Bodycam, c'est toujours le policier qui décidera d'appuyer sur REC

La zone de police de Bruxelles-Ixelles va procéder durant trois mois à un test de bodycams. Une trentaine d’agents vont porter sur eux une caméra miniature qu’ils pourront activer lors d’une intervention pour filmer la scène. L’objectif est de pouvoir éclaircir les événements en cas de débordement, en cas de plainte ou d’enquête. Ces caméras sont-elles une réelle aide en intervention pour prouver des violences ou un mouchard pour "flicer" le travail de la Police ? 

Une aide pour le policier…

Du côté du syndicat socialiste, on voit ces bodycams d’un bon œil. Eddy Quaino permanent CGSP-Police ne les voit pas comme un contrôle du travail mais plutôt comme une aide au quotidien pour les policiers. "Il ne faut pas réduire le débat à la question de savoir si ça protège le citoyen ou le policier. La caméra va surtout être un moyen complémentaire d’enquête dans la recherche de preuves, en cas de délit de fuite, c’est un moyen de constatation. Une fois l’intervention terminée, ça permettra aussi de rédiger des procès-verbaux avec une précision qu’on n’avait pas avant quand il fallait faire appel à sa mémoire. Aujourd’hui, la bodycam est un moyen complémentaire d’aide au policier en intervention".

A tel point que selon le permanent CGSP, beaucoup de policiers sur le terrain sont demandeurs : "Les collègues qui sont souvent confrontés à des interventions violentes sont eux-mêmes souvent accusés de violence. Et en fait, ces services sont vraiment demandeurs d’avoir cet outil, parce qu’en plus d’avoir des moyens d’enquête complémentaire, ça leur apporte une certaine sécurité et ça permet dans certaines situations, une désescalade d’une situation conflictuelle. Le fait de savoir qu’on est filmé peut calmer le jeu".

…et pour les victimes de violences policières

En même temps, ces caméras pourraient aussi servir à prouver des soupçons de violences policières. Malgré ça, la Ligue des droits humains, on n’est pas favorable a priori aux bodycam. Même si elle lui reconnaît certaines vertus et on attend de voir les résultats de la phase de test. Pour Olivia Venet, la présidente de la Ligue, ce dispositif pose beaucoup de questions : "A quel moment est-ce que le policier décide de commencer à filmer ? Qu’est-ce qu’il va filmer ? S’il y a vraiment un dérapage qui n’a pas été filmé ? On est favorable à l’idée d’avoir des tests, parce que c’est vrai que dans le cas d’une plainte ou un procès on peut avoir des preuves plus claires. Ça peut aussi conscientiser les policiers à garder leur calme dans une confrontation mais tout cela doit être évalué". C’est aussi un objectif du dispositif, dès lors que les protagonistes savent qu’ils sont filmés (les policiers et les personnes en face), cela peut contribuer à plus de contrôle de soi des deux côtés.

Malgré cela, pour Olivia Venet, les caméras en intervention restent un outil technique et pas une solution universelle : "Les bodycam ne vont pas résoudre le problème des violences policières, elles vont plutôt permettre aux policiers de justifier leurs interventions. Pourtant, le problème de la preuve dans les dossiers de violence policière est réel. C’est très compliqué d’apporter des preuves. Dès lors, c’est très important qu’une bodycam ne puisse d’aucune manière porter atteinte à un droit fondamental qui est celui de pouvoir filmer la police dans ses interventions, que des citoyens qui assistent à une opération puissent filmer, documenter pour que ça serve de preuve".

Qu’un citoyen puisse dégainer son téléphone pour filmer une intervention qui dégénère devrait donc être la contrepartie aux caméras de la police, "Ça, c’est beaucoup plus délicat pour Eddy Quaino, parce que le policier à aussi son droit à l’image".

Le policier décide s’il enregistre

En toutes circonstances, en l’état actuel de la loi, c’est le policier qui prend l’initiative de commencer l’enregistrement au moment qu’il juge opportun. Pour Eddy Quaino, c’est nécessaire : "C’est un des points sur lesquels on est extrêmement attentif. L’idée ça ne doit pas être que quand un policier commence son service, la caméra enregistre l’ensemble de sa journée de travail. Le policier doit rester maître de son intervention".

Que se passe-t-il si un policier fait un usage illégitime de sa force, qu’une personne en face réagit violemment et que l’enregistrement est enclenché à ce moment-là ? C’est une crainte d’Olivia Venet qui insiste sur la nécessité de préciser les modalités qui entourent le dispositif : "C’est pour ça que la question de l’activation et de l’arrêt de l’enregistrement est importante, parce que le policier peut activer mais aussi l’arrêter. C’est aussi une question qui se pose, à partir où l’enregistrement est lancé, le policier peut-il l’arrêté ? A quel moment ? A quelle condition ?".

Pour Eddy Quaino, ça va devenir un réflexe : "Je le vois chez mes collègues qui utilisent déjà ces caméras. Volontairement ils activent la caméra quand ils arrivent sur les lieux d’une intervention parce que c’est un moyen complémentaire pour eux".

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