Bruxelles-Paris-Tinca : le voyage des Roms de l'Est, sédentaires et migrants.

A Bruxelles : immergés dans la ville. Racines timides.

Il n’y a rien d’inédit dans nos rues. Depuis le 15ème siècle, les villes d’Europe occidentale voient arriver des groupes tsiganes, bohémiens, gitans, manouches… de passage ou prêt à poser leurs bagages. Pas toujours bien compris et souvent mal-aimés. Ces groupes ont peu en commun : une origine lointaine, l’Inde quittée au 10ème siècle. Un attachement à la famille. Et une langue : le romani, proche du sanscrit mais que chaque groupe a refaçonné au contact des cultures traversées, au fil des siècles.

Aujourd’hui en Europe, on estime que près de 13 millions de citoyens descendent de cette origine commune et la vivent de façon très diversifiée dans leurs pays d’adoption ou d’attache, Slaves, latins, germaniques, scandinaves… Certains sont restés nomades, d’autres ne bougent qu’en été ou même sont installés depuis tant de temps dans un quartier que plus rien ne les distingue de leurs voisins.

Les roms arrivés ces dernières années dans les gares belges et dont les expulsions retentissent dans les médias, sont une toute petite partie de cette vaste famille hétérogène. Ils viennent des pays de l’est, surtout de Roumanie, Bulgarie et Slovaquie. Leur migration a commencé dans les années 90, suite à la chute du communisme. Ils tentent leur chance chez nous, cherchent un logement –ils ne sont pas nomades- et espèrent trouver du travail, ou vivre de débrouille mieux que dans leur région d’origine. Ils cherchent moins de discrimination.

A Bruxelles, ces Roms récemment arrivés seraient environ 7000. Plusieurs centaines vivent dans une grande misère, de squat en squat. Mais une toute grande majorité s’est ancrée dans la ville, vit de petits jobs, trouve ses marques dans les écoles. Nouveaux Bruxellois dans la mosaïque de la capitale. Nous nous sommes immergés parmi ces Roms silencieux de Bruxelles, migrants méfiants mais immergés dans la ville. Les écoles de leurs enfants sont le premier lien, la première confrontation avec la société belge multiculturelle.

Notre premier reportage nous emmène à l’école primaire Numéro 8 de Schaerbeek, dans le quartier nord de Bruxelles. Des 500 élèves, une centaine sont roms. L’atterrissage en classe est délicat. Les stéréotypes ont la vie dure. Mais les enseignants dépensent une énergie impressionnante pour les fidéliser à l’école.

A Paris : aux portes de la ville

Mêmes migrants, mais autre ville, autre situation… A Paris et en Ile-de-France, on compte autant de Roms qu’à Bruxelles (environ 7000). Pourtant ils y sont beaucoup plus visibles : mendicité et bidonvilles, voilà l’image gravée dans l’esprit des parisiens. Au bord du périphérique, aux abords des gares RER, des villages de tôles, de planches, de bâches de plastique ont vu le jour. Des centaines de personnes y vivent, dans des conditions d’extrême précarité. Souvent venues de Bulgarie, ou de Roumanie, elles cherchent des moyens de subsistance, entre petits boulots et mendicité.

En France, ces bidonvilles vivent constamment sous la menace d’une expulsion. Après quelques mois d’existence, ces villages de fortune sont rasés par les municipalités… Il faut dire que le discours politique sur les Roms est bien plus crispé en France qu’en Belgique.

A Tinca, en Roumanie : l’horizon bouché

Les conditions de vie précaires en Europe de l’Ouest n’empêchent pas ces milliers de personnes de venir tenter leur chance, à Bruxelles ou à Paris. Quels sont les villes, les villages qu’ils laissent derrière eux ? Pour mieux comprendre, nous nous sommes rendus à Tinca, dans le nord-ouest de la Roumanie. Ce village de 7500 âmes compte 1500 Roms. Nombre d’entre eux font régulièrement le voyage, en car, en camionnette ou en voiture. Pour 60 ou 80 euros, ils rejoignent la Belgique ou la France. Ils travaillent, ou font la manche pendant quelques semaines ou quelques mois, puis rentrent chez eux, en Roumanie.

" Ici, on n’a pas de travail, pas d’argent… on n’est pas allé à l’école, alors personne ne veut nous embaucher ", tous ceux qui sont en âge de travailler tiennent le même discours. Les plus âgés jettent parfois un regard nostalgique sur les années du communisme. L’époque où tous les Roms de Tinca travaillaient dans l’énorme complexe agricole, dont les ruines bordent encore le village. Ici l’avenir est flou… pour les Roms, comme pour les Roumains.

Myriam Baele et Hélène Maquet

 

Emission Transversales, à écouter ce samedi 3 mai, à 12h00 sur La Première.

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