Bruno Dayez, l’avocat de Marc Dutroux : "Il est toujours debout et vivant"

Il dit avoir "9 millions" d’ennemis en Belgique. Celles et ceux qui ne comprennent pas son combat pour la libération conditionnelle de Marc Dutroux à l’horizon 2021. Ce jeudi, Bruno Dayez, l’avocat de Marc Dutroux, a plaidé devant le tribunal d’applications des peines (TAP) une demande de nouvelle expertise psychiatrique de l’homme condamné en 2004 à la prison à perpétuité. La réponse du TAP est attendue le 28 octobre prochain. A ce propos, Bruno Dayez est explicite : "On l’avait diagnostiqué psychopathe en 1996 et certains pensent qu’il l’est resté. On nie ainsi la capacité d’évolution d’un humain sur un quart de siècle. C’est une chose contre laquelle je m’érige. Mais je n’ai pas la compétence de réaliser un diagnostic psychiatrique. Je ne préjuge pas de la décision du TAP. Il n’est pas encore temps de parler de libération conditionnelle. A chaque jour suffit sa peine." Le pénaliste note que le parquet a avalisé sa démarche de demander un avis psychiatrique, tout en validant également le nom des trois professionnels appelés à donner cet avis.

Invité de "Jeudi en Prime", Bruno Dayez décrit son client comme un homme "toujours debout et vivant, ce qui tient du miracle. La population doit savoir qu’il est soumis à un régime d’exception qui est prévu pour durer 2 mois, renouvelable. Mais qui lui est infligé depuis plus de 20 ans. C’est un régime d’isolement strict, qui fait qu’il n’a absolument aucun contact avec ses congénères." Celui qui est présenté comme un monstre ne mérite pas ce qualificatif, car, explique Me Dayez "Personne ne peut être qualifié de monstre. Vous avez des gens qui ont connu des actes plus ou moins abominables, qui ont été plus ou moins sévèrement condamnés. Mais ce sont des personnes. Personne ne perd son humanité en prison."

Marc Dutroux constitue-t-il encore un danger ? "Non, selon mon avis personnel"

Cela fait 40 mois que Bruno Dayez défend Marc Dutroux. L’avocat estime que son client est "parfaitement sain d’esprit, alors qu’il a passé 23 ans dans des conditions de détentions abominables, qui métamorphoseraient n’importe qui." Ne peut-on pas, dès lors, penser que, justement, une sortie de Dutroux serait néfaste pour lui, qu’il n’a pas pu s’améliorer ? "Le fait de le rendre meilleur ne coïncide pas avec la question de savoir s’il est dangereux. De toute façon, les conditions qu’on fait subir à l’ensemble des détenus enfermés pour de longues peines ne les rendent forcément pas meilleurs. La différence entre lui et les autres détenus, c’est qu’eux vivent dans une situation de surpopulation et d’agglutinement, ce qui est insupportable, c’est une promiscuité intolérable. A l’inverse, Marc Dutroux est maintenu dans un isolement, lui aussi, insupportable. On ne saurait pas passer de 23 ans d’isolement à la libération dans la société, sans garde-fou, sans garantie, du jour au lendemain."

La libération, à terme, et la réinsertion de Marc Dutroux, c’est une question de principe, c’est "la vocation de l’Etat de faire en sorte que les détenus qu’ils privent de toute autonomie soient à un moment réinsérés. Dans son cas particulier, il est évident qu’il est inenvisageable de le replonger dans la société civile. Il faudrait, dans cette perspective, de créer une solution spécifique à ce cas exceptionnel, permettant la sécurité publique et de garantir l’absence de représailles."

"On tend le micro aux victimes, faute de le tendre aux politiques"

Quelle place pour les familles des victimes dans ce processus concernant Marc Dutroux ? Ce dernier exprime à son avocat des regrets "qu’il n’a pas beaucoup l’occasion d’exprimer" et "assume entièrement la responsabilité de ce qu’il a fait." Le pénaliste constate que la loi exclut les familles du débat sur la peine et sur la libération conditionnelle. Selon Bruno Dayez, "on tend le micro aux victimes faute de pouvoir le tendre aux politiques et on fait jouer aux victimes le rôle d’agents de répression. On leur demande systématiquement ce qu’ils pensent des jugements, alors que c’est la justice qui juge au nom de l’Etat. Les politiques sont mutiques […] sur la perpétuité réelle, sur la réforme de la libération conditionnelle, et sur le fait que les prisons sont des mouroirs. […] Les politiques veulent complaire à l’opinion."

Pour Bruno Dayez, le devoir des avocats, c’est de "défendre n’importe qui, [mais] on n’est pas censé le défendre n’importe comment." A travers Marc Dutroux, le pénaliste indique défendre tous les détenus : "Je mouille mon maillot, je suis sous protection policière, et c’est dur à assumer jour après jour." Même en cas d’échec dans le processus de libération de Marc Dutroux, Bruno Dayez l’assure : "Je poursuivrai jusqu’à mon dernier souffle."

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