Bâtiments et services accessibles aux handicapés: la Belgique à la traine

Trop de bâtiments publics ne sont pas accessibles aux handicapés
Trop de bâtiments publics ne sont pas accessibles aux handicapés - © Archive MICHEL WIEGANDT - BELGA

A la veille de la journée internationale des personnes handicapées, le 3 décembre, le Centre interfédéral pour l'égalité des chances a tenu à souligner mercredi que l'accessibilité des services publics reste selon lui "un problème central" en Belgique, "qui doit être pris sérieusement en main par les autorités". La Belgique a ratifié la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées, en vigueur depuis 2009, mais la transposition des mesures prévues dans le texte en matière d'accessibilité n'a, en grande partie, toujours pas eu lieu, selon une évaluation menée l'année dernière, indique le Centre.

"La prochaine évaluation aura lieu en 2019, et l'ONU attend d'ici là une évolution en matière d'accessibilité aux personnes handicapées de la part de la Belgique", précise Marie-Ange Vandecandelaere, collaboratrice au service handicap - convention ONU du Centre. En attendant, la problématique "dépend un peu du bon vouloir des uns et des autres", ce que déplore l'organisation. Celle-ci souhaite notamment que les autorités définissent un agenda et un cadre légal pour rendre progressivement, grâce à des directives claires, l'ensemble des bâtiments ouverts au public accessibles aux personnes handicapées.

Bureaux de poste

Selon Patrick Charlier, directeur du Centre, "seule la moitié des bureaux de poste offre actuellement un accès adapté aux personnes handicapées. Il en va de même pour l'enseignement où à peine un bâtiment scolaire sur 10 est accessible aux personnes handicapées en Fédération Wallonie-Bruxelles et 3 sur 10 le sont en Flandre".

Parmi les dossiers ouverts par le Centre en 2014, 1 sur 5 concerne de possibles discriminations liées au handicap. Ces dossiers sont les plus nombreux, derrière ceux qui sont liés aux critères dits "raciaux", note Patrick Charlier, le directeur. Et parmi les dossiers liés au handicap, les signalements de problèmes d'accessibilité sont les plus courants (32%, soit 122 dossiers en 2014). "Tous les secteurs" sont concernés, "y compris les services publics", précise-t-il.

Selon Marie-Ange Vandecandelaere, beaucoup de signalements concernent les transports en commun (SNCB, Stib, etc), ou encore le refus de laisser une personne malvoyante entrer dans un commerce avec son chien d'assistance. Dans ce dernier cas, "le problème est assez simple à résoudre", explique-t-elle. "Puisque c'est une obligation légale d'accepter les chiens d'assistance".

Dans les autres cas, le Centre entame le plus souvent une conciliation, qui vise notamment à informer l'établissement ou le service incriminé sur la notion d'"aménagement raisonnable". Selon la loi anti-discrimination de 2007, le refus de mettre en place des aménagements raisonnables pour les personnes handicapées constitue une discrimination, et est donc punissable.

Aménagement raisonnable

Un aménagement raisonnable, cela peut aller du placement d'une passerelle pour permettre à un client en chaise roulante d'entrer, au fait de prévoir un membre du personnel pour aider les personnes en difficultés, par exemple. Le caractère raisonnable doit être apprécié au cas par cas, notamment sur base du coût de la solution envisagée. Le problème de cette notion réside dans cet aspect, mais aussi dans son caractère "individuel et réparateur" (a posteriori), explique Marie-Ange Vandecandelaere. "On discute et on envisage les solutions au cas par cas, quand une personne nous a signalé un souci d'accessibilité rencontré. Le problème, c'est qu'on est vite dans le 'déraisonnable', car certains aménagements d'accessibilité peuvent être coûteux à partir du moment où ils n'ont pas été prévus dès la conception", explique-t-elle.

"En Belgique, 15% de la population se trouve en situation de handicap", indique Patrick Charlier. Cela comprend les handicaps physiques mais aussi mentaux ainsi que les déficiences auditives ou visuelles, etc. Toutefois, une accessibilité accrue bénéficierait directement à bien d'autres personnes comme les personnes âgées, les femmes enceintes, les gens connaissant des difficultés motrices temporaires. "Quand on prend également la notion de PMR, ou personnes à mobilité réduite, on considère que cela concerne un tiers de la population", qui bénéficierait donc d'un environnement globalement plus accessible, précise Marie-Ange Vandecandelaere.

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