Belgique : plaque tournante du trafic d'ivoire ?

Belgique : plaque tournante du trafic d'ivoire ?
Belgique : plaque tournante du trafic d'ivoire ? - © AFP

Si on n’agit pas d’urgence, l’éléphant d’Afrique pourrait disparaître d’ici 20 ans. Le cri d’alarme lancé par le WWF s’accompagne d’une accusation : la Belgique est un haut lieu du trafic d’ivoire, cause du braconnage. Mais les services de contrôle relativisent : l’ivoire qui arrive à Anvers ou à Zaventem ne fait que transiter vers l’Asie, et les douanes belges ne restent pas inactives, elles forment même des douaniers africains.

 

Le WWF a fait ses comptes : de 3 à 5 millions d’individus au début du 20e siècle, la population d’éléphants est passée à 1,3 million en 1980 et seulement 415.000 en 2019. A ce rythme-là, il n’en restera plus d’ici 2040. La faute à l’attrait que continue de susciter l’ivoire, surtout en Asie. Les braconniers tuent des éléphants pour leurs défenses et selon le WWF une grande quantité de cet ivoire transiterait par la Belgique. Au service public fédéral, on juge les prédictions de l’ONG un rien catastrophistes et on les explique par la collecte de fonds lancée pour venir en aide aux éléphants mais on reconnaît que la Belgique occupe une place particulière dans le trafic d’ivoire. Pour Vinciane Charlier, porte-parole du ministère de la Santé chargé de l’environnement, cela s’explique "la Belgique occupe une place centrale en Europe et pour des raisons historiques liées à la colonisation, le port d’Anvers et l’aéroport de Bruxelles-National ont des liaisons régulières avec l’Afrique centrale, mais l’ivoire qui arrive chez nous en avion ou par bateau n’y reste pas, le marché belge n’est d’ailleurs pas demandeur, en fait tout ou presque repart aussitôt vers l’Asie où la demande est importante. L’ivoire ne fait que transiter par notre pays, il termine son parcours dans des pays comme la Chine où il est transformé en objets de décoration ou en produits soi-disant médicinaux."

Les saisies visent Anvers et Zaventem mais aussi les antiquaires

Les quantités saisies augmentent d’année en année. De 8 pièces saisies par les douanes en 2015, on est passé à 57 en 2016 et à 192 en 2017. Mais quand on demande si cette augmentation traduit une réelle hausse du trafic ou une intensification des contrôles, la réponse penche plutôt vers la seconde proposition. Les douanes ont sans doute été sensibilisées ces dernières années par les campagnes dénonçant les trafics d’espèces menacées. Cela dit, les ports et aéroports ne sont pas les seuls concernés par le commerce de l’ivoire, l’an dernier le SPF Santé publique a procédé à la saisie de 190 pièces chez des antiquaires. Certains possédaient des certificats d’autorisation mais si l’ivoire était bien réel, les documents les accompagnant étaient parfois des faux. Il y a aussi du traficotage à ce niveau-là. Les sommes en jeu sont importantes. Le trafic des espèces sauvages est l’un des plus importants trafics criminels du monde derrière le trafic de drogue, le trafic des êtres humains et la contrefaçon. Il pèse plus de 135 milliards d’euros par an.

Les douaniers africains se forment chez nous

Outre les contrôles renforcés, les douanes belges agissent aussi indirectement contre le trafic et le braconnage, par exemple en formant des douaniers africains. Plusieurs d’entre eux sont actuellement en formation à Zaventem. Les spécialistes belges leur apprennent notamment comment détecter et identifier les différentes formes d’ivoire, histoire d’enrayer le commerce illégal et les tentatives d’exportation. Cette prise de conscience touche aussi les pays d’Afrique. Face aux équipements et à la violence croissante des braconniers, on assiste à la constitution de brigades de rangers, formés comme des militaires. Car le combat pour la défense des éléphants ressemble de plus en plus à une guerre. Chaque année en Afrique, une centaine de rangers perdent la vie sous les balles des braconniers.

Campagne WWF: www.elephant.wwf.be

 

 

 

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