Brésil: derrière la plage de Copacabana, les pavés d'un pays en mutation

Membre du club des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), et actuellement 7ème puissance économique du monde, le Brésil semble promis à un avenir économique en mode majeur, même si la croissance semble s'essouffler quelque peu ces derniers temps.

"Beaucoup d'entreprises Belges sont présentes au Brésil. Certaines sont là depuis très longtemps, d'autres sont arrivées plus récemment", explique Bernard Quintin, le consul de Belgique. Et de citer Solvay, Bekaert, Barco, sans oublier les grandes entreprises de dragage et bien sûr ABInbev... Des entreprises dont les investissements au Brésil placent la Belgique au top des partenaires commerciaux. Et le consul de noter la "croissance constante tant de nos importations que de nos exportations avec le Brésil". Et le savoir-faire belge sera aussi présent dans les infrastructures de la coupe du monde.

"Pas simple" pour autant de s'établir au Brésil, glisse le diplomate, mais une fois que le pas est franchi, les affaires peuvent être bonnes.

Bien mieux qu'il y a dix ou vingt ans

Le président de la Fédération des industries de l'Etat de Rio, Eduardo Eugenio Gouvêa Vieira, pense quant à lui que la société brésilienne va bien mieux qu'il y a vingt ans, voire même qu'il y a dix ans. Dans l'Etat de Rio, "nous avons peut-être 5 ou 6% de chômage, ce qui est peu au Brésil", explique-t-il. Il ne cache pas cependant qu'il faut du temps pour mettre en place des services publics universels comme l'éducation, qui est désormais un acquis. "C'est un processus", souligne-t-il. Il admet que la bureaucratie trop lourde, l'administration, ne facilite pas la vie des personnes et de sociétés. Et c'est quelque-chose à changer selon lui si le Brésil veut demeurer du côté des gagnants.

"Il faut être compétitif vis-à-vis du monde, il faut investir beaucoup plus dans l'éducation et les technologies. Nous devons ouvrir notre frontière beaucoup plus", affirme encore l'homme d'affaires lorsqu'on lui demande comment il voit l'avenir de son pays. "Ce n'est pas facile", et les pouvoirs publics doivent contribuer à créer cet état d'esprit, selon lui.

Le journaliste suisse Jean-Jacques Fontaine, installé à Rio, livre lui son opinion sur le pouvoir et la gestion du pays par Dilma Roussef : "Jusqu'à présent, il n'y pas vraiment eu de rapport entre les résultats aux élections présidentielles et la coupe du monde", note-t-il. Pour Dilma Roussef, confrontée aux troubles sociaux, "les carottes ne sont pas cuites", dit-il, même s'il concède que la question fondamentale est bien celle de la gouvernance: "il y a une situation il y a un modèle de développement du Brésil qui ne fonctionne plus -qui a fonctionné très très bien pendant cinq à six ans au début des années 2000", explique-t-il. Mais la crise mondiale a changé la donne et il s'agit de chercher un nouveau modèle.

Des résurgences de l'époque esclavagiste

Une autre plaie du Brésil -et c'est un paradoxe pour un pays très largement ouvert à l'immigration- est la question du racisme. L'ancienne ministre et professeure d'université noire Venda Ferreira explique par exemple qu'elle s'est toujours sentie discriminée. "Il y a la question cruciale de l'école", note Stéphanie Malherbe, militante dans les quartiers noirs de Rio, "puisque l'école publique est de très mauvaise qualité". Mais il y aussi "l'auto-préjugé" qui enferme les gens dans la discrimination. Mais "tout n'est pas la faute du gouvernement" précise-t-elle cependant, rappelant le passé esclavagiste du Brésil.

Alors le Brésil, modèle ou cauchemar ? "Ni l'un ni l'autre, c'est beaucoup plus subtil que cela (...) C'est un pays qui a d'immenses capacités", souligne Jean-Jacques Fontaine qui voit bien le Brésil redevenir le "leader" des BRICS qu'il a été au tournant du siècle. Le Brésil n'a "peut-être pas su négocier le virage du retournement complet de la situation mondiale qu'a été la crise de 2008-2010", expose-t-il, mais les potentialités sont bien là.

Un portrait donc en clair-obscur de cet immense pays qui sera sous les feux des projecteurs dès cette année et jusqu'aux jeux olympiques de 2016. Entretemps, il y aura des élections présidentielles en octobre 2014. Et le pari pour Dilma Roussef de prendre la balle au bond du Mundial pour poursuivre dans la voie tracée par son prédécesseur, l'emblématique Lula.

T.N.

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