Blanc-moussis, Gilles de Binche: les carnavals sont-ils sexistes?

Notre Folklore est-il sexiste ? À l'aube de la période des carnavals, qu'en est-il de ce genre de festivités traditionnelles ? Certains rôles restent exclusivement masculins. Coup de sonde.

Un long nez rouge, une cape blanche : le blanc-moussi c'est la star du carnaval de Stavelot. Mais derrière ce costume qui revient chaque année, le genre de personnes qui l'endossent est aussi identique : ce sont toujours des hommes. "C'est une coutume, c'est comme ça il ne faut pas que ça change", répond une dame dans les rues de cette ville de la région liégeoise.

Stavelot, Binche, Malmedy: où est la place des femmes ?

À Stavelot, le rôle du blanc-moussi est donc exclusivement masculin. L'explication est toute simple pour Pierre Blaise, chancelier de la confrérie des Blanc-moussis : "Le personnage du blanc-moussi représente le moine qui à la fin du Moyen âge se mélangeait à la population stavelotaine pour fêter la tradition du carnaval." Selon lui, aucune femme ne doit être choquée ou se sentir exclue de cette "règle" qui perdure. "Je pense que l'ensemble des femmes comprennent cette tradition qui est liée au sexe masculin", ajoute-t-il.

À Binche où les Gilles font briller les couleurs de la ville durant la période du carnaval, la femme occupe une place "importante" mais pas dans le cortège. "Le matin, sa place est primordiale lors de l'habillage du Gille, c'est elle qui met le grelot, c'est elle qui met la barrette et le mouchoir de cou, c'est elle aussi qui tient le masque du Gille lorsqu'il ne le porte pas", raconte Daniel Pourbaix, vice-Président de l'association de défense du folklore binchois. "C'est elle qui va entretenir son Gille durant toute la journée", insiste-t-il.

Mais les rôles genrés ne sont pas une norme uniforme partout où des festivités carnavalesques sont organisées. À Malmédy, par exemple, le Cwarmé laisse de nombreuses femmes prendre les traits de personnages emblématiques de sa parade comme le long-nez ou la Haguette, par exemple. "Je pense que plus de la moitié des costumes de carnaval à Malmedy sont portés par la gente féminine", affirme Fabian Marichal, président de la royale Malmédienne.

Refus catégoriques

Et si les femmes voulaient prendre plus de place ? C'est par exemple le cas d'Alexandra,une habitante de Fosses la ville qui désire devenir tambour major pour la marche de la Saint Feuillen. Sa candidature a été refusée. "Nous sommes en 2019, je le précise, mais j'entends des remarques disant qu'une femme doit rester dans sa cuisine faire sa soupe ou alors on me dit de rester dans mon jardin pour faire le tambour major toute seule pour ne déranger personne", témoigne-t-elle.


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Il existe dont bel et bien des costumes "interdits" aux femmes. Et si elles décidaient de se glisser derrière des costumes interdits ? Cela retournerait d'un scénario de pure fiction pour l'organisateur du Cwarmé. "Sincèrement, on n'a jamais entendu une femme monter aux barricades pour dire 'je revendique', et donc aujourd'hui on ne s'est pas encore posé la question", ajoute-t-il.

Sexisme ou simple défense des traditions ? La question reste entière. Et visiblement le débat n'est pas encore prêt à s'inviter dans les cortèges.

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