Bernard De Vos : "Très vite, les préjugés racistes apparaissent chez les petits enfants, entre 2 et 4 ans"

Interview quelque peu particulière ce lundi matin puisque pour accueillir Bernard De Vos, délégué général aux droits de l’enfant, au micro de la Prem1ère, Nelson Bwatu, 9 ans. Nelson, dont la chronique racontant le racisme dont il faisait l'objet à l’école avait été diffusée sur les ondes de la RTBF le 9 juin dernier.

En mai dernier, Bernard De Vos prônait la reprise de l’école : "Les enfants ne doivent pas être des valeurs d’ajustement dans cette crise…" Et qu’il faut s’occuper d’eux. "Depuis, l’école a repris, les vacances sont revenues et la rentrée se profile déjà à l’horizon. En septembre, si tout va bien… Mais dans quelles conditions ? A-t-on suffisamment écouté les enfants durant la crise ? Comment vont-ils ? Les messages qu’ils ont voulu nous faire passer ont-ils été entendus ?"

À l’école des enfants sont privilégiés parce qu’ils sont dans la norme

Bernard De Vos reconnaît bien connaître la réalité dénoncée par Nelson dans sa chronique. "Beaucoup d’enfants me le disent. Des enfants, des enfants dès six mois peuvent faire des différences ethno-raciales. Très vite, les préjugés racistes apparaissent chez les petits enfants, entre 2 et 4 ans." Des préjugés racistes qui s’avèrent pouvoir être très installés à 12 ans ajoute le délégué aux droits de l’enfant.

Au-delà des insultes et difficultés que les enfants peuvent rencontrer dans les cours d’école, c’est un racisme structurel auquel doivent faire face les enfants souligne Bernard De Vos. "Cela signifie la société en elle-même a des comportements qui font en sorte que tous les enfants ne sont pas à égalité. À l’école des enfants sont privilégiés parce qu’ils sont dans la norme, parce qu’ils viennent de pays différents, sont de race différente, viennent de milieux plus pauvres, sont discriminés."

Le premier outil d’éducation, c’est l’exemple

Une situation dont sont conscients les enfants eux-mêmes, comme l’explique Nelson. Dans son école, l’école des Bruyères de Louvain-la-Neuve, nombreux sont ses camarades à l’avoir félicité et une grande activité de sensibilisation au racisme a été organisée. Une activité qui sera pérennisée puisque la décision a été prise de la répéter chaque année en mars. 

Pour le délégué aux droits de l’enfant, il ne faut d'ailleurs pas attendre que les enfants aient 10-12 ans pour les sensibiliser. Le plus tôt est le mieux, y compris en famille et dans les autres milieux éducatifs.

"Des outils existent sur le Net ou ailleurs dans les bibliothèques pour les parents pris au dépourvu. Il y a des histoires contemporaines, comme l’apartheid, qui permettent d’aborder ces sujets. Il ne faut pas avoir peur et un parent ou un prof en difficulté face à la question d’un enfant peut temporiser, reconnaître la pertinence de la question et chercher ensemble. Il faut pouvoir parler avec eux. Et le premier outil d’éducation c’est l’exemple", précise Bernard De Vos.

Pas entendus par la Première ministre

Si Nelson regrette que Sophie Wilmès n’a pas répondu à sa chronique, Bernard De Vos explique que lui aussi l'a plusieurs fois interpellé la Première ministre sans succès. "J’aurais voulu qu’après chaque Conseil national de sécurité, la Première ministre s’adresse aux enfants, car ils entendent tout ce qui se passe. Mais il n’y a jamais eu un message pour eux. Mais je ne désespère pas, on va y aller tous les deux". À bon entendeur...

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