Benoît Lobet: "J'ai tutoyé Fabiola et lui ai donné l'onction des malades"

Benoît Lobet, confident et guide spirituel de la Reine Fabiola
Benoît Lobet, confident et guide spirituel de la Reine Fabiola - © Tous droits réservés

Le prêtre Benoît Lobet, doyen de la commune d'Enghien, dans le Hainaut, fut, durant de longues années, le confident de la Reine Fabiola. La Reine lui avait demandé d'être son guide spirituel. Il l'a accompagnée jusqu'à la fin de sa vie. Et il garde un souvenir très ému de ces moments en tête à tête.

Vous étiez le confident de la Reine Fabiola.  Est-ce qu'elle vous avait fait part de ses volontés pour ses funérailles ?

"Elle m'avait simplement dit qu'elle voulait quelque chose de simple. Certains journaux ont dit qu'on enfreignait ses dernières volontés en organisant des funérailles nationales. Ce n'est pas ça du tout !  La Reine aimait la simplicité, elle était une personne humble mais il est évidemment normal que le pays lui rende hommage d'une façon un peu solennelle. Elle était une grande Reine. Ce n'est pas du tout contradictoire d'avoir, d'un côté, l'humilité d'une femme et, de l'autre côte, le respect qu'on lui doit".

On dit qu'elle souhaitait que ses funérailles soit une sorte de fête...

"Elle était une personne qui avait un tempérament chrétien joyeux et donc pour elle, en effet, la célébration du départ, de la Pâque, était une célébration qui pouvait être marquée par la joie et pas seulement par la tristesse".  

Elle était consciente que ses jours étaient comptés ?

"Ah oui ! Les médecins lui avaient dit qu'elle était dans une configuration physique qui ne lui permettait plus de guérir. Elle savait très bien où elle allait".

Comment appréhendait-elle la mort ?

"Avec beaucoup de calme et de sérénité. Ce n'est pas un scoop, elle était une personne très chrétienne. Elle était persuadée de la résurrection. Elle était persuadée qu'elle allait retrouver l'homme de sa vie, le Roi Baudouin.  D'ailleurs, elle ne l'avait jamais vraiment quitté.  Elle vivait toujours un peu en sa présence. Elle était persuadée que la mort allait être pour elle l'accomplissement de sa vie et donc ça ne lui faisait certainement pas peur. Elle était très sereine, très confiante".

Il y a quelques mois, vous lui avez donné l'onction des malades.  C'est un moment qui vous a particulièrement marqué ?

"Ah oui ! Une de ses petites nièces était là et elle m'avait dit avant: 'je trouve que Tante Fabiola n'est pas très bien' et, en effet, il y avait, de temps en temps, des creux dans son état de santé, déjà fragile, et on était, à ce moment-là, dans l'un de ces creux. Elle allait moins bien, elle était plus fatiguée. Et donc, après la messe, je lui ai proposé de célébrer, avec elle, l'onction des malades. J'étais très ému puisque le rite demande qu'on impose les mains sur la tête, puis qu'on oigne d'huile sainte le front et les mains du malade. Quand j'ai fait cette onction, j'ai tutoyé la Reine pour la première et le dernière fois de ma vie. J'ai dit: 'par cette onction sainte, Fabiola, que le Seigneur te sauve et te relève' et elle a eu un geste très beau à mon égard : elle a pris mes mains entre les siennes, elle les a portées à son front où j'avais fait l'onction et elle a dit 'merci pour ces mains qui ont fait ça pour moi'.  J'en étais très retourné. C'est un très beau moment que je n'oublierai jamais".

Quel souvenir garderez-vous de la Reine Fabiola ?

"Le souvenir d'une très grande dame, très forte, très vive. Avec beaucoup d'humour aussi. On a beaucoup ri, vous savez ! C'était une femme qui voyait la drôlerie de certaines situations et qui ne se privait pas de le dire et de partager cette drôlerie, y compris vis-à-vis d'elle-même.  Elle se regardait vieillir avec un certain humour. 'Je suis une veille chose', disait-elle. Et pourtant, à mon sens, elle était restée (je suis prêtre, je peux le dire...), elle était restée très belle.  Il y avait une beauté, qui n'était plus la beauté solaire d'une femme de quarante ans, mais qui était cette beauté qui vient de l'intérieur et qui irradiait à travers ce visage très pur, ridé, mais très pur et très rayonnant". 

Propos recueillis par Christophe Grandjean

 

 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK