Bruxelles: 800 Tibétains commémorent la révolte de 1959

Manifesation de Tibétains ce samedi à Bruxelles
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Manifesation de Tibétains ce samedi à Bruxelles - © RTBF

Plusieurs centaines de personnes ont manifesté ce samedi devant la Bourse à Bruxelles à l'occasion de l'anniversaire de la révolte anti-chinoise des Tibétains du 10 mars 1959 à Lhassa. Mais en Chine, cette année, la surveillance des monastères bouddhistes a été renforcée pour éviter tout incident.

Près de 800 Tibétains ont défilé, samedi après-midi, dans les rues de Bruxelles. Les manifestants venus de Belgique mais aussi de l'Europe entière ont dénoncé l'absence de dialogue avec les autorités chinoises et leur oppression sur le peuple tibétain. "Le Tibet est devenu une zone très surveillée et le pays est totalement coupé du monde extérieur", explique Inge Hermans, présidente de l'association "Les Amis du Tibet/Vrienden van Tibet".

"La liberté d'expression est inexistante, les Tibétains ne peuvent vivre leur foi et leur culture librement, ni même parler de leurs convictions philosophiques ou politiques", poursuit Inge Hermans. "Depuis la répression sanglante des manifestations massives en 2008, pas moins de 17 personnes se sont immolées par le feu en signe de protestation et de désespoir."

Le défilé de samedi qui s'est déroulé dans les rues de la capitale belge ressemblait d'ailleurs plus à un cortège funèbre qu'à une véritable manifestation politique. "Les Tibétains sont à bout, leur situation est intenable. Par ce cortège serein, nous espérons attirer l'attention de monsieur tout-le-monde mais aussi des responsables politiques pour leur faire prendre conscience du drame qui se déroule au Tibet."

Le Dalaï Lama a abandonné, le 10 mars 2011, le pouvoir politique au Tibet. Un parlement a, depuis lors, été installé. Le président de cette assemblée était d'ailleurs présent à la manifestation. "Mais cette décision du Dalaï Lama n'a pas modifié la position de la Chine qui refuse toujours tout dialogue", souligne encore Inge Hermans.

La police chinoise a renforcé sa surveillance au Tibet

"Non, nous n'avons pas d'activités prévues pour célébrer ce jour", a déclaré à l'AFP un moine du grand monastère de Kumbum, dont le nom chinois est Taersi, dans la province du Qinghai (nord-ouest). Kumbum appartient à l'école Gelugpa (les Bonnets Jaunes), celle du dalaï lama.

"Actuellement notre monastère est sous stricte surveillance, ce n'est pas le bon moment pour parler de ça", a ajouté ce moine qui refuse que son nom soit publié par crainte de représailles.

Dans la "région autonome" du Tibet et dans les zones tibétaines de l'ouest de la Chine, les autorités ont déclenché une campagne de répression policière à l'approche du 10 mars, connu comme par les Tibétains comme "le jour du soulèvement".

"La stabilité et l'harmonie doivent être préservées au Tibet, tandis que la gestion sociale doit être renforcée et améliorée", a déclaré vendredi à Pékin le président chinois Hu Jintao, qui s'était illustré en mars 1989 en tant que chef du Parti communiste au Tibet en faisant réprimer des émeutes dans le sang.

De nombreux Tibétains ne supportent plus la répression de leur religion et de leur culture et ce qu'ils considèrent comme une domination grandissante des Han, ethnie fortement majoritaire en Chine.

Immolés par le feu

Désespérés, au moins 26 Tibétains, en majorité des moines bouddhistes du Sichuan, se sont immolés par le feu ou ont tenté de le faire depuis un an.

Comme à son habitude, le gouvernement chinois a réagi en accusant "la clique du dalaï lama" de fomenter des troubles. Les autorités ont encore renforcé la surveillance des activités des monastères, en y envoyant ses représentants et en organisant des cours de "rééducation politique".

En dépit de ces mesures, des photos du chef spirituel des Tibétains, en exil depuis l'échec du soulèvement de 1959, sont exposées à la vue de tous dans certaines salles à Kumbum.

Les visiteurs sont également introduits dans d'autres salles plus secrètes où des moines se prosternent et prient devant des photos en grand nombre du dalaï lama, aujourd'hui âgé de 76 ans et lui-même originaire d'un village du Qinghai.

Forte présence policière

Les moines de Kumbum font état d'une forte présence policière autour du monastère depuis les émeutes de Lhassa en mars 2008, qui s'étaient propagées à d'autres régions tibétaines.

Mais tandis que la plupart des immolations ou tentatives d'immolations ont eu lieu dans la province voisine du Sichuan, une seule a été rapportée au Qinghai.

"Il n'y a pas eu d'immolations dans la région autonome du Tibet, où vit pourtant la moitié des Tibétains" qui sont près de six millions au total, relève Barry Sautman, spécialiste des questions tibétaines.

Aux alentours du monastère de Kumbum, les moines tibétains cohabitent apparemment pacifiquement avec les Han ou les autres minorités comme les Mongols.

Ils suivent aussi de près les prises de position politiques du dalaï lama, tout comme celles de Pékin, sur l'avenir du Tibet.

"Le gouvernement l'accuse de vouloir l'indépendance, mais le dalaï lama a toujours dit qu'il voulait plus d'autonomie pour le Tibet, un peu sur le modèle 'un pays, deux systèmes' que la Chine a octroyé à Hong Kong", a déclaré l'un deux.

RTBF avec AFP
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