Burn-out parental: 20% des parents se disent au bord du gouffre

Six famille sur dix déclarent avoir des difficultés à concilier leur vie de famille et leur vie professionnelle selon une étude publiée ce vendredi par la Ligue des familles. Dans le cœur du cyclone, les femmes, les familles mono-parentales et à faible revenus.

Pour Caroline, mère célibataire de deux enfants, il faut jongler entre deux professions pour joindre les deux bouts. En plus d'un 3/4 temps comme caissière dans une grande surface, elle est coiffeuse indépendante à domicile. "Financièrement, j'ai eu besoin d'avoir ces deux boulots", confie-t-elle.

"Je vis en colocation avec une collègue de travail qui a aussi une fille qui vit ici et là on arrive à s'entraider. Heureusement, je peux déposer mes enfants chez mes parents, mais une crèche ou une nounou, c'est complètement hors budget."

Caroline doit donc parfois emmener ses enfants chez ses clientes, par manque de solution. Il s'agit d'une véritable course contre-la-montre dont les conséquences peuvent se faire sentir... même par les enfants.

"Bien sûr, parfois je regrette de ne pas pouvoir être plus avec mes enfants, mais je dois bien joindre les deux bouts avec des horaires difficiles. Et le peu de temps qu'on a, on ne peut pas vraiment en profiter, car il y a la fatigue."

"Tout est calculé et je pense que mêmes les enfants ressentent notre stress, poursuit Caroline. On a aussi parfois un sentiment de culpabilité envers les enfants. Il arrive qu'à la fin de la journée, on craque, car on se demande ce qui ne va pas. Ce serait tellement plus facile de se laisser aller, mais on n'a pas le choix, car on a des enfants. On n'est pas aidés en tant que maman seule ou papa seul. On en veut un peu au milieu de travail, on a l'impression que de dire 'J'ai des enfants' pose un problème."

Médicaments, alcool ou drogues pour faire face

Pour Delphine Chabbert, directrice des études à la Ligue des familles, ce malaise est confirmé dans les chiffres : "Être parent et travailler en 2019, c'est difficile pour 58% des parents selon notre étude et, à nos yeux, ce n'est pas normal. On trouve que le projet de société est en panne".

"Tous les parents sont concernés, quel que soit leur statut professionnel : salarié à temps-plein, à temps-partiel, même les indépendants dont on peut supposer qu'ils peuvent aménager leur horaire à leur guise. Si vous rajoutez à cela le fait d'être une femme, dans une famille mono-parental et à faible revenus, le cocktail est explosif,", constate Delphine Chabbert.

Selon l'étude, il ne s'agit pas seulement d'une question de confort mais de santé publique : "87% des parents se plaignent de fatigue, 78% regrettent l'absence de loisirs, 67% ressentent du stress et, plus inquiétant encore, 8% des parents ont recours à substances comme des médicaments, de l'alcool ou de la drogue pour faire face à ces problèmes".

"Un parent sur cinq ressent également un risque de burn-out parental, ce qui est tout à fait nouveau, commente encore la directrice des études à la Ligue des familles. On rentre donc dans des questions de santé publique où on met en danger la santé mentale des parents. Et cet enjeu devrait aussi concerner les entreprises par rapport à l'absentéisme ou la fatigue de leurs employés."

La solution ? Une réduction collective du temps de travail

La Ligue des familles en appelle justement aux entreprises et aux pouvoirs publics pour mener un débat de société sur l'organisation du travail. De manière très concrète, les parents demandent une réduction collective du temps de travail avec maintien du salaire.

Les parents interrogés dans l'étude voudraient davantage de flexibilité choisie et non-subie dans leurs horaires de travail afin de pouvoir les concilier avec ceux de leurs enfants. Le télétravail arrive en troisième position des demandes les plus répétées des parents.

"On se demande comment ce n'est pas plus développé quand on voit les bénéfices que cela aurait pour les travailleurs et donc indirectement pour les entreprises", appuie Delphine Chabbert.

La Ligue des familles préconise par ailleurs la mise en place d'un congé de conciliation. Il s'agirait d'une trentaine d'heures de congé qui permettraient aux employés de faire face aux imprévus familiaux des parents.

"Il y a donc une demande à l'attention des pouvoirs publics, des entreprises, mais aussi de la sécurité sociale... Il est donc important qu'un débat public soit ouvert avec tous ces acteurs pour vraiment mettre en place ce vrai projet de société. Les chiffres sont alarmants et incontestables : 39% des parents disent que leur situation a un impact direct sur les enfants, c'est donc très inquiétant pour la société", conclut la directrice des études de la Ligue des familles.

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