Belges en Syrie: des perquisitions mais aucun mandat d'arrêt décerné

C'est une opération d'envergure qui est menée depuis lundi avec quelques 400 policiers mobilisés. Mardi soir, deux nouveaux mandats d'arrêt ont été délivrés.

D'après le parquet fédéral, les suspects ont recruté des jeunes pour aller combattre en Syrie. Un certain nombre de ces jeunes seraient déjà partis.

Les autorités ne relâchent pas la pression, mais se disent satisfaites des premiers résultats. La ministre de l'Intérieur Joëlle Milquet a réagi depuis la Jordanie où elle se trouve actuellement en visite dans le cadre de la lutte contre la radicalisation : "C'est le fruit d'un travail très important de nombreux mois de coordination, d'analyses, de contrôles, de renseignements et d'accumulation de preuves" mais surtout le fruit d'une nouvelle loi sur la notion de terrorisme, de recrutements mais aussi de formations à l'étranger. "Cela permet, dès lors, d'inculper sur base de la 'loi terrorisme' toutes les filières de recrutement, ce que la loi antérieure ne nous permettait pas de faire".

Lundi matin, dans le cadre de la même enquête, plus de 150 enquêteurs avaient effectué des perquisitions à une vingtaine d'adresses bruxelloises ainsi qu'à d'autres endroits du pays. Une vingtaine de personnes avaient été interpellées.

Le juge d'instruction a placé dix d'entre elles sous mandat d'arrêt. Trois autres ont été libérées sous conditions tandis que le juge de la jeunesse a placé deux suspects mineurs d'âge dans un centre fermé.

Les autorités s'attaquent de front aux filières de recrutement

Mardi, les enquêteurs de la police judiciaire fédérale ont encore mené quatorze perquisitions et appréhendé quatorze personnes en région bruxelloise. Quatre d'entre elles ont été présentées au juge d'instruction qui en a placé deux sous mandat d'arrêt et a libéré les deux autres sous conditions.

Les douze suspects qui ont été placés sous mandat d'arrêt lundi et mardi comparaîtront vendredi devant la chambre du conseil de Bruxelles. Le parquet fédéral donne pour le moment très peu de commentaires sur le contenu du dossier.

Ces derniers mois, plusieurs autres opérations ont déjà été menées pour démanteler ces filières de recrutement. Comme en avril 2013, avec l'arrestation de Fouad Belkacem ou en décembre, avec celle de Jean-Louis Le Soumis. En un an, onze personnes ont été arrêtées et placées en détention préventive. D'autres ont été inculpées, mais laissées libres.

Au total, avec les opérations de ces derniers jours, 23 recruteurs présumés sont donc derrière les barreaux. La plupart sont considérés comme des dirigeants de groupes terroristes. La police s'attaque non plus aux figures connues des réseaux de recrutement, mais à leur chefs présumés qui agissent dans l'ombre.

A-t-on démantelé un réseau de recrutement ?

3 jours, 48 perquisitions et 17 personnes inculpées comme recruteurs : la pêche a été bonne pour les enquêteurs. Mais peut-on parler d'un réseau démantelé? La question est simple, la réponse l'est moins parce qu'il n'existe pas une superstructure d'envoi de combattants en Syrie. Il faut plutôt parler de petits groupes plus ou moins organisés qui se donnent pour mission de convaincre, de radicaliser et d'orchestrer des départs. Ils agissent tous plus ou moins en autonomie, mais sont interconnectés. Des écoutes téléphoniques le prouvent. Il s'agit donc d'une mouvance plutôt qu'une structure figée et militaire.

Ainsi, en un an, le parquet fédéral a déjà ouvert 6 enquêtes. Elles concernent chacune une filière. Des filières personnifiées par un meneur comme le sont Fouad Belkacem le leader de Sharia4Belgium à Anvers, ou Jean-Louis Denis à Bruxelles.

Mais derrière ces meneurs on trouve des hommes de l'ombre, des idéologues, des fanatiques. Ce sont eux que les enquêteurs recherchaient ces derniers jours. Parmi les personnes interpellées des profils très divers : un professeur, un étudiant parti en Syrie travailler pour une ONG. Les autorités ont aussi perquisitionné des librairies islamiques. Le problème, c'est que la structure s'avère mouvante et chaque pièce se révèle interchangeable. Quoi qu'il en soit, la police a poursuivi son lent travail de démantèlement.

Justine Katz, Radia Sadani avec Grégoire Ryckmans et Belga
 

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