"C'est une disparition des services publics qui est programmée"

Tout d’abord, le leader syndical a tenu à minimiser l’impact de la rupture formelle du front commun syndical. En effet, les syndicats chrétiens (CSC) n’ont pas déposé de préavis de grève pour les actions de ce mercredi. "Mais nous n’y allons pas seuls pour autant", tempère Michel Meyer. "Nous sommes rejoints dans nos actions par de nombreux affiliés tant de la CSC que de la SLFP (syndicat libéral, NDLR), ce qui prouve que le malaise concerne tous les employés de la fonction publique".

D’autant que la CSC couvre les grévistes dans plusieurs services. Or, "entre couvrir la grève et déposer un préavis de grève, il y a une petite frontière mais je crois que c’est surtout un écart de langage", estime notre invité.

Ce craquellement du front commun pose également la question soulevée par le gouvernement fédéral, qui voit dans ces actions du syndicat socialiste, la marque de l’opposition au fédéral, menée par le PS (premier groupe francophone de l’opposition, avec 23 élus). Une accusation que le président de la CGSP balaie d’un revers de main.

"L’austérité que l’on nous sert au fédéral n’a pas d’autre goût que la rigueur wallonne"

"Depuis le début, nous disons que l’austérité que l’on nous sert au fédéral n’a pas d’autre goût que la rigueur wallonne. Au final, c’est la population qui paie", rappelle-t-il. "La FGTB et la CGSP ne sont liées à aucun parti et ne le seront jamais. Marc Goblet se dit socialiste, je le suis aussi, je n’ai aucun problème avec ça. Mais dire de nous que nous sommes le bras armé du PS, ce serait comme dire que le syndicat libéral est le bras armé du MR ou que la CSC l’est du cdH. Intellectuellement c’est malhonnête", avance l’ancien postier, rappelant au passage que les syndicats socialistes n’étaient pas en reste en termes d’actions et de protestations sous le gouvernement Di Rupo.

Il concède toutefois que "la grève est dirigée en priorité vers le gouvernement fédéral ". Ceci n’a rien de politique, affirme-t-il, mais est simplement dû au fait que " les mesures les plus graves sont issues du gouvernement fédéral. Cependant, suite au dernier ajustement budgétaire, on a vu que les entités fédérées vont être, elles aussi, confrontées à de nouvelles économies. Ce seront alors l’enseignement, les aides à l’emploi, le TEC,…qui risquent d’être touchés. C’est donc un avertissement tant au gouvernement fédéral que wallon et bruxellois: ou la concertation sociale se met en route et on discute sereinement de comment on va y arriver ; ou il y aura de nouvelles actions", quelle que soient les couleurs politiques des gouvernements contre lesquelles ces actions sont dirigées.

Mais si tous les exécutifs sont logés à la même enseigne, il y a bien, entre les différents gouvernements, "une différence dans l’approche de la concertation sociale". "On sent que le PS et le cdH sont habitués à la concertation et écoutent les partenaires sociaux. Tandis qu’au niveau fédéral, on a affaire à de jeunes personnes, qui n’ont pas l’historique de ces négociations et des services publics. Ils n’ont en fait aucune idée de ce qu’est un service public", ces services de base à la population qui sont désignés dans le langage commun comme ‘le patrimoine de ceux qui n’en ont pas’. "Et ces gens ont une idée très arrêtée de ce que doit être la société. Mais ce que doit être la société ne doit pas être basé sur l’idée d’un seul homme! La Belgique c’est 11 millions d’individus qui doivent vivre ensemble. Et les services publics cela sert justement à faire vivre les gens ensemble".

"C’est une disparition programmée de certains services publics, partout où le privé a intérêt à s’implanter"

Mais les syndicats ne jouent-ils contre l’intérêt du service public en s’opposant à sa modernisation ? Une modernisation qui, à terme, est censée sauver le service public, si l’on en croit ses partisans?

"Nous sommes d’accord qu’il faut moderniser mais pas à n’importe quel prix et surtout avec un projet de société derrière. Si c’est uniquement une variable d’ajustement budgétaire, cela ne sert à rien. Les services publics, ce sont vraiment l’ADN de la société. Nous permettons aux gens de vivre ensemble. Si demain, on veut des services publics, qu’on nous dise, ce que l’on veut comme services publics, les tâches qui leurs seront affectées et les budgets qui leur seront alloués", nuance Michel Meyer.

Ce dernier a d’ailleurs une expérience concrète de ces processus dits de "modernisation". Et celle-ci n’est évidemment pas de nature à le rassurer. "Je viens du secteur Poste", rappelle-t-il, "nous étions 44 000 agents, il n’y en a plus que 24 000. Nous avons modernisé l’entreprise et nous avons perdu 20 000 emplois", détaille-t-il. "Mais l’action de la Poste est passée de 17 à 24€. Cela a fait des heureux : les actionnaires, parce que l’Etat, lui, n’a pas gagné un euro en plus".

Pour ce dernier, derrière cet affaiblissement continu des effectifs des services publics et les coupes budgétaires imposées successivement, "c’est une disparition programmée de certains services publics, partout où le privé a intérêt à s’implanter" qui est programmée. "Regardez ce qui se passe avec l’accueil des personnes âgées, et la différence de coût entre un home dans le public et dans le privé, il y a une grande différence. Cela pose la question de savoir si l’on peut faire du commerce sur l’être humain. "Nous disons non, l’être humain doit être au centre de la société".

@julienvlass

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