Brexit : les Belges pourront-ils encore étudier au Royaume-Uni à l'avenir ?

Ces ados pourront-ils étudier facilement en Grande-Bretagne, comme l'ont fait leurs aînés ? La question n'est pas encore tranchée.
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Ces ados pourront-ils étudier facilement en Grande-Bretagne, comme l'ont fait leurs aînés ? La question n'est pas encore tranchée. - © Am.C.

Il fait à la fois doux et humide ce jeudi 30 janvier au Greenwich Pier, point de départ des bateaux qui proposent aux touristes des croisières sur la Tamise. Pour la centaine d’élèves du Lycée Mater Dei, qui patientent à quelques mètres de là, c’est une longue journée qui commence. Une visite de Londres au pas de course, entre deux cours d’anglais dans une école de langue située dans le Kent.

La perspective de visiter la capitale britannique la veille du Brexit avait bien inquiété les professeurs qui craignaient de croiser l’une ou l’autre manifestation autour du Parlement. Mais finalement le Brexit, qui doit être acté le lendemain, n’est pas au centre des conversations.

"On nous a surtout mis en garde contre les pickpockets", lance une élève. "Et contre le coronavirus", ajoute un autre, sous les rires de ses camarades de classe.

Quand on vient ici, on ne se sent déjà pas en Europe

En fait, personne n’y pense vraiment à ce Brexit, et certainement pas ces élèves de cinquième secondaire. Un moment historique ? La fin d’une époque ? Le début d’une nouvelle Europe ? Pas vraiment… le but de la journée c’est avant tout de découvrir la ville, et de faire du shopping avant d’assister le soir à la comédie musicale "School of rock" au Gillian Lynne Theatre.

"Ce n’est pas encore très concret. Les Anglais sont tellement différents. Ils n’ont pas la même devise, pas la même langue. Ils ont tellement de différences que, quand on vient ici, on ne se sent déjà pas en Europe", observe Kerryan, élève à Mater Dei.

Il y en a bien quelques uns qui se prennent à rêver de faire des études ici. "J’aimerais trop aller à Londres pour étudier, j’aime bien cette ville, je la trouve chouette", lance Louise.

Ambre aussi se verrait bien dans une école de comédie musicale en Grande-Bretagne. "J’ai regardé un peu sur internet, mais ce n’est pas encore sûr. J’ai repéré une école à Londres." Un projet réaliste ? "Je pense que ça va être beaucoup plus compliqué avec le Brexit", hasarde l’adolescente.

Erasmus, oui, mais pour combien de temps ?

Le Brexit amène son lot d’incertitudes pour les années à venir. Si les citoyens européens et suisses déjà installés au Royaume-Uni ont pu s’inscrire au "EU settlement scheme" leur garantissant de rester dans le pays pour quelques années encore, quid à l’avenir ? "Les personnes se trouvant à l’étranger dans le cadre d’une activité de mobilité à des fins d’éducation et de formation financée au titre d’Erasmus + le jour où le Royaume-Uni quitte l’Union européenne pourront mener cette activité à terme", peut-on lire sur le site internet de la Commission européenne.

Au-delà de ces mesures d’urgences et de la date butoir du 31 décembre prochain, c’est le flou. Comme l’explique la Commission, "le règlement d’urgence Erasmus + vise à éviter les effets extrêmement perturbants qu’un scénario sans accord aurait sur les citoyens se trouvant à l’étranger le jour où le Royaume-Uni quitte l’UE. Il s’agit d’une solution urgente à un problème urgent. C’est pourquoi le règlement ne couvre pas les activités de mobilité qui commencent à la date du retrait du Royaume-Uni ou après celle-ci."

Scénario évoqué : les Britanniques pourraient décider de rester dans le programme Erasmus en tant que pays partenaire, comme c’est le cas de la Norvège ou de l’Islande. Sur le fond, l’Union semble d’accord. Mais, comme l’écrivait France Inter il y a quelques mois, "les conditions financières de ce partenariat ne sont pas encore réglées". Actuellement, le Royaume-Uni est la troisième destination préférée des étudiants belges candidats à un Erasmsus.

Des études qui coûtent cher

Rien n’empêche non plus les universités et autres écoles de signer des accords bilatéraux avec leurs homologues européens. Mais à quel prix ? Car, Brexit ou pas, étudier au Royaume-Uni coûter cher. De tous les pays européens, "les frais les plus élevés (10.028 euros) sont demandés aux étudiants du Royaume-Uni (Angleterre)", explique Eurydice, le réseau européen d’information sur les systèmes d’enseignement.

Plus que des considérations financières, c’est toute la richesse des échanges universitaires qui est menacée. Interrogée par Le Monde ce mercredi 29 janvier, une étudiante d’Oxford faisait ce constat amer : "Ce serait honteux que les étudiants européens brillants ne puissent plus venir à Oxford à cause du prix."

Etudes… et marché du travail

Pour Eric Dor, directeur des études de l’IESEG School of Management, une école de commerce privée française, "la continuité de la participation du Royaume Uni au programme d’échanges d’étudiants Erasmus est très incertaine après la période de transition."

"Les étudiants européens espèrent que le Royaume-Uni va rester partenaire du programme Erasmus après la période de transition. Au Royaume-Uni également les universités pressent le gouvernement de continuer à participer à Erasmus. La majorité a cependant voté contre un amendement qui aurait obligé le gouvernement britannique à négocier le maintien de la participation du pays au programme Erasmus. Le gouvernement veut garder cela comme un levier pour ses négociations globales avec lUnion Européenne", ajoute Eric Dor.

Durcissement de la politique migratoire ?

En résumé, analyse le directeur des études de l’IESEG, "Négocier la poursuite de la participation du Royaume-Uni à Erasmus va cependant être très difficile. LUnion Européenne établit en effet un lien entre la participation à Erasmus et la libre circulation des travailleurs. […] s que le Royaume-Uni veut limiter laccès des citoyens de lUnion Européenne à son marché du travail, le partage des ressources denseignement est moins évident."

Dans ce domaine comme dans bien d’autres, la situation devrait, en théorie, se préciser d’ici au 31 décembre prochain, date qui marquera la fin de la période de transition. Sachant que, c’était une des promesses des partisans du Brexit, le Royaume-Uni compte durcir sa politique migratoire. Et les Européens pourraient clairement en subir les conséquences. Partir vivre, travailler ou étudier outre-Manche pourrait s’avérer beaucoup plus difficile.

Reportage du journal télévisé du 29 janvier 2020: le coût des études à Oxford