Brahim présenté par erreur comme un des terroristes en Une de deux journaux

Brahim, repris par erreur en une de la DH.
Brahim, repris par erreur en une de la DH. - © K. F.

Les yeux rougis par une nuit blanche et les larmes, Brahim Ouanda nous reçoit complètement effondré. Son visage est apparu en Une des éditions de ce mardi de la DH et du Laatste Nieuws. Il y est présenté comme Brahim Abdeslam, l'un des kamikazes de Paris, celui qui habitait Molenbeek. Une présentation totalement erronée. "Je suis sous le choc, je n'arrive pas à dormir", nous raconte Brahim Ouanda, 28 ans, depuis son appartement de Berchem-Sainte-Agathe.

C'est la nuit dernière que Brahim a été réveillé par son grand frère. "Un cousin qui travaille à l'aéroport et qui est en charge notamment de la livraison des journaux a vu les Unes. Il nous a directement appelé. Quand mon grand-frère m'a annoncé le truc, je me suis effondré, j'ai fait une chute de tension, j'étais en sueurs. Ma mère a tout de suite senti qu'il se passait quelque chose. Et elle aussi s'est tout de suite retrouvée en état de choc, elle s'est mise à vomir. On est une famille tranquille, on n'a rien à voir avec tout ce qui s'est passé en France mais aussi à Molenbeek."

"Je me suis tout de suite reconnu"

Brahim, son frère et un cousin se rendent immédiatement à l'aéroport pour constater de visu la méprise. "Je me suis tout de suite reconnu avec mon survêtement et mon numéro sur la poitrine." Ils emportent des journaux, direction le commissariat central de Molenbeek pour introduire une plainte. "Là, on nous a braqué, vu le contexte de tensions. Il faisait nuit aussi. Mais après, on a pu rentrer", raconte Brahim. "Après nous avoir fouillés, la police nous a alors expliqué qu'elle ne pouvait pas prendre une plainte en ce sens, ce n'est pas dans ses compétences."

Du coup, Brahim et ses proches décident d'utiliser les réseaux sociaux, pour rétablir rapidement le vérité, tant que faire se peut. "Nous avons aussi pris contact avec un avocat qui va s'occuper du dossier."

Mais comment la photo de Brahim a-t-elle pu atterrir en Une de deux quotidiens importants ? "C'est une photo prise quand je devais avoir 14 ans, quand j'étais au club de Molenbeek City", explique Brahim, "c'était lors d'un match de foot au Sippelberg, qui avait été remis. Du coup, avec les autres joueurs, on s'était pris en photo, dans une ambiance détendue. Jamais je n'aurais imaginé que cette photo allait revenir comme ça sur le tapis de cette manière."

Brahim est aussi de nationalité française

Brahim est de nationalité française, comme la famille Abdeslam. Plus jeune, il a aussi habité Molenbeek. "Mais on se permet de mélanger deux familles comme ça ? Vous savez, j'ai été choqué après les attentats et par le fait que ça venait de Molenbeek, de la commune de mon enfance. Mais là, je suis encore plus sous le choc, après l'association qu'on a faite entre les attaques et moi."

Brahim est formel : "Je ne lâcherai rien, je ne sais même pas si je vais un jour pardonner. On va me cataloguer quand je vais chercher un boulot, dans la rue. Je ne veux même pas sortir d'ailleurs. Cela prendra du temps."

Brahim a déjà pris contact avec un psychologue pour l'aider à sortir de ce cauchemar. Un premier rendez-vous est fixé pour ce mardi soir. "Imaginez que la police pense que je suis un terroriste, qu'on m'arrête, qu'on me tire dessus ? Je n'arrive pas à ne pas penser à cela", ajoute l'homme, complètement perdu.

Faire retirer les journaux

"Une requête unilatérale a été déposée afin de tenter de retirer de la vente toutes les exemplaires des journaux concernés", nous indique Maître Joke Callewaert, avocate de la famille. "J'ai également demandé à ce qu'un démenti soit publié dès mercredi. Enfin, nous avons introduit une procédure en responsabilité car il y a une lourde faute dans le chef des deux médias. Un préjudice a été créé. Un dédommagement sera réclamé."

Un préjudice que tente déjà de réparer la DH. Le journal a retiré de son site internet la photo de Brahim, bien que le PDF du journal affiche toujours son visage. Des contacts ont également été pris par la rédaction avec la victime de cette bévue. 

"Mais le préjudice est plus large", ajoute le frère de Brahim. "Imaginez la famille de ce terroriste, qui pourrait croire que leur fils est encore en vie. Imaginez aussi ma famille, en France, qui va penser que mon petit frère est lié à toute cela. C'est horrible !"

Après l'arrestation par erreur d'une famille habitant à la même adresse que les Abdeslam, voici un nouveau dommage collatéral suite aux attaques meurtrières de vendredi dernier à Paris.

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