Bruno Humbeeck, psychopédagogue : "Surtout pas d'école à la maison !"

CQFD, Ce Qui Fait Débat, en mode grand entretien : 25 minutes quotidiennes avec un spécialiste, pour vous aider à mieux comprendre la crise du coronavirus, mais aussi pour vous permettre de poser toutes vos questions (via l’adresse mail cqfdrtbf@rtbf.be). Notre invité, ce lundi : Bruno Humbeeck psychopédagogue à l’UMons.

Pour Bruno Humbeeck, il ne faut surtout pas faire l’école à la maison : "école et maison, ça ne va pas ensemble, c'est un oxymore. Un mot chasse l’autre". Pour lui, il faudrait considérer cette période de confinement comme une période de vacances, une parenthèse dans le cours normal de la vie. "Il ne faut pas essayer de faire la classe à la maison. Une classe c’est un groupe d’élève mais c’est aussi un endroit et ce n’est pas chez soi". Les deux espaces, la maison et la classe, sont distincts et doivent le rester.

Les parents ne sont pas des profs

Mais dès lors que beaucoup d'élèves continuent de recevoir du travail à distance, les parents doivent-ils aider et accompagner leurs enfants scolairement ? "C’est compliqué" pour Bruno Humbeeck. Le co-enseignement doit être réservé à des acteurs qui n’ont pas de lien affectif fort avec l’enfant : "C’est la grande difficulté de l’école à la maison. Même les enseignants qui enseignent à leurs propres enfants s’énervent en faisant les devoirs alors que ce sont d’excellents enseignants dans leur classe. Il y a une angoisse d’imaginer que son enfant puisse ne pas savoir". Dans ces circonstances, les grands-parents ont souvent un rapport différent parce qu’ils y mettent moins d’affect.

Oublier la performance

En cette période particulière l’école ne peut donc pas continuer comme si de rien n’était en comptant sur la disponibilité des parents. Elle doit pouvoir s’adapter et être à l’écoute des élèves. A cet égard, la comparaison avec la France est frappante pour Bruno Humbeeck : "En France, c’est l’ordre martial, on est en guerre et l’école est un bataillon. L’école doit continuer et continuer avec un souci de performance. Pourtant, il faut surtout délaisser pour le moment le souci de performance. Chez nous, la communication politique a été beaucoup plus subtile. On peut donner 10 sur 10 à la Belgique".

C’est vraiment important que les enseignants parlent du ressenti de cette période avec leurs élèves

On voit d’ailleurs que chez nous des initiatives qui ont été prises pour donner cours à distance l’ont été dans ce sens : "On voit par exemple des enseignants poser des questions de ressentis à leurs élèves. C’est vraiment important que les enseignants se donnent ce mandat de parler du ressenti. De donner des directives plus souples…"

Le CEB pour objectiver le retard éventuel

Dans ces conditions et à deux bons mois des examens, le Certificat d’Etude de Base (CEB, l’épreuve clôturant les primaires) doit-il être maintenu ? Oui, pour le psychopédagogue. Il faut le maintenir mais pour en faire un tout autre outil que ce à quoi il sert d’habitude. Le CEB ne devrait pas, cette année, être une évaluation certificative mais un diagnostic. Il devrait être une épreuve qui permet d’objectiver les progrès et les compétences encore à acquérir de chaque élève : "ça permettrait de voir où chacun en est à la fin de cette année particulière".

Le CEB permettrait ainsi de repérer les lacunes éventuelles chez chacun : "une fois ce diagnostic fait, on pourra mettre en place des remédiations ciblées avec les enfants les plus en difficulté. Et pas des remédiations qui dépendent seulement des enseignants. C’est toute la société qui doit faire preuve de résilience. Les enseignants seuls ne doivent pas rattraper tout le retard. Il y a des écoles de devoirs, des associations et plein de projets superbes à naître. Ces projets doivent être associés à la discussion". Les retards pourraient ainsi être comblés le temps des deux mois de vacances d’été.

Le CEB doit redevenir une épreuve d'évaluation et de diagnostic, pas une épreuve de sélection 

Dans ces circonstances, on aurait alors un CEB qui correspondrait à ce qu’il devrait toujours être pour Bruno Humbeeck : une épreuve d’évaluation et pas une épreuve de sélection. "Il faut utiliser cette épreuve comme un système d’orientation pour diriger le soutien accordé aux élèves".

CQFD, Ce Qui Fait Débat, en mode grand entretien : 25 minutes avec un spécialiste pour nous aider à mieux comprendre/vivre la crise du coronavirus. Chaque jour à 18h20 sur La Première et à 20h35 sur La Trois. L’entièreté de l’émission à revoir ci-dessous :

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