Beaucoup de maladies du cerveau, trop peu de recherches, va-t-on vers la catastrophe?

Illustration - 35% des coûts de santé en Belgique sont dus aux maladies du cerveau
Illustration - 35% des coûts de santé en Belgique sont dus aux maladies du cerveau - © Belga/AFP

A l'occasion de la semaine internationale du cerveau, l'invité du "Point de vue" de Matin Première ce vendredi était le professeur Roland Pochet, neurologue, professeur à l'ULB et secrétaire général du Belgian Brain Council, l'organisateur de cette semaine du cerveau en Belgique.

A la question de savoir s'il reste beaucoup de zones d'ombre sur le fonctionnement du cerveau, ce spécialiste répond qu'"on en connaît beaucoup, mais il reste énormément à découvrir. Mais je pense que les progrès de la recherche et de la science sont très significatifs et on commence à en découvrir de plus en plus. Une des zones les plus difficiles à examiner est la notion de réseaux parce que tous ces neurones, ces milliards de neurones sont connectés entre eux via des milliers de synapses, de connexions de neurones à neurone. Et c'est cette notion de réseaux et de communication qui est maintenant peut-être investiguée et qui va permettre de nous aider à comprendre, par exemple, ce qu'est notre conscience".

Est-il vrai que l'on utilise qu'une partie de la capacité de notre cerveau, 10 à 15% ?

"Tout ne fonctionne pas en même temps", confirme Roland Pochet, "et selon nos stimulations et ce que l'on fait, il y a plusieurs zones du cerveau qui sont activées et d'autres sont au repos. Donc, tout ne fonctionne pas en même temps, mais je pense qu'on en utilise énormément et il y a des zones qu'on ne sait pas vraiment encore à quoi elles servent".
 

"35% des coûts de santé en Belgique sont dus aux maladies du cerveau" 

Selon Roland Pochet, "35% des coûts de la santé sont dus aux maladies du cerveau qui recouvrent, comme vous l'avez dit, la dépression, la migraine, les maladies (inaudible), le cancer et le traumatisme crânien. Je pense qu'il est bien protégé par sa boîte crânienne, que les neurones ont quand même un degré de résistance, mais évidemment le traumatisme crânien détruit et l'âge est un facteur de risque très important. Donc, les neurones tendent effectivement à disparaître avec l'âge".

Trop peu de recherches, risque d'"une catastrophe"

Si beaucoup de maladies touchent le cerveau, l'investissement dans la recherche pour lutter contre ces maladies est très limité : "Comme je vous l'ai dit, 35% du coût de la santé sont dus aux maladies du cerveau, c'est-à-dire plus que le cancer, les maladies cardiologiques et le diabète réunis. La difficulté que l'on rencontre est de faire passer au niveau du public, mais surtout des politiques, que seulement 10% du budget est consacré à la recherche et à la santé du cerveau. C'est une situation inacceptable parce que les coûts augmentent. On dépense, je crois, 800 milliards d'euros pour la santé et ce coût ne va cesser d'augmenter. Si on ne réagit pas, si on n'inverse pas la tendance, on va vers une catastrophe".

Quant à expliquer pourquoi on désinvestit à ce point-là la recherche pour lutter contre ces maladies liées au cerveau, il répond : "Je ne dirais pas un désinvestissement… c'est très difficile quand on parle du cerveau. Je vais vous donner une anecdote. Une année, on a voulu passer au niveau de l'Union européenne — c'était Monsieur Barroso qui était le président - année européenne du cerveau. Sa réaction a été : 'Non, non, je ne vais pas dire qu'on va faire l'année internationale du cerveau parce que les médias vont dire : 'Tiens, l'Union européenne a un cerveau ?'. Donc, c'est simplement pour illustrer qu'il y a une certaine négligence vis-à-vis du cerveau. D'autres disent que c'est trop complexe, qu'ils ne vont pas s'y intéresser, que c'est trop compliqué".

Comment protéger son cerveau ?

Si une bonne hygiène de vie "est un des facteurs très importants", l’exercice en est un autre : "On a montré que l'exercice, tant physique que de mémoire, permet de maintenir une activité, et je pense que l'hygiène de vie est un des facteurs prépondérants, mais pas seulement, parce qu'il y a beaucoup de maladies génétiques qui, malheureusement, doivent être envisagées sous un autre angle. Le sommeil est aussi très important".

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