Bruno Venanzi (Standard) : "Dans la lutte contre le racisme, je ne suis pas suivi"

Le football est confronté à plusieurs cas médiatisés de racisme dans les tribunes des stades européens ces dernières semaines : Romelu Lukaku victime de cris de singe en Italie, insultes aux Pays-Bas le week-end dernier, saluts nazis lors d’un match entre la Bulgarie et l’Angleterre dans le cadre des qualifications pour l’Euro 2020, chez nous début du mois de novembre entre Malines et Charleroi. Bruno Venanzi, le président du Standard et Marco Martiniello sociologue, directeur du Centre d’études de l’ethnicité et des migrations à l’ULiège, invités de CQFD, sont sur la même longueur d’onde : il y a une recrudescence du racisme dans le football pour le moment.

Pour le sociologue, cette recrudescence n’est que le reflet de ce qui se passe ailleurs dans la société : "Le foot est un miroir. Il y a une banalisation de la parole et dans actes racistes de la part de citoyens et de responsables politiques qui gagne certains stades. […] Mais nous sommes face à un phénomène ancien, le racisme n’a jamais disparu du football".

Des sanctions trop faibles

Pourtant il existe des mesures de prévention et de répression au niveau de l’UEFA, au niveau de l’Union belge de football, au niveau pénal aussi (amendes, suspension de match ou match à huis clos pour les clubs, interdiction de stade pour les supporters, même des peines de prison pour les actes ou les propos de discrimination…). Pour Bruno Venanzi, cet arsenal de mesures existe, mais elles ne sont pas réellement appliquées : "Aujourd’hui, c’est plus courant de sanctionner un jet de fumigène ou de gobelet qu’un acte raciste. A partir du moment où les sanctions seront appliquées, il y aura peut-être une réflexion un peu plus profonde. Sans sanction forte, il n’y aura pas dévolution positive". Le problème, pour le président du Standard c’est qu’aujourd’hui, tout le monde n’est pas convaincu que le racisme est un fléau : "Il n’y a pas encore assez de prise de conscience et nous en tant que club devons assumer un rôle d’éducation auprès des jeunes".

 

La loi du silence

Marco Martiniello a travaillé sur des pistes de mesures de lutte contre le racisme dans le sport. Pour lui, la première chose à faire, c’est de rompre le silence : "Je ne comprends pas que quand il y a un incident raciste dans un stade de 20 000 personnes, personne ne voit rien, ni l’arbitre, ni les joueurs, ni le délégué de match. C’est intolérable de ne pas affronter le problème". Et pour le sociologue, les dirigeants de clubs en Belgique ne prennent pas la mesure du problème : "le racisme touche toute la société et donc pourquoi pas les dirigeants du football […] Tout se passe comme si ce qui se passe dans le foot devait rester dans le foot, il faut une remise en cause du monde du football". Marco Martiniello épingle aussi l’absence de diversité au sein même des instances dirigeantes du football belge : "c’est un monde dominé par des hommes blancs d’un certain âge. La diversité de la société doit pénétrer les instances du foot".

Aujourd’hui, c’est plus courant de sanctionner un jet de fumigène ou de gobelet qu’un acte raciste

Bruno Venanzi partage cet avis sur l’inaction des autorités. Il a lui-même pris certaines mesures pour lutter contre le racisme dans son club. Qu’en pensent ses collègues d’autres clubs, en fait-il trop ? "Non, ils ne me le disent pas mais en même temps, je ne suis pas suivi, ce qui revient au même". Il plaide dès lors aussi pour plus de représentativité : "en politique on a une représentation de personnes de différents horizons. Au sein de l’Union belge de football, il n’y a pas cette représentativité du monde du football qu’on voit sur les terrains, c’est dommage".

Le problème ne touche pas que le monde professionnel. A titre d’exemple, trois quarts des dossiers pour racisme dans le football qui arrivent chez Unia chaque année concernent le foot amateur. Dans les petits championnats, chez les jeunes, dans les écoles de foot aussi le racisme est un fléau, mais celui-là passe complètement sous les radars.

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