Bruges ou Termonde ne seront pas en bord de mer en 2050

Capture d'écran de la carte du site Climatecentral.org, qui permet de visualiser les zones à risque selon les différents modèles.
Capture d'écran de la carte du site Climatecentral.org, qui permet de visualiser les zones à risque selon les différents modèles. - © Tous droits réservés

Mercredi, de nombreux médias dont notre site, vous expliquaient que 340 millions de personnes seront menacées par des inondations d’ici 2050. En effet, si les émissions de carbone restent élevées, trois fois plus de personnes seront touchées par des inondations, au moins une fois par an, à cause des changement climatiques. Pour arriver à ces résultats, des chercheurs ont notamment corrigé des données existantes concernant l’altitude des terres côtières.  L’étude est réalisée par Ben Strauss et Scott Kulp de l’organisation Climate Central et a été publiée dans Nature Communications. Elle a suscité beaucoup de réactions, d’inquiétudes mais aussi d’interprétations erronées.

Nous avons posé trois questions à Frank Pattyn, glaciologue à l’ULB, pour mieux comprendre cette étude.

Comment expliquer que trois fois plus que personnes seront impactées par des inondations ?

Frank Pattyn : "Pour réaliser cette étude, les auteurs ont corrigé la surface terrestre. Les bases de données donnant la topographie des terres émergées ont été modifiées. Jusqu’à présent, les satellites avaient confondu la hauteur d’arbres ou de bâtiments et celle du sol pour déterminer la hauteur de certains villages ou villes. En corrigeant cela, cela a rabaissé le niveau des terres émergées d’environ 2 mètres en moyenne. A cela, les auteurs ont ajouté la hausse des mers provoquée par des hautes marées très importantes. Par ailleurs, les auteurs se sont appuyés sur des études qui prennent un compte une élévation du niveau des mers plus importante mais aussi moins probable que celle avancée dans d'autres études, c’est-à-dire 2 mètres d’élévation que plutôt que 1 mètre."

En résumé, en prenant en compte ces données, on sous-estimait le nombre de personnes vivant dans des zones à risque.

Cela ne veut pas dire que la mer débutera à Termonde, Bruges ou Malines, comme peut le laisser croire la carte de l’étude ?

Frank Pattyn : "Cette étude ne détermine pas où se trouveront les côtes dans le futur mais bien jusqu’où rentrera l’eau en cas d’inondation lors des hautes marées. Ces hautes marées ont lieu une à deux fois par an et peuvent provoquer des rentrées d’eau de mer via les estuaires vers l’intérieurs des terres. Ces nouvelles cartes nous indiquent des zones, en rouge, qui peuvent être inondées 1 fois par an."

En résumé, les zones rouges le long de la côte belge n’indiquent pas des zones inondées en permanence mais bien des endroits à risque.

Cette étude a donc pour conséquence que plus de gens vivent sous le niveau des hautes marées, est-ce dangereux ?

Frank Pattyn : "Non ce n’est pas dangereux en soi mais le risque d’inondation est accru. Si la Belgique ne réagit pas, les inondations seront très importantes. Il faut donc adapter nos infrastructures, comme aux Pays-Bas où de nombreux aménagements ont été faits et sont planifiés. Cette étude indique que des pays en voie de développement en Asie seront particulièrement exposés. Le Bangladesh, le Vietnam et la Thaïlande pourraient voir un quart de la population vivre au-dessous des hautes marées en 2050. Ces pays n’auront sans doute pas les mêmes moyens de se protéger que nous."