C.Q.F.D. : le nucléaire en Belgique, c'est vraiment la fin ?

Thierry Saegeman, patron des activités nucléaires d’Engie Electrabel
Thierry Saegeman, patron des activités nucléaires d’Engie Electrabel - © Tous droits réservés

Engie Electrabel a annoncé à son personnel qu’elle allait se préparer à la fermeture de tous ses réacteurs nucléaires pour 2025 puisque c’est ce que prévoit l’accord de gouvernement. Mais est-ce pour autant vraiment la fin du nucléaire en Belgique ?

Nous sommes un opérateur responsable qui opère à tout moment selon la loi.

Thierry Saegeman, patron des activités nucléaires d’Engie Electrabel, était l’invité de C.Q.F.D. pour en parler. Il répond : " Jusqu’à la formation du gouvernement nous avons travaillé à un plan A, qui consistait à prolonger deux unités et aussi commencer l’arrêt et le démantèlement des deux unités les plus anciennes. Maintenant, l’accord de gouvernement est clair, il faut tout arrêter en 2025. Nous sommes un opérateur responsable qui opère à tout moment selon la loi. "

Mais l’accord de gouvernement laisse aussi encore la porte ouverte au nucléaire. Il prévoit d’évaluer, fin 2021, les capacités électriques de notre pays sans le nucléaire, sur base d’alternatives qui doivent être développées. Cela veut donc dire que, si la sécurité d’approvisionnement n’est pas garantie, le gouvernement pourrait demander à Engie fin 2021 de tout de même prolonger deux de ses réacteurs. Pour Thierry Saegeman, le gouvernement doit se décider maintenant : " Nous avons dit, depuis deux ans déjà, au pouvoir politique que ce calendrier nous posait de gros problèmes puisque nous avons tout un chemin à faire pour pouvoir réaliser une prolongation du nucléaire. Tout d’abord, il y a des contraintes liées à une étude environnementale, une consultation transfrontalière et il faut aussi modifier la loi. Nous avons aussi besoin de cette loi pour engager les centaines de millions d’investissements et pour pouvoir commander les combustibles et être prêts."

On est toujours sur une logique où les deux scénarios sont possibles.

Malgré ce désaccord de calendrier, Engie Electrabel n’acte pas totalement la fin du nucléaire en Belgique. Thierry Saegeman : " On est toujours sur une logique où les deux scénarios sont possibles mais bien évidemment le plan B (la fermeture totale) va maintenant petit à petit prendre les dessus sur le plan A (laisser deux réacteurs en fonction)."

En attendant, Engie Electrabel compte bien participer aux alternatives recherchées par le gouvernement. Pour cela, Engie Electrabel pourrait obtenir des subsides via le mécanisme de rémunération de capacité.

Sortir du nucléaire grâce au mécanisme de rémunération de capacité

Ce mécanisme a été développé pour encourager l’émergence de nouvelles capacités afin de compenser la sortie du nucléaire. Ces nouvelles capacités pourraient se baser sur du stockage d’électricité ou de la réduction temporaire de consommation. Mais, dans les faits, cela va sans doute surtout passer par la construction de centrales au gaz. Le défi, c’est qu’à certains moments, toutes ces centrales au gaz seront nécessaires pour couvrir les pics de consommation. C’est-à-dire principalement l’hiver ou lorsque le vent baisse par exemple. Mais à d’autres moments, certaines centrales au gaz tourneront beaucoup moins que d’autres. Elles seront donc moins rentables, ce qui ne pousse pas le secteur privé à les construire. Il faut donc les y inciter grâce à un mécanisme de subsides, octroyés après un appel d’offres. C’est ça le mécanisme de rémunération de capacité. Engie Electrabel y travaille, comme le confirme Thierry Saegeman : " Engie Electrabel a plusieurs projets de centrales au gaz qui se développent pour répondre à l’appel d’offres, si c’est la décision du gouvernement, nous souhaitons y participer, nous souhaitons rester un acteur important en Belgique."

Ce subside ne va pas seulement rémunérer la production mais il va payer la capacité à exister, à produire si nécessaire. Cela implique un cadre légal assez est complexe qui a été longtemps discuté. Il a été voté au Parlement cet été. A présent, la Commission européenne doit se prononcer sur ce mécanisme car ces subsides ne peuvent pas fausser pas la concurrence. Une fois le mécanisme entériné par l’Europe, il y va y avoir un appel d’offres. Les entreprises du secteur, comme Engie Electrabel, devront dire à quel prix elles peuvent fournir de cette électricité alternative au nucléaire. La fin de ces enchères est prévue pour octobre 2021. C’est aussi à ce moment que le gouvernement a prévu de faire le point et, si nécessaire, de prolonger deux réacteurs d’Engie Electrabel. Mais à quel prix ? Le risque c’est que, dans ces conditions, Engie Electrabel devienne indispensable et puisse fixer ses conditions pour la prolongation.

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