Bio: la consommation augmente, mais les producteurs n'en profitent pas forcément

Bio: la consommation augmente, mais les producteurs n'en profitent pas forcément
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Le Belge consomme de plus en plus de produits bio. C’est ce qui ressort d’une enquête menée à la demande du Centre flamand de l’agroalimentaire et de la pêche (le VLAM). L’Institut GfK a suivi la manière dont 5000 ménages faisaient leurs courses pendant un an.

Si l’on compare ce que le consommateur belge dépensait en 2008 et en 2017 pour du bio, on remarque que ses dépenses ont plus que doublé. Rien que pour l'année 2017, le Flamand a dépensé 11 % de plus qu'en 2016 pour du bio, le Wallon a dépensé 8 % de plus, alors que le Bruxellois par contre, a dépensé 7 % de moins pour des produits bio. Du côté de Bruxelles, il faut toutefois tenir compte d’une augmentation fulgurante entre 2008 et 2017 : la consommation de bio du Bruxellois avait triplé.

Rencontre avec Pia Monville, elle est maraîchère bio à Court-Saint-Etienne depuis 10 ans. Elle nous accueille dans son champ.

Qui profite de cette augmentation de la consommation du bio ?

"Pas le petit producteur, en tout cas", avance Pia Monville. Elle produit du bio à Court-Saint-Etienne depuis 10 ans. "Ici, dans la région où on est, la croissance a été très forte jusqu’il y a 4, 5 ans. Maintenant, on continue à croître mais beaucoup plus doucement. Par contre, dans la région, on assiste en effet à une explosion du nombre de commerces zéro déchets, bio, des petits, des gros. Tout cela a en effet explosé et répond manifestement à une demande parce que ces commerces ne font pas faillite. Mais notre réalité économique, c’est que nous ne profitons pas de cette croissance-là".

Le gâteau, quoiqu’un peu plus grand, est à partager en un nombre d’acteurs beaucoup plus important. De plus, beaucoup de consommateurs de produits bio cherchent à se les procurer sans forcément changer leurs habitudes d’achat. Ils vont donc en grandes surface. Le supermarché classique reste le canal de vente le plus répandu pour les produits bio. Ils optent aussi pour des supérettes bio. "Moi, ce qui m’importe, nous explique une cliente, c’est la proximité géographique". "Personnellement, ce qui est important pour moi, c’est de pouvoir faire mes courses le soir, après le boulot" ajoute cette autre habituée d’une supérette brabançonne.

Le gérant de la supérette nous confirme que le profil des acheteurs s’est fortement diversifié ces dernières années. "On voit des gens qui ont des moyens, mais aussi des gens qui en ont moins. Ce n’est plus un frein. On a même des étudiants. Il faut dire que le bio est de plus en plus accessible. Un exemple, les pommes de terre, qu’on arrive à avoir à moins d’un euro le kilo".

Les prix à la baisse, pour quel bio ?

Cette pression sur les prix est plus importante encore dans les grandes surfaces. Même le hard discount s’est mis au bio et enregistre une très forte progression de ses ventes de bio. "Le bio du hard discount, c’est aux antipodes de ce qu’on fait, réagit Pia Monville. Il faut voir d’où ça vient et prévenir le consommateur des conditions dans lesquelles ce type de légumes ou fruits biologiques ont été produits. On vend deux choses différentes, à deux prix évidemment différents. C’est vrai que parfois, ça nous fait un pincement au cœur, ou cela provoque chez nous une grosse colère quand on voit qu’on utilise l’image du petit producteur, avec son chapeau de paille et ses sabots, pour vendre un produit qui vient en fait de grossistes, ou même pas de Belgique, d’Italie, de Grèce, d’Espagne. On ne sait pas comment il est produit. Et le consommateur, lui, il est noyé dans un flot d’informations continu et il croit peut-être acheter des légumes de petits producteurs alors que ce n’est pas vrai ".

Pia Monville, comme d’autres cultivateurs avec lesquels nous avons été en contact, refusent de vendre leur production aux grandes surfaces. "Je dis non chaque fois que j’ai le sentiment qu’au bout du compte on va m’utiliser, qu’on va utiliser mon image et que je ne vais plus pouvoir être maîtresse de ce que je propose, et du prix dont j’ai besoin pour vivre. Avec le risque de réserver une partie de ma production à ce type de commerce et par conséquent d’être prisonnière du prix qu’on m’imposera au bout du compte. Car au début, le prix est généralement attractif, mais une fois que vous êtes dans le circuit, le prix baisse. On vous demande aussi de calibrer vos légumes, de faire telle ou telle variété. Moi je veux travailler avec des variétés anciennes et je ne fais pas de calibrage de mes produits ".

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