Budget, effectif, dysfonctionnements structurels… La police fédérale peine à assurer pleinement ses missions de sécurité

La police fédérale serait incapable d’assurer pleinement ses missions en cas de crise de sécurité majeure. C’est ce qui ressort d’un rapport pour l’année 2018 concernant son fonctionnement et remis à la Chambre des représentants. L’objectif de ce document est d’évaluer l’efficacité et l’efficience de la police fédérale et des services de police locaux. Et de cette évaluation, il apparaît très clairement qu’il y a de nombreux dysfonctionnements.

Déficit d’effectif, notamment d’officiers et cadres moyens qui jouent un rôle fondamental, manque de budget, relations parfois tendues entre le chef de corps mandataire et les autorités politiques dans certaines zones de police… Voici quelques-unes des nombreuses anomalies pointées du doigt par le rapport.

La lourdeur des procédures de mobilité entre services mais aussi un déficit d’heures d’entraînement à la gestion de la violence sont également dénoncés. En outre, il apparaît que l’attractivité de certains mandats pose problème. A titre d’exemple et selon les services de la police fédérale, environ 3000 candidats potentiels auraient pu se présenter à la sélection et la formation de commissionnaire divisionnaire en 2018. Seulement 152 candidatures ont été soumises.

Mais le problème majeur concerne les restrictions budgétaires appliquées de manière linéaire ("Faire la même chose ou davantage avec moins de moyens") et toujours d’application. Willy Bruggeman, président du Conseil fédéral de police, qui regroupe des communes, des experts, des hauts magistrats et des chefs de police, a été entendu mercredi par la commission parlementaire de l’Intérieur à ce sujet. Selon lui, si jamais un phénomène majeur tel qu’une menace terroriste se présente, les forces de l’ordre ne disposent pas d’assez de moyens pour assurer efficacement les autres missions de sécurité.

De là à y voir un danger conséquent pour la population belge ? "Non car ce qui doit être fait en matière de terrorisme sera fait. Mais cela concerne d’autres missions comme le combat contre la criminalité en général, qui va certainement souffrir de ce manque de personnel", précise Willy Bruggeman. "Il y a des déficits non seulement à la police judiciaire mais aussi au sein de certaines unités dites de première ligne, comme la police de la route ou des chemins de fer par exemple".

Fonctionnement intégré mis à mal

Le rapport dénonce le constat qu’en raison de la focalisation maximale de la police fédérale sur le problème du terrorisme, un déplacement de la charge de travail s’opère sur la police locale. De manière générale, il est mentionné que la mission de service et de soutien de la Police Fédérale a été sérieusement érodée dans plusieurs domaines.

Les conséquences sont importantes puisqu’en plus d’un déficit de réserve valable permettant de répondre de manière convenable et suffisante à une situation d’urgence, c’est le fonctionnement de la police intégrée lui-même qui est mis à mal. Ce système implique deux niveaux entre les forces de l’ordre (fédéral et local), autonomes dans leur structure, sans lien hiérarchique entre eux mais complémentaires.

"Cela ne concerne pas uniquement la police fédérale", précise Willy Bruggeman. "La police locale se plaint également de ce manque d’effectif et d’appui. Elle doit de plus en plus souvent reprendre certaines missions normalement prévues pour la police fédérale." L’évaluation mentionne qu’il en résulte que "la police locale est en de plus en plus dépendante d’elle-même et doit donc développer des initiatives qui ont un impact financier et/ou de capacité important".

Dans un autre registre, l’appréciation laissée par les forces de l’ordre auprès des citoyens est également évoquée. Si elle se révèle globalement satisfaisante, la population déplore tout de même un manque de présence en rue ou encore un manque d’informations données sur leurs activités.

Quelles sont les solutions?

En ce qui concerne le personnel, le déficit au niveau de la police judiciaire est évalué à 14% tandis qu’il grimpe à 19% pour la police administrative et les services de premières ligne. "Ce qu’on propose, c’est de continuer le recrutement décidé par le gouvernement actuel, c’est-à-dire 1400 personnes par an. On souhaite augmenter ce taux jusqu’à 1600 membres du personnel", rajoute le président du Conseil fédéral de police.

Le rapport fournit également certaines pistes pour améliorer la situation. Augmenter le budget, accélérer le recrutement, améliorer la formation mais aussi laisser la possibilité de directement recruter des spécialistes, notamment pour certaines formes de criminalité comme les cybercrimes. A l’heure actuelle, il est très compliqué pour la police fédérale de suivre les développements et évolutions technologiques.

"C’est un ensemble de mesures qui devrait permettre à la police fédérale de répondre efficacement et remplir de manière satisfaisante ses missions", admet Willy Bruggeman. Une procédure de recrutement simplifiée avec une formation adaptée est également préconisée.

Dans les colonnes du Tijd, le député Tim Vandenput (Open Vld) s’est exprimé sur les conclusions de ce rapport et appelle à investir entre 500 à 900 millions d’euros supplémentaires dans la police, la justice, les pompiers et la défense. "Nous devons vraiment investir davantage dans notre sécurité de base" déclare-t-il. Un nouveau rapport général est prévu pour la fin de l’année.

Journal télévisé 13H

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