Blocage anticyclonique, vortex polaire: un climatologue explique comment la météo évolue

La durée d'ensoleillement a été anormalement réduite pendant les premiers jours de cette année 2019 : un peu plus de deux heures de lumière seulement pour les 10 premiers jours de janvier, la moyenne étant d'un peu plus de 15 heures. Et la neige est annoncée.

Interrogé sur La Première, Xavier Fettweis, chercheur qualifié FNRS et climatologue à l'ULiège explique qu'en Belgique il y a une "diminution significative" des épisodes neigeux : "Aussi bien les observations que les modélisations, qu'on fait notamment à l'ULiège, montrent ce genre de tendance". Et cela est lié au réchauffement climatique, selon lui : "C'est en partie associé à la hausse de la température. Le seuil de zéro degré est atteint moins souvent, donc on a moins souvent de neige".

Le climatologue explique l'origine des chutes de neige records dans l'Europe de l'Est et l'Europe centrale: "On a un gros anticyclone sur les Açores, qui tourne dans le sens des aiguilles d'une montre, et ici, au mois de janvier, cet anticyclone est remonté vers le nord et est allé se centrer plutôt à l'ouest de l'Angleterre. Du coup, toutes les masses d'air humides et toutes les dépressions reviennent sur l'Europe, non via l'ouest, mais vers le nord. Ces masses d'air viennent donc du nord, viennent de la Scandinavie, sont descendues et sont allées se taper contre les Alpes, et elles ont déversé toute leur humidité sur les Alpes. Cela explique ces chutes de neige records".

Augmentation des circulations anticycloniques

Le blocage anticyclonique, "c'est quand l'anticyclone des Açores, à la place de rester sur les Açores, est remonté vers le nord. On est donc protégé, en tout cas pour ce qui est de la Belgique, des dépressions. Normalement, en cette saison, on a aussi des tempêtes, du vent, de la pluie, le temps change beaucoup, et ici, on est placé dans l'anticyclone. Tout le mauvais temps est alors allé plus à l'est, vers l'Europe de l'Est".

Ces blocages anticycloniques, "c'est quelque chose qu'on observe depuis quelques années aussi bien en hiver qu'en été. Par exemple, cet été-ci, on a eu très chaud en Europe. C'est de nouveau à cause de ça, c'est l'anticyclone qui est allé se placer sur l'Europe. La grosse inconnue en termes de climatologie, c'est : est-ce que le changement climatique induit ou pas des changements de circulation ? On observe depuis quelques années une augmentation des circulations anticycloniques, notamment au Groenland, où c'est ce qui explique la fonte record qu'on observe depuis quelques années. C'est donc quelque chose qu'on observe un peu partout dans l'hémisphère nord, mais aucun modèle ne prévoit ça pour le futur. Donc, on ne sait pas si ce qu'on observe actuellement est juste dû à une variabilité climatique, et dans quelques années on va revenir à des situations normales, ou si c'est dû au réchauffement climatique lui-même" poursuit le climatologue.

"En Belgique, on a normalement un climat tempéré, et en fait, si réellement ce genre de phénomène s'intensifie, on va arriver à un climat un peu plus continental, c'est-à-dire plus chaud et plus sec en été et plus froid en hiver" explique-t-il.

Qu'est-ce qu'un vortex polaire?

"On a un vortex polaire au pôle Nord et au pôle Sud en permanence, surtout en hiver. Le vortex polaire, c'est quoi ? C'est une immense bulle d'air froid qui est normalement localisée au pôle Nord et qui concerne toute une couche, toute l'atmosphère jusqu'à la stratosphère. Normalement, ce vortex polaire, quand la dynamique atmosphérique est forte, il est fort aussi, et cette grosse bulle d'air froid va isoler le pôle Nord des autres régions, et donc le froid va se cantonner au pôle Nord. Ce qu'on a observé ici début janvier, c'est que le vortex polaire s'est en fait détruit au niveau de la stratosphère. Souvent, quand on a ce genre de phénomène, ça suggère que le vortex polaire s'affaiblit. Parfois, le vortex polaire peut soit s'affaiblir, et donc il est juste beaucoup plus faible, soit il peut carrément se diviser en plusieurs bulles d'air froid qui, à ce moment-là, peuvent descendre dans nos régions".

Xavier Fettweis le confirme, "en Belgique, le temps va devenir plus froid. Ce n'est pas une conséquence directe du vortex polaire, on ne va pas vraiment avoir une descente d'air froid. C'est-à-dire qu'on a l'anticyclone des Açores qui est remonté, on a donc le blocage, et en plus on va avoir la semaine prochaine un anticyclone qui va se passer au niveau de la Scandinavie. Donc, les deux anticyclones vont se lier entre eux, on va avoir un vent d'est et un temps froid plutôt typique de l'Europe centrale, mais on ne va pas encore avoir de descentes d'air polaire. Par contre, certains modèles prévoient à partir de la fin de la semaine prochaine une bulle d'air froid qui pourrait vraiment descendre dans nos régions. Mais c'est encore très incertain. Il faut se rappeler que les prévisions météo sont fiables à trois ou quatre jours au maximum".

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