Black-out et délestage: une manipulation?

Black-out et délestage: une manipulation?
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Nous sommes mi-février et la fin de l’hiver approche. Aucune alerte délestage et encore moins de black out ne sont à déplorer jusqu’à présent. Et pourtant, hommes politiques et média criaient encore il y a quelques mois à l’unisson que le risque de pénurie d’électricité était réel. Alors nous sommes-nous faits manipuler?

C'était le crédo des politiciens cet automne: la pénurie d'électricité. Un crédo largement relayé par les média. Mais aujourd’hui, l’indicateur électricité reste invariablement au vert.

Manipulation?

Certains crient à la manipulation. En réalité, si nous n’avons heureusement subi aucun délestage c’est à notre hiver particulièrement doux que nous le devons.

Nos ménages belges ont consommé moins d’électricité que d’habitude. Entre l'hiver 2015 et 2011, il y a 1000 MW de consommation en moins. Et puis dès fin décembre, nous pouvions à nouveau compter sur le réacteur nucléaire Doel 4.

La réparation rapide de sa turbine et la remise en route de son réacteur ont fait regagner à la Belgique 1000 MW de capacité électrique. Voilà tout simplement comment nous avons pu éviter un délestage ou un black-out au cours de cet hiver.

Cependant, Jean-Marc Nollet, député fédéral écolo nous alerte déjà sur les risques de l’hiver prochain. Electrabel compte fermer plusieurs de ses centrales thermiques (au gaz et au charbon). D’ici la fin de l’année, ce seront 1400 MW de capacité électrique en moins sur le marché belge.

Le député voit dans ces fermetures un chantage d’Electrabel.

Mais pour d’autres observateurs, il s’agit ni plus ni moins d’un problème de rentabilité. Le coût de fonctionnement d'une centrale thermique est d' environ 50 à 60 euros du MWh alors que le prix du MWh sur le marché atteint à peine les 40 euros. Les producteurs d'électricité ferment donc leurs centrales parce qu'ils perdent de l'argent.

Depuis plusieurs années, à l’exception des constructions d’éoliennes, la Belgique ne renouvelle pas son parc énergétique. Et nos centrales nucléaires vieillissent : Doel 3, Tihange 2 sont à l’arrêt pour cause de microfissures et Doel 1, conformément à la loi de sortie du nucléaire, a arrêté de fonctionner depuis ce dimanche. Ce sont 2433 MW d’électricité en moins sur notre marché.

Plus inquiétant encore, aucun financier ne semble prêt actuellement à investir en Belgique. C’est dire si nous devons compter sur l’importation d’électricité. En tout, la Belgique a une capacité d’interconnexion avec l’étranger de 3500 MW (c’est la capacité de plus de trois centrales nucléaires).

Cet hiver, la Belgique a importé 20% d’électricité de plus qu’elle ne l’a jamais fait. Cependant, le marché européen de l’électricité dépend en grosse partie de la loi de l’offre et de la demande. Quand l’offre est importante, les prix sont bas et l’électricité circule bien. Si l’offre diminue, les prix montent.Prenons l’exemple de la France.

C'est de ce pays que provient notre plus grande capacité d'importation: 2100 MW. Encore faut-il que nous puissions en disposer. Lorsque la France subira un hiver très froid, elle consommera beaucoup d’électricité et devra disposer de l’ensemble de ses centrales. Elle n’aura plus les moyens d’exporter vers la Belgique son électricité ou elle le fera mais à un coût beaucoup plus important.

A l’avenir, les pays européens seront de plus en plus interconnectés. Mais l’Europe disposera-t-elle d’un parc énergétique suffisant pour approvisionner l’ensemble de ses citoyens à un prix assez bas ?

Lucie Dendooven

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