Bertrand Piccard: "Greta Thunberg laboure, moi je plante. Ce sera au monde de récolter les fruits de tout cela"

Il y a 20 ans, il faisait le tour du monde en ballon sans escale en 19 jours 21h et 47 minutes. En 2016, il refait un tour du monde, mais à l’aide, cette fois, d’un avion propulsé à énergie solaire : le projet Solar Impulse. A l’heure où la planète se retrouve à Madrid pour la COP25 et ou la jeunesse descend dans les rues pour plus de mesures de la part du politique, Bertrand Piccard, l’une des figures de la lutte contre le réchauffement climatique, compte bien apporter des réponses et des solutions.


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L’explorateur, psychiatre et aviateur suisse compte bien s’inviter dans les débats pour sauver le climat et l’environnement. Car selon lui, les Etats n’ont pas les solutions pour atteindre les objectifs climatiques.

On a l’impression que tout va se passer entre 2049 et 2050 tellement on attend pour commencer

"Au début, il n’y avait pas la prise de conscience. Aujourd’hui, cette prise de conscience existe avec un certain nombre d’engagements, où les états se disent qu’ils veulent être neutres sur le plan carbone en 2050. C’est très loin, et ils ne seront pas là pour rendre des comptes. On a l’impression que tout va se passer entre 2049 et 2050 tellement on attend pour commencer. Nous, ce qu’on fait avec Solar, c’est amener des solutions financièrement rentables pour protéger l’environnement. On veut aussi montrer qu’on peut en même temps lutter contre les causes du réchauffement et créer des emplois en générant du profit", explique-t-il sur les ondes de La Première mardi matin.


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Beaucoup d’états semblent naviguer à l’aveugle, précise-t-il. "Des états se donnent des feuilles de route. Je suis heureux de voir ce que fait la nouvelle présidente de la Commission européenne avec Charles Michel d’ailleurs qui préside le Conseil européen. Cette feuille de route, reprend les étapes qui se succèdent et les domaines dans lesquels il faut travailler. C’est remarquable. Mais il y a assez peu de gens qui parlent de ce qu’ils vont faire. Beaucoup expliquent l’état des lieux, ce qu’ils font, mais c’est souvent très peu ambitieux. Donc, pour sortir des débats stériles, il faut voir quel est le langage à adopter vis-à-vis de ceux qui sont trop égoïstes pour s’occuper de l’environnement et ceux qui ont des impératifs économiques à court terme qui font qu’ils ne savent pas changer toutes leurs infrastructures et leurs investissements d’un jour à l’autre. Il faut leur parler."

Persuader les entreprises en parlant argent, persuader les autorités publiques en parlant emploi…. Pourtant, les deux sont "complètement compatibles", martèle-t-il. "Il faut vraiment que les auditeurs arrêtent de croire qu’il faut opposer croissance économique et la protection de l’environnement. Aujourd’hui, on peut rentrer dans la croissance propre, qualitative, c’est-à-dire qu’on crée des emplois et que l’on créé du profit, en remplaçant tout ce qui est inefficient par ce qui est capable de protéger l’environnement. C’est le marché industriel du siècle. Des nouvelles rénovations de maison, des nouveaux systèmes de chauffage, des processus industriels, modernisation des moteurs électriques dans l’industrie. Il y a des gigas tonne de CO² à économiser et des milliards à gagner."

308 solutions labellisées

Des solutions existent donc, mais comment expliquer qu’elles ne sont pas appliquées ? "Beaucoup ne sont pas connues. Solar Impulse en a identifiées 308, labellisées par notre groupe d’experts. Mais les gens ne les connaissent pas. Personne ne sait qu’on peut utiliser la chaleur de l’eau qui part de la douche pour chauffer l’eau froide qui arrive à la douche. Personne ne sait qu’avec un module de 500 euros, on peut baisser sa consommation d’essence et de 80% les particules sur un moteur thermique, ou encore, qu’il existe du plastique complètement biodégradable fabriqué avec des protéines de l’industrie du lait, qui seraient jetées si on ne les utilisait pas."

Mais la population s’inquiète et se dit que ce sont les plus faibles qui vont payer le coût de cette transition écologique. "Je prône ce qui est rentable pour l’environnement. Au Portugal, on a battu le record du monde de l’énergie solaire la plus intéressante financièrement. 1,4 centime par kW d’électricité solaire. Grâce à cela, l’électricité est moins chère pour les gens. Les gens les plus modestes vont donc y gagner puisque leur facture sera plus basse."

Autre sujet sensible, la tarification du secteur aérien. Le nouveau commissaire européen chargé du climat explique dans la presse ce matin, que la taxe sur le kérosène est facile à appliquer. "Il faut trouver un moyen pour absorber le gaz carbonique qui est émis par les avions. Vous pouvez taxer le billet d’avion, le kérosène. Ce qui est logique et l’opinion est prêt à ça. Sur un vol low cost, vous aurez 5 euros de plus à payer sur un billet. Ce n’est pas ça qui va tuer le passager. Et aussi, des compagnies aériennes prennent les devants et ont par exemple décidé de compenser le gaz carbonique qu’elles émettent et qu’elles ne peuvent pas diminuer parce que les technologies actuelles ne leur permettent pas de le faire. Elles voient bien que si elles ne s’affichent pas comme responsables, elles vont perdre des clients."

Il ne faut surtout pas dire aux jeunes de retourner à l’école et de laisser les adultes faire leur travail, car les adultes ne font pas leur travail

La jeune militante écologiste suédoise Greta Thunberg doit débarquer à Lisbonne ce mardi matin, après avoir traversé l’Atlantique en catamaran, pour se rendre ensuite à la COP25. En septembre, elle avait marqué les esprits à New York lors de son discours à l’assemblée des nations unies. Bertrand Piccard s’avère être un immense fan de l’adolescente de 16 ans.

"J’étais dans la salle aux nations unies quand elle a parlé, c’était sincère, elle a une force incroyable et que tout le monde écoute. Elle dit les quatre vérités à ceux qui n’ont rien fait, elle dit que le monde politique n’a pas rempli son rôle. Ce qu’il se passe, c’est que quand elle arrive avant moi, les gens paniquent et se disent qu’il n’y a pas beaucoup d’espoir. Et quand j’arrive ensuite avec les solutions sélectionnées et labellisées par Solar, tout le monde se rue dessus en disant qu’on peut s’en sortir. Mais si je vais seul sans Greta ils se disent, il y a des solutions mais on le temps. Donc Greta laboure, moi j’arrive et je plante. Maintenant, ce sera au monde de récolter les fruits de tout ça."

Selon lui, c’est très positif que les activistes descendent dans la rue. "C’est ça qui a commencé à faire bouger les lignes. C’est là que l’urgence climatique a été décrétée dans plusieurs pays. C’est là que la Commission européenne s’est dit qu’il fallait un "green new deal" pour ne pas que l’Europe éclate. J’ai rencontré certains mouvements lorsque j’étais à Bruxelles. Je les admire. Il ne faut surtout pas leur dire de retourner à l’école et de laisser les adultes faire leur travail, car les adultes ne font pas leur travail."

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