Bruxelles – Anvers en 6 minutes : la Flandre ne veut pas rater le train de l’Hyperloop

Bruxelles- Anvers en 6 minutes et le monde à portée de capsule. Ce sont les promesses de l’Hyperloop, ce train du futur, théoriquement capable de transporter des passagers à 1000 km/h (ou plus probablement 500km/h).

Ses capsules en lévitation, propulsées dans un tube (presque) sous vide, font rêver la Flandre. Pourra-t-on, grâce à elles, vivre à Bruxelles et travailler à Amsterdam ? C’est l’une des questions évoquées dans l’étude commandée par la région, et rendue publique ce jeudi.

Bruxelles – Anvers en 6 minutes, Paris – Amsterdam en 1 heure

Un tunnel Hyperloop pourrait relier Bruxelles à Anvers. Pour les chercheurs, c’est là qu’il serait le plus pertinent. Il ne peut être envisagé que dans un cadre européen, au sein d’une liaison entre Amsterdam et Paris.

Le tronçon flamand ferait environ 100km, et permettrait donc de rallier Bruxelles à Anvers en 6 minutes. Le voyage de Paris à Amsterdam prendrait, lui, une heure. “C’est 75% plus rapide que le TGV, et au moins 20% plus rapide que par avion”, précise l’étude.

C’est 75% plus rapide que le TGV, et au moins 20% plus rapide que par avion.

Chaque année, 15 millions de passagers (soit 2400 par heure) ou 5 millions de tonnes de marchandises pourraient transiter sur ce tronçon.

Une solution pour les nuisances sonores de Brussels Airport ?

La grande majorité des passagers du trafic aérien pourraient passer à l’Hyperloop (soit 90% du trafic entre Schiphol, Brussels Airport, et Paris Charles de Gaulle) parce que le train du futur serait plus avantageux que les vols de courte distance (au niveau de la rapidité, du prix, de l’impact sur l’environnement…). Idem pour 70% des passagers du Thalys.


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Les chercheurs y voient même une opportunité pour Brussels Airport : l’aéroport pourrait diminuer considérablement les vols de courte distance vers Amsterdam ou Paris, et ainsi réduire les nuisances sonores et environnementales ; ou profiter des capacités libérées pour des vols longues distances.

Réduction des embouteillages ?

Pour les chercheurs, l’Hyperloop pourrait aussi soulager (au moins temporairement) le trafic routier entre Anvers et Bruxelles. L’impact positif serait significatif. Ils évoquent un transfert de 8% du trafic de voitures de particuliers sur l’autoroute E19.

L’impact environnemental serait, quant à lui, limité. La consommation d’énergie du secteur du transport flamand ne diminuerait que de 0,9 pourcents et ses émissions de CO2 de 0.8 pourcents.

Vivre à Amsterdam et travailler à Bruxelles

Et concrètement, alors ? Pourrait-on vivre à Amsterdam et travailler à Bruxelles, ou l’inverse ? “L’Hyperloop pourrait mener à une modification de la perception des distances domicile-travail. Habiter à Amsterdam et travailler à Bruxelles deviendrait parfaitement possible”, peut-on lire. Mais les chercheurs notent que la demande risquerait alors de dépasser la capacité de l’Hyperloop, surtout aux heures de pointe. “Il faudrait alors réfléchir à la manière de prioriser certains passagers ou certaines marchandises”.

Quand l’Hyperloop sera-t-il fin prêt pour révolutionner nos modes de vie ? Certains experts (Français, ou Belges, notamment) sont très sceptiques quant à sa réelle faisabilité. Selon l’étude flamande, “la commercialisation à grande échelle de cette technologie n’aura pas lieu avant au moins dix ans, ce qui signifie qu’il y a encore beaucoup d’incertitudes en termes d’efficacité et de rentabilité.

La commercialisation à grande échelle de cette technologie n’aura pas lieu avant au moins dix ans.

Les auteurs préviennent d’ailleurs : l’analyse du tronçon Bruxelles – Anvers n’est que purement indicative, elle ne constitue pas une recommandation de le développer. Elle sert avant tout à pouvoir évaluer de manière concrète les impacts d’un tronçon en Flandre.

Des tubes à travers la Flandre, jusqu’à la Gare du Nord ?

C’est vrai qu’il y a encore beaucoup d’incertitudes. Au-delà de la mise au point de la technologie, d’autres questions se posent. Comment concrètement mettre en place l’infrastructure nécessaire ? Des tubes à travers la Flandre, et jusqu’à la Gare du Nord à Bruxelles ?

Selon l’étude, la trajectoire doit être la plus droite possible, et, idéalement, on devrait construire des gares dédiées. Dans une Flandre largement urbanisée, les expropriations seraient inévitables. Cela prendrait du temps et nécessiterait le versement de compensations.

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Une gare imaginée par HyperloopTT © HyperloopTT

Définir des règles

Il faudrait aussi un cadre juridique adapté, pour définir les règles de ce nouveau mode de transport. Notamment en ce qui concerne la responsabilité en cas de conduite autonome. Plusieurs acteurs du secteur se sont réunis pour y travailler mais aucune réglementation n’existe encore.

L’Europe, pourtant, voit dans l’Hyperloop un secteur d’avenir. En décembre 2020, la Commission l’a inclus dans sa stratégie de mobilité durable et intelligente. Elle la considère comme une technologie appelée à se développer “dans un avenir proche”, au même titre que les drones ou les véhicules autonomes.

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Une capsule de l’Hyperloop de TransPod © TransPod

Plusieurs acteurs sont d’ailleurs actifs en Europe. L’Hyperloop ne se développe pas qu’aux Etats-Unis où sont basés, il est vrai, les deux acteurs majeurs que sont Hyperloop Transportation Technologies et Virgin Hyperloop (qui se vante d’avoir réalisé le premier test avec passager, sur 500 mètres à 15 secondes, atteignant – seulement ?- 172 km/h). L’étude mentionne notamment le néerlandais Hardt Hyperloop. Le canadien Transpod veut créer une piste d’essais dans le Limousin, en France, tandis que Hyperloop Transportation Technologies a implanté un centre de recherche à Toulouse.

La Flandre, précise le rapport, doit rentrer dans la course, s’assurer d’être considérée comme un élément stratégique d’un potentiel réseau européen. La France et les Pays-Bas ayant une longueur d’avance sur les infrastructures, elle devrait se concentrer sur le développement de composants de l’Hyperloop. Reste à concrétiser tout ça, c’est apparemment bien l’intention de la ministre en charge.

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Journal télévisé 18/03/2019

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