Bracelet électronique et réinsertion: comment ça marche?

vivre avec un bracelet électronique
vivre avec un bracelet électronique - © RTBF

Jacques est sorti de prison en janvier dernier avec un bracelet électronique. Un boitier placé dans sa chambre le relie à la centrale de surveillance électronique qui contrôle ses allées et venues. L'assistante de justice qui le suit définit ses horaires de sortie en fonction des démarches qu'il doit assurer pour se réinsérer.

Le jour de notre visite, Jacques pouvait sortir de 13 à 17 heures. Dans le cas de Jacques, impossible de circuler dans toute la maison, son périmètre de surveillance lui interdit par exemple l'accès à l'étage; pas question de se rendre dans la chambre d'un autre résident. 

Malgré ces restrictions, Jacques est content d'avoir trouvé cette maison d'accueil pour adultes en difficultés. 

Avant de dénicher cet hébergement, vingt maisons avaient refusé sa candidature. Ici, on accepte les justiciables avec bracelet électronique à une seule condition: ils doivent être occupés pendant la journée. 

Le coordinateur, Bruno Reman s'explique: "Une personne avec bracelet électronique en maison d'accueil qui en journée n'a pas la possibilité de sortir pour aller à une formation, un stage, un bénévolat..., c'est un lion en cage.  Et c'est reproduire dans une maison d'accueil des pratiques, des dynamiques que les personnes ont connues en prison". 

Bruno Reman ajoute que c'est très compliqué pour l'équipe éducative de prendre une sanction, comme mettre fin à l'hébergement, quand il s'agit d'une personne avec bracelet électronique: "Pour beaucoup, cela signifierait le retour en prison. C'est une violence pour l'hébergé mais aussi pour l'éducateur qui sait qu'en prenant cette sanction, il renvoie la personne en prison".

Vivre avec 580 euros

Trouver une occupation, voilà le deuxième défi pour l'ex-détenu avec bracelet car les employeurs potentiels sont assez frileux à l'idée d'engager ce type de travailleur. 

Jacques a suivi d'abord une formation pour lui apprendre à chercher du travail. Pour le moment, et cela n'a pas été simple, il a trouvé un bénévolat, trois jours par semaine dans un ASBL qui s'occupe de protection animale.  Jacques est chargé de nettoyer les cages, nourrir les animaux et les promener. C'est tout ce qu'il aime et son espoir serait de trouver un job rémunéré dans ce domaine car le bénévolat, c'est bien, mais ça ne permet pas de vivre.  Pour le moment, Jacques bénéficie d'une allocation-détenu de 580 euros par mois; une fois qu'il a payé son hébergement, sa nourriture, il lui reste 20 euros pour sa semaine. 

La galère pour se réinsérer

Annie Devos, administratrice des Maisons de Justice, reconnaît la difficulté de cette situation: "La surveillance électronique était octroyée pour des personnes qui sont considérées comme détenu; elles sont enregistrées au registre des prisons et le fait d'être sous écrou, elles n'ont pas le droit de recevoir le revenu d'intégration sociale du CPAS. Et sans doute que la solution structurelle la plus intéressante serait de considérer que les détenus en surveillance électronique exécutent leur peine à l'extérieur, dans la communauté comme un libéré sous conditions et qu'ils puissent à ce titre-là ouvrir un droit au niveau du revenu minimum d'insertion". 

En attendant, avec ses 580 euros, Jacques ne peut pas mettre un euros de côté et pourtant dans quelques mois, il devra quitter la maison d'accueil et se trouver un logement plus classique.  Malgré toutes les difficultés, Jacques reste positif. Au-delà de ces contraintes, il est en liberté et ça, c'est mieux que la prison.

Dominique Burge

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