Biodiversité, déchets, qualité de l'air : les tops et les flops environnementaux de la Belgique dans le dernier rapport de l'OCDE (infographie)

Peut mieux faire. C'est en quelque sorte l'appréciation laissée par l'OCDE à la Belgique sur le volet environnemental. "La Belgique n'est pas sur la bonne voie pour atteindre les objectifs de développement durable en 2030", affirme l'organisation dans son rapport dévoilé ce mercredi. Au rayon des bons points : la diminution des gaz à effets de serre, la gestion des déchets communaux et la consommation d'énergie. Mais la Belgique a encore du mal à enrayer la perte de sa biodiversité et la qualité de l'eau dans le pays est encore préoccupante.

En termes énergétiques, la Belgique progresse, note l'OCDE : la production d'énergie à partir de ressources renouvelables a été multipliée par quatre entre 2005 et 2019. Mais cela n'empêche pas le pays d'être à la traîne, puisque celles-ci ne représentaient que 9,4% de la consommation finale brute d'énergie en 2018, soit moitié moins que la moyenne de l'UE. Les combustibles fossiles et le nucléaire sont encore très présents. "Du fait de l’amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments et d’hivers plus doux, la consommation d’énergie du secteur résidentiel a diminué, précise l'OCDE. En revanche, la consommation de tous les autres secteurs (en particulier du secteur commercial et des industries) a augmenté."


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Du côté de la pollution de l'air, l'organisation note un mieux : les émissions de polluants atmosphériques ont baissé. Les émissions d'oxyde de soufre ont chuté de 70%, 50% pour les oxydes d'azote et 40% pour les particules fines (PM2.5). "Les émissions de GES [gaz à effet de serre], qui ont diminué entre 2005 et 2014, se sont stabilisées, se réjouit l'OCDE. Toutefois, des efforts supplémentaires seront nécessaires pour atteindre les objectifs plus stricts adoptés par l’UE pour2030 en vue d’atteindre la neutralité climatique de l’UE à l’horizon 2050", prévient l'organisation. Car même si la qualité de l'air s'est améliorée ces dix dernières années, 93% des Belges étaient toujours exposés à des concentrations de particules fines PM2.5 supérieures à ce que recommande l'OMS. Les concentrations d'ozone sont également toujours supérieures à ce que vise l'UE.


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L'OCDE pointe de gros problèmes concernant la pollution des sols en Belgique, liée à l'agriculture intensive. Si la superficie des terres agricoles est restée stable, le remplacement de petites structures par de grandes exploitations a engendré une perte de biodiversité. L'intensification de l'agriculture, la fragmentation des habitats et l'intensification de l'exploitation forestière ont porté un coup aux espèces belges, indique l'organisation. Résultat : plus de 33% des espèces de poisson d'eau douce, près de 30% des espèces d'oiseaux et plus de 20% des espèces de plantes communes et de mammifères sont menacées. La population d'oiseaux sur les zones agricoles a diminué de moitié en vingt ans, et celle des oiseaux forestiers a chuté de 20%.

Le rapport de l'OCDE montre que 80% des habitats sont dans un mauvais état de conservation sur la période 2013-2018, contre 70% entre 2005 et 2012. Bon point cependant : la Belgique a quasiment atteint l'objectif de la Convention sur la diversité biologique de 2010 : protéger au moins 17% des zones terrestres en 2020. La Belgique est à 15%, un chiffre qui demeure en-dessous de la moyenne européenne.

Un manque de coordination entre les régions et avec le fédéral

Concernant ses réserves d'eau, la Belgique affiche un piètre bilan. "Le pays est soumis à un stress hydrique modéré à moyennement élevé, malgré de faibles prélèvements par habitant", note l'OCDE, qui rappelle les épisodes de sécheresse de 2017 et 2018. La qualité n'est pas au rendez-vous : seules 24% des masses d'eau de surface ont atteint un bon état écologique. 2% d'entre elles ont atteint un bon état chimique, et 37% pour les masses d'eau souterraines. Un mauvais état général en partie dû à la pollution générée par l'utilisation intensive des engrais et des pesticides dans l'agriculture.

Seule très bonne note sur le bulletin belge : la gestion des déchets municipaux. "Au cours de la dernière décennie, le pays est parvenu à assurer un découplage absolu entre les déchets municipaux produits et la croissance économique et démographique", note l'OCDE. En clair, les Belges ont produit 410kg de déchets par habitant en 2018, soit 85kg de moins que la moyenne européenne. Les niveaux de recyclage et de compostage sont également supérieurs à la moyenne. En revanche, la production de déchets a augmenté de 34% dans le secteur de la construction.


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Pour réussir à atteindre ses objectifs environnementaux en 2030, l'OCDE propose plusieurs pistes à la Belgique, notamment du point de vue de la fiscalité : instaurer une taxe carbone dans les secteurs qui ne sont pas soumis au système d'échanges de quotas d'émission, augmenter les taxes sur l'incinération, pour inciter au recyclage, ou encore instaurer une taxe sur l'utilisation des pesticides, à l'image du Danemark. L'OCDE estime également que la Belgique pourrait mieux faire au niveau de sa gouvernance et de la coopération interfédérale entre les régions. La fragmentation des compétences entre les gouvernements fédéral et régionaux est notamment un frein à la cohérence des politiques environnementales, selon l'organisation. Elle estime qu'une loi interfédérale sur le climat, qui définirait des objectifs à long terme (2030 et 2050) afin d'atteindre une neutralité climatique, serait souhaitable.

Face à ce bilan mitigé, les différents ministres de l'Environnement de Belgique disent ne pas être surpris. " Les rapports se succèdent et se ressemblent et nous forcent à nous engager dans une dynamique et un dialogue constants", a affirmé la ministre fédérale de l'Environnement et du Climat Zakia Khattabi. "L'action prend du temps et ne se voit qu'après plusieurs années", a indiqué de son côté la ministre wallonne Céline Tellier. "Chaque Région peut et doit agir de son côté, mais il y a des structures de coordination qui aujourd'hui fonctionnent et nous avançons sur des projets communs liés notamment au climat", a assuré Alain Maron, le ministre bruxellois. "Nous avons encore beaucoup de travail devant nous, mais plaçons l'amélioration du cadre de vie parmi nos priorités", ajoute de son côté la ministre flamande Zuhal Demir.

Clé de l'information dans notre JT du 31/03/2021 :

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