d’une affection plus sérieuse. Enfin, les derniers viennent à l’hôpital. Ils sont fragiles. Les risques d’infection sont importants, nous ne pouvons donc pas, pour le moment leur administrer des chimios toxiques."

Les témoignages de patients cancéreux sont poignants

Sur lignes d’écoute des patients de la fondation contre le cancer, les témoignages se succèdent : "une dame atteinte d’un cancer du sein, par exemple, très inquiète, nous a clairement dit qu’elle avait refusé d’être opérée parce qu’elle ne voulait pas être contaminée par le Covid-19 à l’hôpital", nous dit le Dr Vander Steichel, le directeur de la fondation.

 Certains témoignages interpellent, ainsi une autre patiente, en traitement palliatif pour un cancer de l’ovaire métastasé et qui souffre régulièrement de troubles respiratoires à cause des médicaments se présente aux urgences pour une ponction de liquide dans l’abdomen, on l'a mise en quarantaine deux jours pour suspicion de coronavirus puis on l'a renvoyée chez elle sans la traiter."

Une 2e vague de victimes avec les patients atteints d’un cancer ?

Le Dr Ahmad Awada, lui, prévient : "Ces patients atteints d’un cancer comme tous ceux qui souffrent de maladies chroniques, pourraient constituer une nouvelle vague de victimes collatérales et de morts, dans les semaines et les mois qui viennent."

Avec des représentants de patients, du monde médical et de la "Pharma", Ahmad Awada, aussi président de la plateforme "All. Can Belgium", lance un cri d’alarme. "Il est urgent de préparer dès maintenant la fin du confinement dans ces services car tout est prévisible. Il n’y a pas d’excuses pour ne pas se préparer."

Dépistage généralisé dans les centres du cancer et de l’argent

Priorité pour la plateforme, un rapide dépistage Covid-19 pour tout le personnel des centres de cancérologie, pour savoir qui est contaminé et qui a déjà des anticorps pour pouvoir réorganiser au plus vite le travail et rendre les centre opérationnels.


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Didier Vender steichel explique : "On a reporté tout ce qui était jugé 'reportable' et pas urgent mais il va falloir supporter le surcroît de travail au moment où le confinement prendra fin. Et il fallait déjà beaucoup de patience et il fallait jongler pour caser des dates de certains examens avant la crise. Maintenant on va, en plus, se retrouver avec du personnel sur les rotules ou écarté parce qu’infecté."

Le Président de All. Can Belgium renchérit :" Il faut absolument un soutien financier des institutions, des services et du corps médical pour faire face à la charge de travail qui sera infiniment plus importante après le déconfinement. Ces services hospitaliers vont sortir exsangues financièrement de la crise s’il n’y a pas une aide conséquente de la part du gouvernement."

Et soutien aux patients qui vivent un double stress

En attendant, les patients souffrant de cancers doivent se sentir écoutés et soutenus. Car pour eux, le stress est double. "S’entendre dire qu’on souffre d’un cancer, subir les traitements, mais aussi l’après traitement sont des moments émotionnels très difficiles dans la vie d’une personne", rappelle la doctoresse Anne Rogiers, psychiatre à l’hôpital Brugmann.

"Souvent, les patients souffrent de troubles du sommeil, de stress, de peur de rechute ou de sentiments d’incertitude par rapport à l’avenir. Ils ont également souvent une réinsertion professionnelle difficile, des difficultés financières ou une dépression. La crise COVID-19 aggrave encore leur situation. La continuité des soins médicaux, y compris le suivi psychologique, est vitale et doit être garantie autant que possible, pendant le confinement mais aussi après."

Un cri d’alarme selon "All.can Belgium" pour éviter le chaos après la crise.

Sujet du JT du 13/04/2020 - Moins de suivi des malades du cancer à cause du coronavirus

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