Brexit: les indépendantistes écossais au défi d'un nouveau référendum

Empêchés de voter sur le Brexit, les indépendantistes écossais au défi d'exécuter leur menace d'organiser un nouveau référendum d'autodétermination
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Empêchés de voter sur le Brexit, les indépendantistes écossais au défi d'exécuter leur menace d'organiser un nouveau référendum d'autodétermination - © ANDY BUCHANAN

Le refus de la Cour suprême d'accorder à l'Ecosse un vote sur le déclenchement du Brexit met les indépendantistes au défi d'exécuter leur menace d'organiser un nouveau référendum d'autodétermination, qu'ils sont pourtant loin de pouvoir remporter sans difficultés.

La plus haute juridiction du pays a estimé mardi que le gouvernement ne pouvait activer l'article 50 du Traité de Lisbonne, qui lancera le processus de sortie de l'UE, sans un vote préalable du Parlement de Westminster, siège suprême du pouvoir législatif au Royaume-Uni.

Elle a en revanche jugé inutile une consultation des Parlements locaux du Pays de Galles, d'Irlande du Nord et d’Écosse.

Ecosse, Pays de Galles et Irlande du Nord ont cessé d'exister

L'annonce a été vécue comme un affront par les indépendantistes écossais, qui ont dénoncé une violation de leur souveraineté et la mainmise de la capitale sur les affaires des quatre nations constitutives du Royaume-Uni.

"Aujourd'hui, l'Ecosse, tout comme le Pays de Galles et l'Irlande du Nord, ont cessé d'exister", a résumé Simon Paterson, un membre du parti nationaliste écossais SNP, dans un sombre billet d'humeur publié sur son blog.

Le Royaume-Uni ? De l'histoire ancienne, a-t-il poursuivi: "Nous ne sommes désormais plus que les simples régions d'une 'Grande-Angleterre', où l'Angleterre obtient ce que l'Angleterre veut".

La solution? "sortir de là (du Royaume-Uni)!", a-t-il ajouté, alors que fleurissait sur les réseaux sociaux le hashtag #indyref2, mot clef de ralliement des tenants d'un second référendum d'indépendance en Écosse, après celui organisé en septembre 2014.

Les Ecossais se sont prononcés à 62% pour le maintien dans l'Union

La décision de la Cour suprême constitue de fait un sérieux revers pour la cheffe du SNP, Nicola Sturgeon, qui réclamait à cor et à cri un vote du Parlement d’Édimbourg sur l'article 50 en arguant que les Ecossais se sont prononcés à 62% pour le maintien dans l'UE.

"Jour après jour, il est de plus en plus clair que la voix de l'Ecosse n'est pas écoutée au Royaume-Uni", a regretté celle qui est aussi la Première ministre de la nation septentrionale du Royaume-Uni.

"Cela soulève des questions fondamentales qui vont au-delà de l'appartenance à l'UE. L'avenir de l'Ecosse doit-il être dicté par un gouvernement de plus en plus à droite (...) ou ne serait-il pas préférable que nous prenions en main notre avenir?", s'est-elle demandé.

"C'est un choix que l'Ecosse doit faire", a-t-elle insisté en agitant, pour la énième fois, la menace d'un deuxième référendum d'indépendance.

Test de crédibilité pour Sturgeon

Mais Nicola Sturgeon osera-t-elle brûler sa dernière cartouche dans le bras de fer qui l'oppose à la Première ministre conservatrice Theresa May, fermement opposée au référendum?

Osera-t-elle se lancer dans l'organisation complexe, coûteuse et terriblement incertaine d'une nouvelle consultation alors que nombre d' Écossais assurent toujours que le vote du Brexit n'a pas fait évoluer leur position sur l'indépendance de la région?

Nicola Sturgeon, écartelée entre ses promesses et la réalité du terrain

Le contexte est pour le moins délicat pour Nicola Sturgeon, écartelée entre ses promesses, les appels de sa base, et la réalité du terrain, souligne le Pr Murray Pittock, de l'université de Glasgow.

"Le gouvernement britannique est en train de l'acculer là où elle n'aura d'autre choix que d'appeler" à l'organisation d'un nouveau référendum mais elle sait dans le même temps "que les sondages ne montrent pas un soutien pour le oui (à l'indépendance)", a-t-il ajouté.

Et si l’égérie des indépendantistes a exclu une nouvelle consultation en 2017, "certains de ses collègues au Parlement insistent de plus en plus pour un second vote en 2018", rapportait mercredi le Herald Scotland.

L'"indyref2" est toujours une "option" parmi d'autres, a tempéré sur la BBC Mike Russell, le négociateur de Mme Sturgeon sur le Brexit. Tout en précisant immédiatement: "Mais c'est en train de devenir la dernière".

En attendant, le SNP tente malgré tout de peser sur le Brexit et a annoncé qu'il déposerait "50 amendements" au projet de loi sur l'article 50 qui sera soumis au Parlement de Westminster.

Tous les ingrédients sont donc réunis pour rendre explosive la prochaine rencontre entre Nicola Sturgeon et Theresa May, prévue lundi à Londres.

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