En Iran, pour avoir un chien, il faut braver la loi et la police des moeurs

Une jeune Iranienne avec son chien dans la première clinique vétérinaire d'Iran, en juin 2011
Une jeune Iranienne avec son chien dans la première clinique vétérinaire d'Iran, en juin 2011 - © AFP PHOTO/BEHROUZ MEHRI

En avril dernier, le parlement iranien a voté une loi rendant la possession de chien criminelle car il s’agirait d’un signe des "valeurs vulgaires de l’Occident". Mais les Iraniens se moquent des risques encourus et tentent par tous les moyens de se procurer un compagnon à quatre pattes.

Que les autorités iraniennes déclarent une guerre culturelle aux valeurs de l’Occident, ce n’est pas nouveau. Mais que la police des mœurs fasse la chasse aux chiens dans les rues de Téhéran, c’est beaucoup plus interpellant.

En 2010 déjà, l’ayatollah Nasser Makarem Shirazi avait émis une fatwa contre la possession de chiens car ces animaux sont considérés comme étant "impurs". Mais depuis la loi qui punit la vente et la possession de chiens, un marché digne des pires trafiquants de drogues a vu le jour au pays des Mollahs.

Dans ces conditions, acheter un chien devient un vrai parcours du combattant, Les Iraniens peuvent débourser l’équivalent de 7000 euros pour acquérir un chiot. Les vendeurs œuvrent si secrètement qu’ils vont jusqu’à bander les yeux de leurs clients potentiels pour ne pas révéler l’emplacement des chenils. Comme en témoigne au Wall Street Journal Ali Shekouri, un businessman de 32 ans, qui a finalement pu avoir un chien après trois tentatives, toutes aussi risquées les unes que les autres : "C’était de la folie ! Au bout d’un moment, je ne savais plus si j’étais en train d’acheter un bébé chien ou si j’achetais de la drogue à un cartel international". Les transactions s’effectuent de plus en plus via Internet, où les vendeurs bénéficient d’une discrétion totale.

Un comportement de criminel

Mais une fois l’animal obtenu, les affres de leurs propriétaires ne s’arrêtent pas là. Ils doivent se montrer extrêmement prudents pour échapper à la surveillance accrue de la police des mœurs. Les propriétaires se cachent littéralement pour sortir leurs chiens, le plus souvent à des heures tardives, ou parcourent des kilomètres en voiture pour aller les promener dans des endroits isolés.

Les contrevenants risquent en effet une amende de 350 euros si l’animal est vu en public. A l’entrée des parcs publics, des panneaux signalent que tout animal de compagnie est totalement interdit.

L’engouement pour les chiens inquiète dans les hautes sphères iraniennes. Selon le Time, des battues sont régulièrement organisées dans les grandes villes du pays.

Une mode occidentale vulgaire

Aujourd’hui en effet, la télévision et l’influence occidentale ont fortement encouragé cette mode des chiens en Iran. Ce que justement les autorités iraniennes décrient, au nom d’une imitation aveugle de la vulgarité occidentale. Seuls les chiens de garde ou de policiers sont autorisés dans le pays. Pourtant, ce n’est pas ce qui empêche les Iraniens d’en raffoler, comme en témoigne Amin, 25 ans, toujours au Wall Street Journal: "La dernière mode ici c’est d’offrir un chiot comme cadeau d’anniversaire".

Les Iraniens semblent de ne pas vouloir obéir, du moins en ce qui concerne leurs meilleurs amis. Une révolution est-elle en marche ?

Julie Duclos avec slate.fr

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