Ça s'est passé chez nous : cette commune a présenté ses excuses pour avoir brûlé une "sorcière"

ça s'est passé chez nous: des excuses pour avoir brûlé une "sorcière"
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C’est une histoire pour le peu inhabituelle. Pour comprendre, il faut remonter en 1590 du côté de Lier, une petite ville au sud d’Anvers. C’est là que vit une jeune fille de 14 ans qui tourmente d’autres enfants. Cathelyne Van den Bulcke est sa voisine. En apprenant cela, elle va sermonner l’adolescente et prévenir ses parents. Ces derniers la punissent.

Furieuse, la jeune fille de 14 ans, que l’administration finira par qualifier d’un peu "simple", va vouloir se venger. Elle accuse alors Cathelyne de sorcellerie. D’autant que la mère de Cathelyne a elle-même fini au bûcher quelques années auparavant. De quoi alimenter la rumeur…

Elle finira brûlée

Cathelyne Van den Bulcke est alors emmenée en plein centre-ville où elle est lynchée et torturée. Elle finira par admettre, sous la torture, entretenir des relations sexuelles avec le diable et même des loups-garous. La femme est emmenée dans un cachot situé dans une tour de la grand-place, dans l’attente de son jugement. Elle finira brûlée ce soir-là. Trois autres femmes seront torturées à l’occasion.

Il faut savoir qu’à cette époque, la période est instable. En cause, une révolte contre Philippe II roi des Pays-Bas espagnols qui règne sur nos régions. Un terrain propice à la désignation de bouc émissaire. Les procès pour sorcellerie sont d’ailleurs fréquents.

Pourquoi des excuses aujourd’hui ?

Il y a quelques jours, la ville de Lier a présenté ses excuses pour rétablir l’honneur de ces femmes.

Tout est parti d’une demande de passionnés d’histoire de la ville mais ce n’est pas tout. Des descendants de Cathelyne se sont joints à eux. Ils se sont adressés au conseil communal qui a d’abord fait sceller une pierre de commémoration au milieu de la Grand-Place et qui a, ensuite, organisé une petite cérémonie d’excuses.

431 ans plus tard, la ville est-elle encore responsable ?

Le conseil communal a estimé que la ville avait effectivement une responsabilité. A l’époque, sous la pression populaire, elle a en effet accepté ce simulacre de procès. Cette histoire va-t-elle créer un effet boule de neige ? Ce n’est pas exclu… La ville a, en effet, profité de cette histoire pour voir s’il n’y avait pas d’autres faits dans l’histoire plus récente pour lesquels elle se devrait de présenter ces excuses. Mais ce n’est, a priori, pas le cas.

Des excuses dans quel but ?

Un devoir de mémoire. C’est ce qu’a estimé l’échevin du tourisme et du patrimoine de la ville, le N-VA Rik Verwaest. Mais on peut aussi penser que cela met en avant le patrimoine historique de la ville. Par ces excuses, il veut rappeler à travers le sort de cette femme qu’une situation peut rapidement dégénérer dès lors qu’une autorité se laisse guider par les peurs, les préjugés et les rumeurs.

Selon l’historien Jonas Roelens, interrogé par Radio 2, la radio la plus écoutée de Flandre, ces excuses peuvent, toutes proportions gardées, être l’occasion de mettre en garde contre l’effet des fake news et de la désinformation. Il ajoute que la période que l’on vit en ce moment est aussi compliquée et qu’elle est donc plus propice à la tendance de désigner un coupable.

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