C'est un "séisme" pour le football, mais "il faut rester prudent", "ce n'est pas l'affaire Bayat"

Ancien manager de l’AFC Tubize, président du club de foot waterlootois et avocat spécialisé dans les affaires sportives, Louis Derwa était l'invité de Matin Première ce jeudi. L'occasion de donner son point de vue sur cette vaste affaire de fraude qui touche le football belge et européen.  

Pour l'avocat, "il faut être très prudent. Je ne pense pas qu'il faille dire que c'est l'affaire Bayat comme je l'ai entendu, il y a la présomption d'innocence. Soyons quand même prudents sur ce que l'on raconte. Il n'est d'ailleurs pas le seul concerné"

"Maintenant, il est effectivement une personne qui est très efficace dans le secteur et qui intervient dans beaucoup de transferts", poursuit-il. "Il ne faut quand même pas oublier qu'il y a une réglementation. En principe quand on fait un transfert, on doit dévoiler si un intermédiaire est intervenu ou pas. Et en principe, les rémunérations des intermédiaires doivent être communiquées aussi à la Fédération qui est tenue normalement de faire un rapport annuel aussi sur les sommes qui ont fait l'objet de commissions."

L'agent, un électron un peu trop libre?   

Mais de plus en plus, ces agents de joueurs ont un rôle de plus en plus important dans le vie des clubs, ce que confirme Louis Derwa : "C'est tout à fait évident. On a observé parfois que l'agent, qui est un acteur émergent, qui s'est considérablement enrichi de manière générale grâce aux mutations nombreuses qu'il y a dans le football, l'agent a pris une puissance financière importante ; et comme l'agent n'est pas affilié à la Fédération, il est un peu un électron libre qui fait que parfois il a dépassé son rôle. Il est devenu parfois recruteur de fait ou dirigeant de fait dans certains clubs, probablement parce que finalement après avoir placé un, deux, trois, cinq ou dix joueurs, on s'aperçoit que tout le vestiaire, entre guillemets, lui appartient à travers ses clients".

La corruption "n'est pas propre au monde du football"

"Avant de parler de corruption, il faut démontrer une corruption", précise l'avocat. "Il y a des rumeurs, on parle, voyons voir".

"Il y a eu des affaires de corruption dans différents endroits du monde. On sait généralement que quand on parle de football, on parle de résultats. Et qui parle de résultats, parle aussi de paris. Et cette connexion, cette dérive, peut entraîner une pression notamment sur des acteurs du football, que ce soit les joueurs ou même les arbitres. Il y a eu des affaires dans le pays où on a démontré que des joueurs avaient partie prenante dans ce genre de chose. Rappelez-vous d'ailleurs, même en dehors du football, dans le tennis, sur les paris, on sait que des arbitres qui sont particulièrement faibles (parce que c'est un acteur isolé dans le jeu) ont aussi des pressions concernant les paris. Et on a vu que des mafias (Interpol l'a révélé), dans différents pays, avaient des réseaux mondiaux pour organiser des matches truqués. Et je le répète, pas seulement dans le football, mais aussi dans d'autres disciplines."

Trop d'argent dans le monde du football? 

A la question de savoir si le fait qu'il y ait trop d'argent dans le football mène à la corruption, il répond : "Disons qu'il y a beaucoup d'argent qui circule parce qu'en réalité, le système fait qu'il y a beaucoup d'argent pour les droits de télévision, notamment. A partir du moment où l'on paie des sommes considérables pour avoir des images de championnats, il ne faut pas s'étonner qu'un moment ces sommes reviennent au club et donnent des marges beaucoup plus importantes au club pour payer des plus grands salaires aux joueurs. Après, comme dans tous secteurs économiques, il peut y avoir des dérives".

Et de donner en exemple, le scandale du Dieselgate avec VW, le scandale Publifin mais aussi les pratiques dans le secteur de l'art.    

"Ce qui est important, c'est de mettre des garde-fous"

"Je ne vois pas pourquoi le monde du football échapperait à ce qu'il se passe dans les autres secteurs de la vie économique", ajoute Louis Derwa. "Maintenant, ce qui est important, c'est de mettre des garde-fous en place pour éviter que cela se produise, ou en tout cas en limiter les effets".

"Mais c'est évident que, par exemple, si on parle des Footleaks, c'est-à-dire ces fuites qui ont été révélées dans la presse européenne, on a constaté que les plus grands joueurs de football étaient concernés par ça et qu'il y avait eu des montages qui avaient été faits pour essayer d’optimaliser leur rémunération en déviant leur rémunération dans des paradis fiscaux, etc. Je répète, ce n'est pas propre au football, c'est dans d’autres secteurs économiques, mais effectivement il faut être très vigilants".    

Il affirme qu'au niveau de la FIFA, le système a changé depuis 2009 : "On a mis un système d'intermédiaire au point et on a demandé d'obligatoirement révéler les contrats d'agents, de donner les noms des personnes qui intervenaient dans les deals et les transferts et de révéler les sommes. Est-ce que cela fonctionne ou cela ne fonctionne pas ? Il faudra un moment donné faire un bilan", conclut-il. 

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