La Belgique est le pays d'Europe avec le plus fort taux de suicide en prison

Un jeune de 23 ans s'est donné la mort il y a quelques jours à la prison de Tournai.
Un jeune de 23 ans s'est donné la mort il y a quelques jours à la prison de Tournai. - © BENOIT DOPPAGNE - BELGA

C'est une actualité qui jette une lumière crue sur la situation dans les prisons belges. En quelques jours à peine, deux jeunes de 20 et 23 ans se sont donné la mort à Lantin et à Tournai. Une réalité dont on parle peu. Alors que la Belgique est le pays d'Europe où il y a le plus de suicides en prison.

Un phénomène qui ne date pas d'hier

16 suicides en 2016. 18 en 2015. Sans compter les morts suspectes dont on ne fait pas la publicité. Le suicide en prison est 7 à 11 fois plus présent que dans le reste de la société. Dans un cas sur deux, il se produit durant les premiers mois de la détention. Un phénomène qui ne date pas d'hier. Jean-Marc Mahy est éducateur spécialisé. Il a passé plus de 18 ans en prison et travaille aujourd'hui à la réinsertion des détenus. Et il n'a pas oublié ce funeste mois de juillet 1993 à la prison de Lantin. "J'ai d'abord eu deux suicides presque coup sur coup dans ma section qui comptait 30 détenus. Puis un troisième s'est suicidé quelques jours plus tard en se coupant une artère fémorale. Y avait du sang partout. Et qui a prévenu les familles ? pas la direction de la prison. C'est l'aumônier ".

Quasi pas d'accompagnement des détenus

Outre l'isolement social et affectif. Outre les conditions de détention souvent indignes de la dignité humaine. Il y a l'absence quasi totale d'accompagnement lorsque les détenus sont incarcérés. Trsè peu de formation en prison. Très peu de travail. Pourtant, près de 30 pourcents des détenus sont analphabètes. Et un sur deux n'a pas son diplôme de sixième primaire. Une situation paradoxale alors qu'une loi datant de 2005 oblige en principe chaque condamné à présenté un plan de réinsertion. Ce qu'il va mettre en place pour retrouver sa place dans la société une fois qu'il aura purgé sa peine. "Douze ans après, tout ça n'est absolument pas mis en oeuvre" se désole Nicolas Cohen. "C'est le reflet flagrant de l'absence de sens donnée à la peine. L'incapacité aussi de l'état belge à pouvoir répondre à cette question de la réinsertion". Outre le taux de suicide, on notera aussi que la Belgique figure parmi les plus mauvais élèves européens en ce qui concerne la récidive. Raison pour laquelle, ils sont de plus en plus nombreux dans le monde de la justice à demander un changement radical de politique carcérale dans notre pays.

 

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