Berlin, 25 ans après la Chute du Mur : entre mémoire et gentrification

La Trabant, un des symboles de l'ancienne RDA
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La Trabant, un des symboles de l'ancienne RDA - © Nicolas Poloczek

C’était le 9 novembre 1989. Le Mur de Berlin s’effondrait. La Chute du Mur représente tout un symbole. C'est la fin d’une ville séparée, d’une Allemagne coupée en deux et d’une Europe divisée. Cela fait déjà un quart de siècle que le monstre de béton, construit le 13 août 1961, est tombé. En 25 ans, Berlin s’est transformée. Le Mur de la honte a été effacé. Il ne reste quasiment plus de traces. L’Est et l’Ouest de la ville ont fusionné. Des bâtiments ultra-modernes ont remplacés les no mans’ land situés entre les deux anciennes parties de la ville. Ce qui pose aujourd’hui de nombreux débats chez les Berlinois au sujet du devoir de mémoire.

Découvrez le web-reportage : Berlin, 25 ans après la chute du mur

Après la Chute du Mur, la ville Berlin est devenue le cœur de la scène alternative d’Allemagne et d’Europe. Des artistes du monde entier s’y sont installés. Berlin a aussi pris le rôle de la capitale de l’Allemagne réunifiée. Aujourd’hui, la ville s’embourgeoise. La gentrification a gagné de nombreux quartiers, surtout dans l’ancienne partie Est de la ville. La réunification a coûté cher à Berlin. La ville est endettée. Les autorités berlinoises comptent sur le tourisme pour apporter des devises. De nombreux Berlinois craignent que leur ville perde son âme bohème.

Le Mémorial du Mur est situé en plein cœur de Berlin sur la Bernauer Strasse. C’est le dernier tronçon du Mur encore conservé dans son intégralité. Le dispositif frontalier est visible avec les deux murs, les pylônes d'éclairage et le no man's land. Des touristes d’Allemagne et du monde entiers, ainsi que de nombreux groupes scolaires, viennent observer les traces du Mur du haut d’une plate-forme.

Klaus Schmidt est né après la deuxième guerre mondiale. Il a toujours vécu près de la ligne de séparation entre les deux Berlin. Il a assisté à la construction du Mur, ainsi qu’à sa destruction. Il nous fait visiter son appartement qui se trouve en face du Mémorial sur la Bernauer Strasse. Installé depuis 1997, il a assisté à toutes les dernières évolutions de sa ville.

"Chez les jeunes maintenant, toute cette histoire ne joue plus aucun rôle. Mais pour les anciens qui ont connu la séparation, il y en a qui regrettent les avantages qu’ils avaient. Tout n’était pas si mauvais à l’est. Par exemple, l’État prenait en charge l’éducation des enfants très tôt, avec les crèches gratuites, etc. Nous avons de la famille dans les environs de Berlin, à l’ouest. Et quand nous discutons, souvent ils se plaignent et se voient en tant que Berlinois de l’ouest comme les perdants de la réunification. Ce n’est pas mon avis. Avant Berlin-Ouest recevait énormément d’argent de la RFA. Les temps changent et maintenant nous avons tous cette liberté", estime-t-il.

Depuis 25 ans, la majorité des investissements se sont concentrés dans l’ex-Berlin Est. "Les premières années qui ont suivi la chute du mur, tout l’argent partait à l’Est et on avait l’impression que Berlin-Ouest était un peu laissé de côté. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Nous vivons exactement comme ceux de l’autre côté, aussi bien et aussi mal", affirme Klaus Schmidt.

L’East Side Gallery sous pression immobilière

Après le 9 novembre 1989, les Berlinois se sont empressés de détruire le Mur de la honte qui les avait séparés pendant 28 ans. Un quart de siècle plus tard, les touristes se pressent sur les traces du Mur. Chez de nombreux Allemands grandit aujourd’hui le sentiment qu'il faut préserver les derniers vestiges de ce symbole de la Guerre froide.

Sur les 160 kilomètres du Mur de Berlin, il ne reste que quelques vestiges. C’est le cas de l’East Side Gallery. Située sur la rive sud de la Spree, cette portion de plus d’un kilomètre a été décorée par une centaine d’artiste du monde entier. C’est l'une des principales attractions touristiques de la ville. Plusieurs projets immobiliers menacent le site. Les Berlinois se sont mobilisés pour sauver ce pan du Mur.

Berlin s’embourgeoise

Après la chute du Mur, Berlin est devenue la ville des possibles. La capitale de l'Allemagne réunifiée a changé à grande vitesse. Ville alternative, il y a encore quelques années, Berlin s’embourgeoise progressivement. Le quartier de Neukölln est une illustration de ces mutations urbaines. Situé dans l’ex-Berlin Ouest, ce quartier se trouvait à la lisière du Mur. Il avait une très mauvaise réputation, il y a une dizaine d’années. Aujourd’hui, c’est l’un des lieux incontournables de la ville…

Neukölln est devenu le quartier de prédilection des bobos. Les bâtiments ont été rénovés. Il y a des boutiques bios à tous les coins de rue. Les cafés et les restaurants s’ouvrent les uns après les autres. Les galeries d’art se multiplient. "J'ai vécu dans ce quartier il y a une dizaine d'années. Ensuite, je suis parti vivre à l'étranger avant de revenir ici. À l'époque, c'était super glauque. Tout était dangereux et sale. Ça sentait l'urine. Pour une famille avec de jeunes enfants, c'était inconcevable de vivre dans le coin. C'est vrai que le quartier a changé du tout au tout. Les loyers sont dix fois plus élevés qu'à l'époque", souligne Daniel qui s’est installé récemment dans le quartier avec sa famille.

Mario d’Anna est né en Sicile Ses parents sont arrivés à Neukölln quand il était encore bébé. Il a vu l’évolution de son quartier. Aujourd’hui, il est propriétaire d’un restaurant branché. "Ce changement a deux facettes. Il y a d'abord le côté positif. Il y a des gens du monde entier qui viennent ici avec des backgrounds très différents. Ce qui enrichi la ville. Mais, il y a le revers de la médaille. Cette nouvelle population a un pouvoir d'achat beaucoup plus élevé. Du coup, les prix explosent. Les loyers ont triplé ces dernières années. Ce qui fait que les vrais Berlinois et les personnes âgées doivent quitter leur quartier. Ils sont repoussés vers la périphérie. C'est un vrai problème", constate Mario.

25 ans après la Chute du Mur, Berlin est l’une des villes les plus attractives d’Europe. Mais, ces transformations ont un prix. Berlin a plus de 60 milliards de dettes. Un enfant sur trois est sous le seuil de pauvreté. Le tourisme est la principale source de revenu de la capitale allemande… Aujourd’hui, Berlin cherche à renforcer le secteur touristique et à développer l’immobilier, tout en voulant préserver son âme et son passé historique. Un fragile équilibre qui fait la magie de cette ville.

Nicolas Willems et de Nicolas Poloczek

> Réécouter le reportage Transversales Berlin, 25 ans après la chute du mur :

 

 

 

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