C'est en prison que le destin de Mehdi Nemmouche a basculé

Le procès de Mehdi Nemmouche et de son complice, Nacer Bendrer, a débuté cette semaine devant la Cour d’assises de Bruxelles. Mehdi Nemmouche est accusé d’être l’auteur de l’attentat du Musée juif le 24 mai 2014. Mais qui est-il réellement ? C'est le sujet d'un reportage diffusé ce mercredi dans l'émission "Devoir d'enquête".

Interrogée sur La Première, Martine Ernst, la journaliste qui a mené cette enquête, explique que Mehdi Nemmouche "n’est pas vraiment ce qu’on pourrait appeler un enfant comme les autres. Car en fait c’est un enfant qui est abandonné par sa mère quand il a trois mois. Elle est fragile mentalement, elle a eu plusieurs séjours en hôpitaux psychiatriques et Mehdi Nemmouche n’a pas non plus connu son père. Il sera donc placé dans une famille d’accueil. C’est une famille catholique qui vit dans un petit village dans le nord de la France et nous avons pu retrouver sa mère d’accueil. Elle s’appelle Nicole. Nicole, c’est elle qui l’a élevé jusqu’à ses 16 ans et il l’appelait d’ailleurs 'maman'. Pour nous, le témoignage de Nicole a été très important, car il nous a donné des clés pour comprendre comment tout a pu déraper. Pour Nicole, au départ, Mehdi Nemmouche est un enfant qu’elle décrit comme très sensible, intelligent et prometteur aussi. Elle nous dit qu’il voulait devenir ingénieur, comme son fils aîné".

Un choc

"Cela commence à déraper vers l’âge de neuf ans, parce que c’est le moment où Mehdi Nemmouche va découvrir sa famille d’origine. Ses grands-parents ont obtenu un droit de visite, et donc Mehdi Nemmouche va les voir le week-end, et apparemment ce sera un choc pour lui. Pourquoi ? Parce que Mehdi Nemmouche, qui a grandi dans une famille catholique, sa famille d’accueil, découvre une famille d’origine algérienne qui est musulmane, avec donc une culture et un mode de vie complètement différents, et cela, Mehdi Nemmouche n’arrive pas à le gérer. Nicole, sa mère d’accueil, nous raconte qu’à l’époque Mehdi Nemmouche répète sans cesse : 'Je ne suis personne'. C’est donc un enfant qui se referme sur lui-même, qui se met alors souvent en colère et ça ne va pas s’améliorer" poursuit-elle.

Par la suite, "il faut savoir qu’à 16 ans, il doit couper les ponts avec sa famille d’accueil. C’est l’assistante sociale qui gère son dossier qui décide cela. Il va alors vivre chez sa grand-mère maternelle, qu’il aime beaucoup d’ailleurs. Mais il fréquente là-bas un quartier très sensible situé à Tourcoing, dans le nord de la France, et il va avoir de mauvaises fréquentations. Il va se mettre à commettre des petits délits, il va rouler sans permis, voler des voitures. Et progressivement cela s’aggrave, jusqu’au braquage d’une supérette. Et c’est la prison : Mehdi Nemmouche est devenu un délinquant multirécidiviste et il va passer cinq ans sa vie derrière les barreaux".

On peut dire que c’est en prison, dans cet univers carcéral, que son destin bascule, selon Martine Ernst, "parce que c’est vraiment là qu’il va se métamorphoser. Avant, il pratiquait déjà un peu la religion musulmane, mais en prison, c’est là qu’il se radicalise. Il porte la barbe, la djellaba, il fait du prosélytisme religieux. Un surveillant témoigne aussi qu’un jour Mehdi Nemmouche lui a demandé une télévision — c’était le 22 mars 2012 — et ce surveillant raconte que c’était pour voir Mohammed Merah, qui faisait alors la une de l’actualité. Mohammed Merah, c’est le tueur de Toulouse, celui qui a abattu des enfants juifs et des militaires lors d’une cavalcade meurtrière. Et depuis que Mehdi Nemmouche l’a vu à la télé, il aurait idolâtré Mohammed Merah, qui serait devenu son modèle. Et juste avant sa sortie de prison — en décembre 2012 — le responsable de cette prison à Toulon alerte les autorités en disant : 'Attention, Mehdi Nemmouche va sortir de prison et il est prêt à commettre un attentat'".

"Echapper aux radars"

Malgré cette alerte du directeur de prison, il parvient à échapper à toute surveillance, poursuit Martine Ernst: "Même si Mehdi Nemmouche est fiché pour sa radicalisation, il réussit à échapper aux radars des services de renseignement ; il ne sera pas surveillé. C’est vrai qu’on est en 2013-2014, et à l’époque les autorités vont clairement sous-estimer la menace, avec les conséquences tragiques que cela va engendrer. Car l’hypothèse, c’est quoi ? C’est que le Musée juif était la première frappe du groupe État islamique en Europe, avant les attaques sanglantes de Paris, puis de Bruxelles, et qui feront 162 victimes".

Mehdi Nemmouche est parti en Syrie dès sa sortie de prison. A-t-il rejoint là-bas les rangs du futur groupe terroriste État islamique ? "Mehdi Nemmouche dit que ce n'est pas du tout le cas, et ses avocats nous expliquent qu’il serait parti en Syrie dans un but uniquement humanitaire, car, disent-ils, il rêvait d’un destin héroïque. Son avocat, Maître Courtois, affirme que Mehdi Nemmouche aurait connu la maltraitance dans sa famille d’accueil, que le père d’accueil était un ancien combattant de la guerre d’Algérie. Et selon l’avocat, ce père d’accueil aurait été violent et raciste envers Mehdi Nemmouche, ce que la mère d’accueil nie d’ailleurs et rejette. Donc, Mehdi Nemmouche serait, selon l’avocat, parti en Syrie pour secourir des enfants victimes de la guerre civile. Mais une enquête est en cours en France : des journalistes français ont accusé Mehdi Nemmouche de les avoir séquestrés et torturés en Syrie — c’était à Alep, dans un hôpital désaffecté — et selon eux, ce n’est pas du tout le bon samaritain qu’il prétend être. Mehdi Nemmouche se faisait appeler là-bas Abou Omar en 2013 et un des ex-otages le décrit comme quelqu’un qui était très antisémite et très cruel aussi. Ces ex-otages français viendront d’ailleurs tous les quatre témoigner devant la Cour d’assises et ce sera sans aucun doute un des moments forts de ce procès".

Qui est Mehdi Nemmouche ? "Devoir d’enquête" de Martine Ernst et Bernadette Saint-Remi à voir ce mercredi sur la Une à 20h20, et sur RTBF Auvio.

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