Les enfants de la Bataille des Ardennes: "J'ai récupéré ma poupée mais j'aurais préféré récupérer maman"

Il y a 75 ans débutait la Bataille des Ardennes. Le 16 décembre 1944, Hitler entamait son dernier sursaut guerrier faisant 2500 morts parmi les civils. Ceux qui étaient enfants à l’époque se souviennent aujourd’hui. Nos témoins avaient 8, 10 et 14 ans. Ils ont accepté de nous livrer ces souvenirs qui les ont accompagnés toute leur vie.

Décembre est arrivé sur l’Ardenne avec ses paysages frissonnant aux premiers gels et couvant le souvenir des combats de l’offensive. Depuis, les enfants de la Bataille des Ardennes ont bien grandi, mais leurs peurs, angoisses, souvenirs et anecdotes sont intacts.

Ida : "Mon petit frère faisait la sieste quand la fenêtre a volé en éclats"

Ida Evrard, de Petit Thier, avait 8 ans en 1944. Trois mois après la libération, les Allemands sont de retour et s’engouffrent dans les maisons du village, occupant le rez-de-chaussée et reléguant femmes et enfants à l’étage. Ida se souvient : "Mon petit frère José faisait la sieste quand la fenêtre a volé en éclats. Il en avait sur le visage, mais il n’a pas été blessé grâce aux petites médailles du Sacré-cœur que notre maman avait mis à chaque fenêtre".

Des scènes de guerre se gravent à jamais dans la mémoire de la petite Ida et notamment le souvenir déchirant d’un jeune Américain tué devant leur maison par un soldat allemand embusqué. "Le soldat américain était avec un copain. Ils avaient traversé toute la campagne ensemble. C’était triste", raconte-t-elle encore très émue.


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Depuis le 23 décembre, le ciel est dégagé au-dessus de l’Ardenne. L’aviation alliée attaque l’arrière des lignes allemandes pour entraver son ravitaillement. Dans une vallée encaissée, Houffalize et La Roche sont rasées. Les habitants sont terrorisés et les morts se comptent par dizaines.

Dédée : "J’ai récupéré ma poupée mais j’aurais préféré récupérer maman"

Dédée a 9 ans. Sa maman est dans la cave de leur habitation quand une pluie de bombes rase la maison qui finit par s’effondrer. La maman de Dédée est prise au piège sous les décombres. "Maman appelait mon père en le suppliant de la sauver, mais on ne savait pas où elle était exactement".

Depuis 75 ans, Dédée conserve sa poupée, seul souvenir d’une maman disparue dans les bombardements alliés. "Nous étions dehors mais je suis retournée pour rechercher ma poupée coincée entre un coffre et un mur. Je l’ai récupérée mais j’aurais préféré récupérer maman."

Emile : "Nous leur avons chanté les plus belles chansons de notre répertoire"

Emile Engels a 12 ans à la Noël 1944. Il habite Warnach. L’église du village est à demi ruinée et sombre, mais il continue à jouer son rôle d’enfant de chœur, même sous les tirs. Quelques soldats américains s’y reposent cachés dans le noir.

Emile nous chante quelques notes puis raconte : "Nous leur avons chanté les plus belles chansons de notre répertoire, mais on ne parlait pas, car nous ne connaissions par l’anglais et ils ne connaissaient pas le français. Sauf l’un d’entre eux. Avant de partir, il nous a attendus près de la sortie pour remercier le prêtre d’avoir prié pour les morts de son unité. Il pleurait beaucoup. Il devait avoir 18 ans".

Les traces de l’offensive sont indélébiles dans les mémoires. Leurs nuits sont encore hantées et le cours de leur vie à jamais bousculé.

►►► Retrouvez tous les articles liés aux commémorations du 75e anniversaire de la bataille des Ardennes, sur notre site.

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